ESSAI SUR LA POÉSIE ÉPIQUE
Chajp. L Des différens goûts des Peuples ,
lij
Chap. IL Homère 9 Page 28?
Ciiap. II[. Virgile f 2qX
Chap. IV. Lucain , 30o
Chap. V. Le Trissiriy 30g
Chap. VI. Le Camoens , 3IO
Chap. VIL Le Tasse , Z17 Chap. VIII. Don Alonzo cl 'Er 'cilla , 335
Chap. IX. Milton. 34 z
JLe Poème de Fontenoy. Z61
Fin de la Table.
LA
ARGUMENT
Henri III , réuni avec Henri de Bourbon, Roi de Navarre, contre la Ligue yayant déjà commmencé le blocus de Paris , envoie secrettement Henri de Bourbon demander du secours à Elisabeth , Reine d'Angleterre. Le Héros essuie une tempête,. Il relâîhe dans une île , où un vieillard Catholique lui prédit son changement de Religion , et son avènement au trône* Description de l'Angleterre et de son Gouvernement,
J E chante ce Héros qui régna sur la France t Et par droit de conquête , et par droit de naissance j Qui par de longs malheurs apprit à gouverner , Calma les factions , sut vaincre et pardonner ; ■ il». » -~w«
Notes de M. l'Abbé Langlet.
La première édition , donnée in-S.Q en 1725 , commence tout autrement que les autres. En voici les vers :
« Je chante les combats , et ce roi généreux , * Qui força les Français à devenir heureux :
i LA HENRIADE,
5 Confondit et Mayenne , et la Ligue , et l'Ibère , Lt fut , de ses sujets , le vainqueur et le père.
Descends du haut des cieux , auguste Vérité, Répands, sur mes écrits, ta force et ta clarté : Que l'oieillo des rois s'accoutume à t'entendre.
50 C'est à toi d'annoncer ce qu'ils doivent apprendre :
y Qui dissipa la Ligue , et fit trembler l'ibère ; >• Qui lut, de ses sujets , le vainqueur et le père :
> DaftÇ Paris subjugué, fit adorer ses lois,
y Et fut l'amour du monde, et l'exemple des roi».
" Muse , raconte-moi quelle haine obstinée » À-, ma contre Henri la France mutinée , » Bt comment nos aïeux , à leur perte courans ,
> Au plus juste des rois , préféraient des tyrans.
>j Valois régnoit encore , et ses mains incertaines , etc. » Ce commencement ne me parait ni moins beau , ni
moins exa'ct;il e^t même plus court et plus nerveux que ce
qui a été mis depuis,
Notes de l'Editeur.
Voici, à propos de la îeflexion de M. l'abbé Langlet , une anecdote singulière. M. de Voltaire faisait imprime* a Londres, en 1726, une édition de la Henriade. Il y avait dsns cette ville un Grec , natif de Smvrne , nommé Dadiil.v, interprète du roi d'Angleterre. Il vitparhaiaid la premicic feuille tin Poème où était ce vers:
« Qui força les Fiançais à devenir heureux. »
Il alla trouver l'auteur , et lui dit : Monsieur , je suis du pays d'Homère. Il ne commençait point ses Poèmes par un trait d'esprit, par une énigme. L'auteur le crut , et corrigea ce commencement de la manière qu'on le voit aujourd'hui»
C'est à toi de montrer , aux yeux des nations ,
Les coupables effets de leurs divisions.
Dis comment la Discorde a troublé nos provinces;
Dis les malheurs des peuples et les foutes des princes:
Viens , parle; et s'il est vrai que la Fable autrefois i5
Sut à tes fiers accens mêler sa douce voix ,
Si sa main délicate orna ta tête altiere ,
Si son ombre embellit les traits de ta lumière ,
Avec moi sur tes pas permets-lui de marcher ,
Pour orner tes attraits , et non pour les cacher. q#
Valois régnait encore , et ses mains incertaines, De l'état ébranlé laissaient flotter les rênes : Les loix étaient sans force , et les droits confondus , Ou plutôt , en effet , Valois ne régnait plus,, Ce n'était plus ce prince environné de gloire , si Auxcombats , dès l'enfance, instruit parla Victoire ,
An ra^te , l'édition de 1723 , que cite l'al-bé Langlet , fat faite par l'abl: J des Fontaines , sur œà manuscrit informe dont il s'était emparé , et le même des Fontaines •en fit uae autre à Evreux , qui est extrêmement rare, cl dans laquelle il inséra des vers ta sa façon.
