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Chapitre IX

n'est ni à cause de la rime , ni à cause de la sécheresse de notre langue. Oserai-je le dire l C'est que de toutes les nations polies , la nôtre est la moins poétique. Les ouvrages en vers qui sont le plus à la mode en France , sont les pièces de théâtre. Ces pièces doivent être écrites dans un style naturel, qui approche assez de celui de la conversation. Despréaux n'a jamais traité que des sujets didactiques qui demandent de la simplicité. Ont sait que l'exactitude et l'élégance font le mérite de ses vers comme ceux de Racine, etloxsque Despréaux à voulu s'élever dans une ode, il n'a plus été Despréaux.

Ces exemples ont en partie accoutumé la poésie Française à une marche trop uniforme ; l'esprit géométrique , qui de nos jours s'est emparé des belles-lettres , a encore été un nouveau frein pour la poésie : notre nation , regardée comme si légère par des étrangers qui ne jugent de nous que par nos petits-maîtres , est de toutes les nations la plus sage la plume à la main; la méthode est la qualité dominante de nos écrivains ; on cherche le vrai en tout, on préfère l'histoire au roman ; les Cyrus, les Clclïes et les Àstrées ne sont aujourd'hui lus de personne. Si quelques romans nouveaux paraissent encore , et s'ils font pour un tems l'amusement de la jeunesse frivole , les vrais gens de lettres les méprisent. Insensiblement il s'est formé un goût général, qui donne assez l'exclusion aux imaginations de TEpopée , on se moquerait également d'un auteur qui emploierait les Dieux du Paganisme , et de celui qui se servirait de nos Saints : Venus

36o Essai sur la Poésie épique, Chapitre IX. et Junon doivent rester dans les anciens poèmes grecs et latins : Sainte Geneviève , Saint Denis , Saint Roch et Saint Christophe , ne doivent se trouver que dans notre légende ; les cornes et les queues des Diables ne sont tout au plus que des sujets de raillerie ; on ne daigne pas même en plaisanter.

Les Italiens s'accommodent assez des Saints, et les Anglais ont donné beaucoup de réputation au Diable ; mais bien des idées qui seraient sublimes pour eux, ne nous paraîtraient quiextravagantes. Je rne souviens que , lorsque je consultai, il y a plus de douze ans , sur ma Henriade , feu M. de Malepeux , homme qui joignait une grande imagination à une littérature immense , il me dit : vous entreprenez un ouvrage qui n'est pas fait pour notre nation- les Français nont^pas la. tête épique. Ce furent ces propres paroles , et il ajouta : Quand vous écririez aussi- bien que Messieurs Racine et Despréaux , ce sera beaucoup si on vous lit.

C'est pour me conformer à ce génie sage et exact qui règne dans le siècle où je vis , que j'ai choisi un héros véritable; au lieu d'un héros fabuleux j que j'ai décrit des guerres réelles, et non des batailles chimériques ; que je n'ai, employé aucune fiction qui ne soit une image sensible de la vérité. Quelque chose que je dise de plus sur cet ouvrage, je ne dirai rien que les critiques éclairés ne sachent ; c'est à la Henriade seule à parler en sa défense , et le teins seul peut désarmer l'envie.

Fin de VEssai sur la Foésis épique.

LE

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