SA SANTÉ LA FOBGE A RENTRER EN FRANCE
pouvoit pour un temps quitter l'Angleterre et chercher sa santé en France , sans intéresser le bien spirituel des catholiques, leur laissant sa chapelle ouverte , desservie par huit capucins, en la même façon que si elle y estoit présente. Elle proposa cette affaire au roi son fils qui ne trouva pas de difficulté pour l'ouverture de la chapelle, mais elle lui sembla très-grande pour la séparation d'une si chère et si vertueuse mère; néanmoins, sa santé estant si précieuse, il y donna son conseatement ^ »
Ayant donc obtenu ce qu'elle désirait, la reine dit adieu à ceux de sa maison qu'elle laissait en Angleterre, en leur faisant espérer que son absence ne se prolongerait pas, et quitta Londres le 34 juin 1665. Le roi, la reine Catherine et un grand nombre de personnes de leur maison l'accompagnèrent jusqu'à Douvres, et ne la quittèrent qu'après son embarquement. Charles II et sa mère se firent des adieux pleins d'effusion , mais sans qu'aucun pressentiment leur dit qu'ils devaient être les derniers ; le duc d'York. escorta la reine jusqu'à Calais. C'était le héros du jour : il venait de remporter une victoire importante sur la flotte hollandaise. De Calais, la reine d'Angleterre se rendit directement à Colombes, où Louis XIV et Marie-Thérèse vinrent la complimenter; mais sa fille bien-aimée n'était pas avec eux : elle venait de tomber dangereusement malade. Soit par suite du désir qu'on en avait à la cour,
* p. Qy^dt Oâmaches.
soit qu'un faux bruit se fût réellement répandu , quelqu'un avait annoncé, devant cette princesse qui était grosse , que son frère avait été battu par les Hollandais. Elle le crut, et cet affront infligé à rhonneur de sa famille l'émut profondément : elle tomba aussitôt en convulsions, et, à la suite d'un accouchement prématuré, elle perdit son enfant. La reine, sa mère, alla aussitôt la rassurer, en lui apprenant qu'elle n'avait nullement à déplorer une défaite, mais bien à s'enorgueillir d'un triomphe ; que son frère s'était couvert de gloire et qu'il avait pris vingt navires hollandais, après en avoir détruit un grand nombre d'autres. Ces heureuses nouvelles produisirent un effet si salutaire sur la santé de Madame, que bientôt elle se trouva hors de tout danger , et que sa mère put partir sans crainte pour les eaux de Bourbon \
A peine Henriette - Marié était -elle arrivée en France, que la peste recommençait à dépeupler Londres, avec une telle fureur, que, pendant la semaine qui suivit son départ, il y mouput entre quatre et cinq mille personnes. Il semblait que le hideux fléau, qui l'avait précédée à son premier voyage en Angleterre, eut pour mission de marquer de deux points noirs le commencement et la fin de son séjour dans ce pays. Craignant que l'intensité de la maladie ne trouvât un nouvel aliment dans les nombreuses assemblées qui se pressaient à la chapelle de
^ Mi:i8 Strickland, t. IV, p. 335.
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Sommerset-house, elle envoya aux capucins, qui la desservaient, Tordre de la fermer en toute hâte ; mais ils lui répondirent, en la suppliant de ne pas les empêcher de remplir leur devoir. Cet appel ne trouva pas la reine insensible ; elle y consentit en chargeant de plus ses religieux de distribuer de sa part d'abondantes aumônes aux pauvres de Londres, que cette calamité réduisait à la plus profonde misère. Deux des capucins périrent victimes de leur zèle, en accomplissant cette tâche de charité '.
La reine, en revenant de Bourbon, passa assez paisiblement Tautomne à Colombes, et Thiver suivant elle s'établit dans Thôtel de la Baziniëre ', que Louis XIV lui avait assigné pour sa résidence à Paris; mais sa santé restait toujours fort chancelante et sa faiblesse était extrême.
Quelques mois à peine s*étaient écoulés depuis son retour , lorsqu'Henrietie-Marie vit s'éteindre au Val-de-Grâce , après une longue et cruelle maladie, sa belle-sœur, la reine Anne d'Autriche; cette princesse mourut avec.autant de courage que de piété, et elle fut pleurée sincèrement par la famille royale et par tous ceux qui l'avaient approchée pendant sa vie *.
■ p. Cyp. de Gamaches.
* Cette maison, bâtie par François Mansart, pour Macé Bertrand de la Baciniëre, trésorier de l'Epargne, était située sur le quai Malaquais, ai^ourd'hui n* 17. Elle devint plus tard Thôtel de Bouillon, et on y admirait un plafond peint par Lebrun et représentant les neuf Muses. Cet hôtel, plusieurs fois remanié, est maintenant la propriété du prince de Chimay. Cabinet de» MingularUés d'architecture, 1700, cité par M. Paulin Paris, dans «on édition de Tallemant d^s n^au-r.
* li— de Motteville.
La reine d*Angleterre perdait en elle une amie fidèle et sûre, qui l'avait soutenue dans ses malheurs ^ et dont Taffection ne lui avait jamais fait défaut. Les deux reines vivaient dans une étroite intimité, et cette perte élargit encore le vide funèbre qui s'était fait autour de la survivante.
La guerre que l'Angleterre soutenait contre la la Hollande, alors alliée de la France^ et qui, commencée sous d'heureux auspices, menaçait de tourner au désavantage de la première ^ était devenue Tune des plus vives préoccupations de la reine Henriette. La faire cesser avant de plus grands désastres, tel était le but qu'elle poursuivait sans relâche avec le comte de Saint-Albans , qui était alors devenu ministre résident d'Angleterre. Tour déterminer Louis XIV à servir de médiateur entre les belligérants , elle avait avec lui de fréquentes conférences, que le caractère hautain du roi rendait parfois assez épineuses , au moins pour les diplomates anglais, u Hier, écrivait au comte de Clarendon lord HoUis, envoyé de la Grande-Bretagne, j'étais à Colombes pour prendre congé de la reine-mère ; le roi de France y vint tandis que j'étais avec elle. Au bout d'un certain temps, il crut convenable de s'apercevoir de ma présence, et me fit de la tète un léger salut ; je vous le jure, milord, je le lui ai rendu de la même manière, car je sais qu^en Angleterre on salue les ambassadeurs d'une façon bien, différente. Je me suis mis aussitôt en sa présence à entretenir le prince de Condé, qui est fort affectionné à tout ce