Vers 21. Henri IÏI , roi de Fronce, l'un des principaux personnages de ce Poème , y e.-;t toujotus nommé Valois, nom de la branche royale dont il était.
Vers 36. Henri III, (Valois) étant duc d'Anjou , ayait commandé les armées de Charles IX , son frère , contre les Protestans, et avait gagaé , à dix-huit ans , le à batailles aie Jamac et de Mon.contour,
Dont l'Europe en tremblant regardait les progrès ,
Et qui de sa patrie emporta les regrets ;
Quand du Nord étonné de ses vertus suprêmes ,
So Les peuples à ces pieds mettaient les diadèmes. Tel brille au second rang , qui s'éclipse au premier j Il devint lâche roi d'intrépide guerrier : Endormi sur le trône au sein de la mollesse , Le poids de sa couronne accablait sa faiblesse.
55 Quélus et Saint-Maigrin , Joyeuse et d'Epernon , Jeunes voluptueux qui régnaient sous son nom ; D'un maître efféminé corrupteurs politiques , Plongeaient dans les plaisirs ses langueurs léthargiques.
Des Guise cependant le rapide bonheur , 4o Sur son abaissement élevait leur grandeur : Ils formaient dans Paris cette Ligue fatale , De sa faible puissance orgueilleuse rivale. Les peuples aveuglés , vils esclaves des grands , Persécutaient leur prince et servaient des tyrans. 45 Ses amis corrompus bientôt l'abandonnèrent ; Du Louvre épouvanté ses peuples le chassèrent.
Vers 55. C'étaient les mignons de Henri III : il s'abandonnait avec eux à des débauches mêlées de superstitions. Que'lus fut tue' en duel ; Saint-Maigiin fut assassiné pi es du Louvre. Voyez las remarques sur Joyeus» au troisième chant.
Vers 4^. L'édition de 172!», met :
« De son faible pouvoir insolente rivale. y Cent Partis oppose's , du même orgueil épris , » De son trône à ses yeux disputaient les débii*. a
Dans Paris révolté l'étranger accourut ;
Tout périssait enfin lorsque Bourbon parut.
Le vertueux Bourbon, plein d'une ardeur guerrière ,
A son prince aveuglé vint rendre la lumière : i*
Il ranima sa force ; il conduisit ses pas ,
De la honte à la gloire , et des jeux aux combats.
Aux remparts de Paris les deux rois s'avancèrent ;
Rome s'en allarma ; les Espagnols tremblèrent.
L'Europe intéressée à ces fameux revers , 56
Sur ces murs malheureux avait les yeux ouverts.
On voyait dans Paris la discorde inhumaine , Excitant au combat et la Ligue et Mayenne , Et le peuple et l'église , et, du haut de ses tours , De la superbe Espagne appelant les secours. 60
Vers 4§. Henri IV , le héros de ce Poëme , y est appelé indifféremment Bourbon ou Henri. Ii naquit à Pau en Béarn, le i3 décembre 1 553.
Vers 5g. Ce vers et les quinze suivans ne sont pas ainsi dans les éditions, soit de 172a,, soit de 1727 , ou de 1702, soit dans les suivantes. Voici ce qu'on trouve dans la première :
« Troublant tout dans Paris , et du haut de ses tours 7 » De Rome et de l'Espagne appelant les secours ; » De l'autre paraissaient les soutiens de la France , y Divisés par leur secte , unis par la vengeance : y Henri de leur dessein était l'ame et l'appui ; » Leurs cœurs impatiens volaient tous après lui. » On eût dit que l'armée , à son pouvoir soumise , » Ne connaissait qu'un chef, et n'avait qu'une êstîsç,
Ce monstre impétueux, sanguinaire, inflexible , De ses propres sujets est l'ennemi terrible : Aux malheurs des mortels il borne .ses desseins ; Le sang rie son parti rougit souvent ses mains ;
«S II habite en tyran dans les cœurs qu'il déchire , Et lui-même il piMît les forfaits qu'il insère. Du côté du couchant , près de ces bords fleuris , Où la Seine serpente en fuyant de Paris , Lieux aujourd'hui charmans , rcïraiteaimabîe et pure ,
70 Où triomphent'îesArts, où se plaît la Nature, Théâtre alors sanglant c\es plus mortels combats , Le malheureux Valois rassemblait ses soldats. Là , sont mille héros , fiers soutiens de la France , Divises par leur secte , unis par la vengeance.
