‹ Henriette MaréchalChapitre 22 sur 95 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

m'est égal! Je veux le croire... et je le crois! Votre bras tremblait sous le mien tout à l'heure... Ne dites pas non, je l'ai senti... et vous étiez tout effrayée... Oh! c'est que cela fait peur d'abord, n'est-ce pas? Ce bruit, ces cris, tout ce monde... c'est une joie qui vout, glace... Et puis la chaleur, les lumières, les masques, la musique, cet air du bal... il vous monte comme un •étourdissement de tout cela... On n'y voit plus, on ne sait plus, on n'est plus le même., et je vous parle, madame!,., moi, je vous parle !... Mon Dieu! nous serions dans le monde, j'aurais fait un tour de valse avec vous, vous me laisseriez m'asseoir à côté de vous, sur la même banquette... et j'aurais touché votre taille, pourtant, j'aurais eu votre main dans la mienne ! Cela serait tout simple... Je vous ferais les compliments qu'on fait à une femme, je ne vous manquerais pas de respect pour ça; je vous dirais : Vous êtes belle.,.

MADAME MARÉCHAL

Laissons le monde, monsieur. Nous n'y sommes pas. Parlez, si cela vous fait plaisir: je n'écoute pas... Tenez! vraiment vous feriez bien mieux de vous adresser à toutes ces femmes qui sont là...

PAUL

Mais toutes ces femmes, ça m'est égal, madame: ce n'est pas vous! Pourquoi vous ai-je suivie? Comment vous ai-je retrouvée dans la foule? Je ne sais pas... Pourquoi n'y a-t-il que vous ici pour moi? Dites-le-moi : moi, je ne le sais pas... Les autres? Mais près d'elles je n'aurais pas ce trouble plein de délices... Je ne serais pa's comme je suis à côté de vous... Je ne me dirais pas : Enfin ! c'est donc ça l'amour ! Ah ! c'est bon ! Mon Dieu ! que c'est meilleur que tout ce qu'on vous a dit et tout ce qu'on a lu !... Oh ! je vous en prie, ne vous moquez pas de moi... (Il ôte son chapeau.) Ce que votre silence me murmure de vous (se penchant vers elle), vos yeux qui,

dans votre masque, semblent me regarder comme des étoiles, la nuit... tout ce qui me vient dans la tète, follement... la pensée que je vous sers à quelque chose (il se lève et passe à droite de madame Maréchal), que je puis VOUS empêcher d'être insultée... Mais il n'y a que vous, encore une fois, pour me donner tous ces bonheurs-là 1... Vous riez?

-MADAME MAEÉCHAL.

Oh ! pardon... Mais c'est que vous êtes très-amusant! Vous avez un petit air si convaincu ! Et puis vous faites des phrases... comme on n'en fait plus! Je croyais que c'était perdu comme les carlins, la race des amoureuN. au bal de l'Opéra...

PAUL

Cela doit vous coiliter, madame, d'être méchante... Et pourquoi l'être avec moi? Ce n'est pas très-brave... Vous voyez bien que vous avez affaire à un pauvre garçon bien jeune, qui vous dit tout... Il n'y a pas besoin de beaucoup d'esprit pour l'embarrasser... et s'il a le courage de vous parler, c'est que votre masque ne lui laisse voir que la douceur de vos yeux... (Il appuie le bras il la colonne.) Je suis donc bien ridicule? Et vous, madame, vous avez donc été bien gâtée par la vie?... Votre cœur a donc été heureux et comblé toujours, pour avoir si peu de charité, et ne trouver qu'à rire, quand je suis là, ne vous demandant qu"une chose... de baiser le bout de votre gant et de m'en souvenir toute ma vie... (Il lui prend la main, elle la retire.)

TiIADAME MARÉCHAL. Klle se lève et redescend la scène.

Savez-vous que vous êtes un peu fou, monsieur? Vous me faites une déclaration., car c'est une déclaration, n'est-ce pas?... san*s me connaître, sans m'avoir vue... Vous tombez amoureux, non de moi, mais de mon domino... Vous me croyez jeune, je ne sais pourquoi...

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