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Chapitre IX

de face, accompagné de tcut ce que Ton a pu imaginer de plus mauvais goût. Quand on le regarde du côté des jardins , on voit un palais immense, dont les beautés peuvent racheter les défauts.

Lorsque j'étais à Londres , j'osai composer en Anglais un petit essai (i) sur la poésie épique, dans lequel je pris la liberté de dire que nos bons juges Français ne manqueraient pas de relever toutes les fautes dont je viens de parler. Ce que j'avais prévu est arrivé , et la plupart des critiques de ce paysci ont jugé , autant qu'on le peut faire sur une traduction, que le Paradis perdu est un ouvrage plus singulier que naturel, plus plein d'imagination que de grâces et de hardiesse que de choix -9 dont le sujet est tout idéal, et qui semble n'être pas fait pour l'homme.

Nous n'avions point de poëme épique en France, et je ne sais même si nous en avons aujourd'hui. La Henrrade , à la vérité, a été imprimée souvent; mais il y aurait trop de présomption à regarder ce poëme comme un ouvrage qui doit passer à la postérité , et effacer la honte qu'on a reprochée si long-tems à la France de n'avoir pu produire un poëme épique. C'est au tems seul à confirmer la

(1) C'est en partie celui-ci même, qui en plusieurs endroits est une traduction littéiale de l'ouvrage Anglais de AJ. ae Voltaire*

3 56 Essai sur la Poésie épique ,

réputation des grands ouvrages. Les artistes ne sont bien jugés que quand ils ne sont plus.

Il est honteU'i pour nous, à la vérité, que les étrangers se vantent d'avoir des poëmes épiques, et que nous qui avons réussi en tant de genres , nous soyons forcés d'avouer sur ce point notre stérilité et notre faiblesse. L'Europe a cru les Français incapables de l'Epopée ; mais il y a un peu d'injustice à juger la France sur les Chapelains , les le Moines , les Desmareis , les Cassa ignés et les Scuderys. Si un écrivain , célèbre d'ailleurs , avait échoué dans cette entreprise; si un Corneille, un Despréaux , un Racine, avaient fait de mauvais poëmes épiques , on aurait raison de croire l'esprit Français incapable de cet ouvrage; mais aucun de nos grands hommes n'a travaillé dans ce genre ; il n'y a eu que les plus faibles qui aient osé porter ce fardeau , et ils ont succombé. En effet , de tous ceux qui ont fait des poëme épiques , il n'y en a aucun qui soit connu par quel qu'autre écrit un peu estimé. La comédie des Visionnaires de Desmare t s est le seul ouvrage d'un poète épique , qui ait eu en son terns quelque réputation; mais c'était avant que Molière eût fait goûter la bonne comédie. Les Visionnaires de Desmirets étaient réellement une très-mauvaise pièce, aussi bien que la Marianne de Tristan , et V Amour tyrannique de Scudery , qui ne devaient leur réputation passagère qu'au mauvais goût du siècle.

Quelques uns ont voulu réparer notre disette, en donnant au Télémaque le titre de poëme épique;

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