y5 C'est aux mains de Bourbon que leursortcàtcommis: En gagnant tous hs cœurs ; il les a tous unis. On eut dit que l'armée , a son pouvoir soumise , Ne connaissait qu'un chef, et n'avait qu'une église, Le père des Bourborrs , du sein des immortels ,
80 Louis fixait sur lui ses regards paternels;
Il présageoit en lui la splendeur de sa race ; 11 plaignait ses erreurs ■> û aimait son audace ;
y> Vous le vouliez ainsi, grand Eieu, dontles dessains, >> Par de .secrets ressoi-ts inconnus aux humains , » Confondant des Ligués la supeibfi espérance, » Destinaient aux Bourbons l'empire de la Fiance. » Déjà les deux Partis , etc. »
Vers 79. Saint Louis , neuvième du nom , roi de France* est la ti^e de la branche des Bombons,
De sa couronne un jour il devait l'honorer;
Il voulait plus encore , il voulait l'éclairer.
Mais Henri s'avançait vers la grandeur suprême , 83
Par des chemins cachés , inconnus à lui-même :
Louis du haut des cieux lui prètoit son appui ;
Mais il cachoit le bras qu'il étendait pour lui ,
De peur que ce Héros , trop sur de sa victoire ,
Avec moins de danger n'eût acquis moins de gloire. 90
Dé\"' les deux Partis aux pieds de ces remparts , Avaient plus d'une fois balancé les hasards : Dans nos champs désolés le démon du carnage , Dép jusqu'aux deux mers avait porté sa rage, Quand Valois à Bourbon tint ce triste discours , o» Dont souvent ses soupirs interrompaient le cours :
Vous voyez à quel point le destin m'humilie; Mon injure est la vôtre ; et la Ligue ennemie , Levant contre son prince un front séditieux , Nous confond dans sa rage , etnou? poursuit tousdeux : IOo Paris nous méconnaît ; Paris ne veut pour maître , Ni moi qui suis son roi , rti vous qui devez l'être ; Ils savent que les Inix , le mérite et le sang , Tout, après mon trépas , vous appelle à ce rang, Et redoutant déjà votre grandeur future , to5
Du trône ,où je chancelle , ils pensent vous exclure* De la religion terrible en son courroux , Le fatal anathême est lancé contre vous.
Vers tôt. Henri IV, roi de Navarre, avait été solennellement excommunie pnr ie pape Sixte V , de; L^fb i585 , trois ans atant l'événement dont il est ici que-
Rome qui sans soldats porte en tous lieux la guerre y >10Aux mains des Espagnols a remis son tonnerre : Sujets , amis , parens , tout a trahi sa foi ; Tout me fuit , m'abandonne , ou s'arme contre moi; Et l'Espagnol avide , enrichi de mes pertes , Tient ^n foule inender mes campagnes désertes.
>»5 Contre tant d'ennemis ardens à m'outrager, Dans la France à mon tour appelons l'étranger : Des Anglais en secret gagnez l'illustre reine. Je sais qu'entr'eux et nous une immortelle haine
Le pape , dans sa buile , l'appelle çéncralion lâtarde et détestable de la maison de Bourbon ; le prive, lui et tonte la maison de Condé , à jamais , de tous leurs domaines et lie f» , et les déclare sur-tout incapables de succéder à la couronne.
Quoiqu'alors le rci de Navarre et le prince de Condé fussent en armes à la tète des Protestans , le parlement, toujours attentif à conserver l'honneur et les libertés de l'état , fit contre cette bulle les remontrances les plus fortes ; et Heaii IV lit aflicber dans Rome , à la porte du Vatican , que Sixte-Quint , soi-disant pape , en avait Bienti ,et que c'était lui»même qui étuit hérétique, etc.
