‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 102 sur 143 · RENTRÉE DR LA REINE DANS LONDRES · texte numérisé non relu

RENTRÉE DR LA REINE DANS LONDRES

et les trembleursS dont la ville de Douvres est remplie , et qui sont ennemis jurez des cérémonies de l'Église et particulièrement du signe de la croix, s' es tonnèrent fort de la liberté que je prenois de le faire ainsy publiquement à la table du roi prolestant. Ils furent beaucoup plus surpris le lendemain, voyant que nous disions la messe dans une très-grande salle, toutes les portes ouvertes, en la présence d'un peuple innombrable. Il en fut de même à Cantorbery*. » Le père Cyprien, dont la ferveur, dès les débuts de la rébellion, n'avait aspiré qu'au martyre, ne réfléchissait pas assez aux difficultés que ces démonstrations religieuses pouvaient créer à la famille royale si nouvellement restaurée , au milieu d'une population fortement imbue de l'intolérance puritaine V Le feu du fanatisme couvait encore sous la cendre ; quelques imprudences de ce genre risquaient de le rallumer.

Le 2 novembre , comme lorsqu'elle arriva pour la première fois à Londres, le roi conduisit sa mère de Gravesend à Whitehall par la Tamise ; le concours de peuple fut immense, et l'allégresse de la réception encore plus éclatante qu'à son premier voyage : de Lambeth à la Cité, la rivière était tellement encombrée d'embarcations de toute sorte, qu'on ne pouvait parvenir à s'y frayer un passage \ Tout ce bruit et

* Quakers.

* P. Cyprien de Oamaches, loc. cit.

s Miss Strickland, t. IV, p. 319.

* Pepys, qui avait loué un mauvais bateau pour surveiller les barges royaleM, se trouva tout désappointé de la brillante t<ioepti.oa Cûte k Hei^-s

ces acclamations , en retraçant à Tesprit de la reine ses premiers jours de grandeur et d*amour, si impitoyablement payés par tant de souffrances et de deuils, lui causèrent la plus pénible impression. Pour elle , chaque souvenir n'était plus qu'un regret poignant.

Le lendemain de son arrivée àWhitehall, elle tînt un grand lever, et une foule de noblesse sV rendit pour lui baiser la main : les membres du conseil privé vinrent aussi la saluer en corps et la féliciter sur son retour en Angleterre ; le comte de Clarendon, père de la duchesse d'York, fut obligé par sa charge de se présenter à leur tête. Quoique, dans son ressentiment contre sa fille, elle eût dit en France qu'elle n'adresserait plus la parole au chancelier, la reine ne se montra pas moins gracieuse pour lui que pour tous ceux qui l'accompagnaient ^

Peu de jours après, l'infortunée Anne Hyde mettait au monde un fils, que, quelques semaines plus tôt, le duc d'York eût reçu comme son héritier avec une joie sans mélange ; mais la princesse d'Orange et sir Charles Berkeley, capitaine des gardes du prince,

riette-Marie. Il exhale sa mauvaise humeur, en disant qu'on n'alluma que trois feux de joie dans la cité et que la venue de la reine ne fit plaisir k personne. Iji comtesse de Derby écrivait, au contraire : « La reine arriva vendredi dernier avec toute la joie de tout le monde et les acclamations de tout le peuple. Je la vis à son arrivée et lui fis la révérence ; elle me vit avec beaucoup d'émotion et me reçut avec des larmes et beaucoup de bonté ; voua pouvez juger de celle que j'avois. Sa Migesté oblige tous ceux qui la voient et elle a des complaisances qui ne se peuvent asseï louer. » — M** de \l'itt, Charlotte de la Trémoille, p. 324.

« Miss Strickland, t. IV, p. 320.

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