Vers 117. L'édition de 1723 avait mis :
♦< Des Anglais en secret allez fléchir la reine. »
Mais l'édition de Londres a parlé plus exactement : il s'agissait de eagner Elisabeth en faveur des deux rois , et non pas de la tiécliir , parce qu'elle n'avait aucun sujet de ncéOBteatemcSt de la part de ces princes»
CHANT PREMIER. g (
Nous permet rarement de marcher réunis ;
Que Londre est de tout tems l'émule de Paris: 129
Mais après les affronts dont ma gloire est flétrie ,
Je n'ai plus de sujets ; je n'ai plus de patrie :
Je hais ; je veux punir des peuples odieux ;
Et quiconque me venge est Français à mes yeux.
Je n'occuperai point dans un tel ministère , 120
De mes secrets agens la lenteur ordinaire ;
Je n'implore que vous ; c'est vous de qui la voix
Peut seule à mon malheur intéresser les rois.
Allez en Albion , que votre renommée
Y parle en ma défense , et m'y donne une armée : i3o
Je veux par votre bras vaincre mes ennemis ;
Mais c'est de vos vertus que j'attends des amis,
Il dit : et le Héros , qui , jaloux de sa gloire , Craignait de partager l'honneur de la Victoire , Sentit en l'écoutant une juste douleur. \~ï<
Il regrettait ces tems si chers à son grand cœur ,
Vers 128. On trouve dans l'édition de 1723 ces quatre vers supprimés dans les autres éditions.
« Les momens nous sont chers , et le vent nous seconde;- » Allez , qu'à mes desseins votre zèle réponde ; y Partez, je vous attends pour signaler mes coups ; » Qui veut vaincre et régner ne combat point sans vous. » Il dit : et le héros , etc. »
Mais ces vers , quoique beaux , faisaient languir l'action , et l'auteur a bien fait de les supprimer , même pour à'autres raisons.
lo LA HENRI A DE,
Gu fort de sa vertu , sans secours , sans ir.tngio: , Loi seul avec Coodé faisait trembler la Ligue. Mais il fallut d\w maître accomplir les desseins:
1 )° Il suspendit les coups qui partaient de ses i.-.ains ; Et laissant ses lauriers cueillis sur cî rivage , A partir de ces lieux il força son courage. Les soldats étonnes ignorent son dessein, Et tous de s<>n retour attendent leur destin.
i ,511 marche. Cependant la ville criminelle
Le croit toujours présent > prêt à fondre sur elle j. Et son nom, qui du trône est le plus ferme appui , Semait encore la crainte, et combattait pour lui. Déjà des Neustriens il franchit la campagne :
100 De tous ses favoris , Mornay seul L'accompagne :
Vers 1 58. C'était Henri , prince de Coude' , fils de Louis , tué à Jaraac. Henri de Coade était l'espérance du Parti protestant. Il mounit a Saint-Jean d'An^élv , à Rage de 35 ans , eu 1 535. Sa fumme , Charlotte de la Tremouiile , fut accusée de sa mort. Eileétoit grosse de troi'i mois lorsque son mari mourut , et accoucha sis. mois apiès de Hemi de Condé , II du nom, qu'une tiaditioa populaire et ridicule fait naître treize mois après la moi t de *'-n père.
Larrev a suivi cette tradition dans son histoire de Loui» XIV , histoire où le style , la vérité et le bon *ens sont également négligés.
Vers 1 49- Voici de quelle manière ce vers et les sept qui suivent, sont mis dans l'édition de 17^3: « Déjà des Neustriens il franchit la campagne ; » De tous ses favoris Sully seul l'accompagne ;
CHANT PREMIER. n
Mornay son confident, mais jamais son flatteur ; Trop vertueux soutien du parti de l'erreur , Qui signalant toujours son zèle et sa prudence , Servit également son Église et la France ; ï55
Censeur des Courtisans , mais à la cour aimé , Fier ennemi de Rome , et de Rome estimé.
» Sully , qui dans la guerre et dans la paix fameux,,
» Intrépide soldat » couitisan veftueox ,
» Dans lps plus grands emplois signalant sa prudence,
» Servit également et son maître et la F. anre.
» Heureux, si mieux instruit de la di. ine loi
» Il eut fait pour son Dieu ce qu'il rit pour son roi.
» A travers deux rochers , etc. »
Comme le nom de M. de Sully se trouve dans i'Jditïoa de 1725, M. de Voltaire avait joint une remarque fuit curieuse sur ce seigneur, que je mets daai les notes historiques , pour ne rien omettre de ce qui se trouva dans les éditions différentes de ce beau Poërnëi L'auteur a substitué Mornay a Suhy , parce qu'en effet Mornay, dam ce tems-là , alla ea Angleterre de ia part de Hcmriie-Grand.
Vers 2Dt. Duplessis-Mornay , le plus vertueux et la plus grand homme du Parti protestant , naqu.r à Juv , le 5 novembre 1 5 49. FI savait le latin et le grec parfaitement, et l'hébreu autant qu'on peut le savoir ; ce qui était un prodige aiors dans un gentilhomme. Il servit sa religion et son maître de sa plume et de son ëpée. Ce fut lui que Hemi IV, étant roi de Navarre , envoya à Eiuabeth , reine d'Angleterre. Il u'eut jamais d'autres instructions de son maître qu'un blanc signé. Il réussit dans presqua
i.7. LA H E N R I A D E ,
A travers deux rochers , ou la mer mugissante Vient briser en courroux son onde blanchissante ,
\Go Dieppe , aux yeux du Héros offre son heureux portj Les matelots ardens s'empressent sur le bord ; Les vai.s-.eaux, &ouslem$ mains, fiers souverains des ondes.. F {.lient pvéts à voler sur les plaines profondes : L'impétueux Borée , enchaîné dans les airs ,
iG5.Au souffle du Zéphyre abandonnait les mers.] On levé l'ancre , on part , on fuit loin de la terre ; On découvrait déjà les bords de l'Angleterre : L'astre brillant du jour à l'instant s'obscurcit j 7..'air siffle , le ciel gronde , et l'onde au loin gémit y
totrtes ses négociations , parce qu'il e'toit un vrai politique et non un i ntrigant. Ses lettres passent pour être écrites avec beaucoup de force et de sagesse.
Lorsque Henri IV eut changé de religion , Duplessis- Mornav lui fit de sanglans reproch s, et se retira de sa cour. On l'appelait le pape des Huguenots. Tout ce qu'on dit de son caractère dans le Poème est conforme à l'histoire.
Vers 166. Voici comme l'édition de 1720 met ce vere «t les suivans :
« On levé l'ancre , on pai t , on fuit- loin de la terre; » On aborde bientôt les champs de l'Angleterre. >> Henri court au rivage, et d'un oeil curieux , » Contemple ces climats , alors aimé des deux. » Scus de rustiques toits les laboureurs tranquilles.,. » Amassent les trésors des campagnes fertiles ,.
CHANT PREMIER. è3
Les vents sont déchaînés sur les vagues émues ; La foudre étincelante éclate dans les nues ; 170
Et le feu des éclairs , et l'abîme des flots , Montraient par-tout la mort aux pales matelots» ^Xe Héros qu'assiégeait une mer en furie , Ne songe en ce danger qu'aux maux de sa patrie , Tourne ses yeux vers elle, etdans ses grands desseins, 175 Semble accuser les vents d'arrêter ses destins.
» Sans craindre qu'à leurs yeux , des soldats inhumains y Ravagent ces beaux champs cultivés par leurs mains-, y> La paix au milieu d'eux comblant leur espérance , » Amené les plaisirs , enfans de l'abondance : vPeuple heureux, dit Bourbon, quandpourront les Français,, » Voir d'un règne aussi doux fleurir les justes loix l » Quel exemple pour vous , monarques de la terre , » Une femme a fermé les portes de la guerre ! » Et renvoyant chez vous la Discorde et l'Horreur , » D'un peuple qui l'adore , elle fait le bonheur. » En achevant ces mots , il découvre un bocage , » Dont un léger zéphyre agitait le feuillage : » Flore étalait au loin ses plus vives couleurs : » Une onde transparente y fuit entre les fleurs ; y- Une grotte est auprès, dont la simple structure, etc.»
Il y a plusieurs observations à faire sur cet endroit» La première, que le poète , dans l'édition de 1723 , met en Angleterre une scène , que , dans les autres éditions , il place dans l'île de Jersey : la secondej, que pour donner lieu de mettre la rencontre du vieillard , il feint que son héros est battu par la tempête , qui est ici très-bien décrite ; ce qui , après être parti de Dieppe , le fait relâcher dans Vile de Jersey : la troisième r«*
Tel , et moins généreux aux rivages d'Epirc 7 Lorsque de l'univers il disputait l'empire , Copiant sur les flots aux aquilons mutins , iSoLe destin de la terre , et celui des Romains f Défiant à la fois , et Pompée et Neptune , César à la tempête opposait sa fortune.
Dans ce même moment, le Dieu de l'univers., Qui vole sur les vents, qui soulevé les mers;
iS5Ce Dieu dont la sagesse ineffable et profonde, Forme, élevé et détruit les empire du monde ; De son trône enflammé qui luit aux haut des Cieux, Sur le Héros français daigna baisser les yeux. Il le guidait lui-même. Il ordonne aux orages
'9° De porter le vaisseau vers ces prochains rivages ,
marque est , qu'il place api es six beaux vers au sujet ie l'Angleterre et d'Elisabeth, celui-ci:
«Peuple heureux, dit Bourbon, quand pourront les Français?)»
Et les cinq qui suivent. Il écrit français par un a , et n ,grancta j aison , parce qu'il «crit comme oa parle : mais il ne rime pas avec loir.
Vers 182. Jules-César étant en Epire dans la vill« d'Apollonie , aujourd'hui Cérès , s'en de;oba secrettement , et s'embarqua sur la petite rivière de Bclina , qui ^'appelait alors {'Ardu*. Il se jeta seul pendant la nuit dans une barque à douze rames , pour aller lui-même chercher ses troupes qui étaient au royaume de Naple», Il es»uya xuxc furieuse tempête. Voyez Plutsiquc,
CHANT PREMIER. t&
Où Jersey semble aux yeux sortir du sein des flots; Là , conduit par le ciel , aborda le Héros.
Non loin de ce rivage , un boissombre et tranquille, Sous des ombrages frais, présente un doux asile : Un rocher , qui le cache à la fureur des flots , iq$ Défend aux aquilons d'en troubler le repos. XJne grotte est auprès , dont la simple structure Doit tous ses ornemens aux mains de la Nature. Un vieillard vénérable avait , loin de la cour , Cherché là douce paix dans cet obscur séjour. 20D Aux humains inconnu , libre d'inquiétude , C'est-là que de lui-même il faisait son étude ; C'ist-là qu'il regrettait ses inutiles jours , Plongés dans les plaisirs , perdus dans les amours. Sur l'émail de ces prés , au bord de ces fontaines , aoJ Il foulait à ses pieds les passions humaines : "Tranquille , il attendait , qu'au gré de ses souhaits, La mort vint à son Dieu le rejoindre à jamais. Ce Dieu qu'il adorait , prit soin de sa vieillesse j Il fit dans son désert descendre la Sagesse : 2îe
Et prodigue envers lui de ses trésors divins , Il ouvrit à ses yeux le livre des Destins*
Ce vieillard au Héros que Dieu lui fit connaître 9 Au bord d'une onde pure offre un festin champêtre. Le Prince à ces repas était accoutumé : 21$
Souvent sous l'humble toit du laboureur charmé , Fuyant le bruit des cours, et se cherchant lui-jnênie> Il avïùt déposé l'orgueil du diadéiae.
i6 LA HENRI AD E,
Le trouble répandu dans l'empire chrétien ;
220 Fut pour eux le sujet d'un utile entretien. Mornay , qui dans sa secte était inébranlable , Prétait au Calvinisme un appui redoutable : Henri doutait encore , et demandait aux cieux Qu'un rayon de clarté vînt dessiller ses yeux.