‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 108 sur 143 · LES CAYEAUX DE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

LES CAYEAUX DE SAINT-DENIS

Chaillot; pour y faire Tinventaire de tous les objets ayant appartenu à Henriette-Marie, et à les délivrer au roi son fils '. L'abbesse remit de plus à Tabbé de Montaffue, qui en prit possession au nom de Charles II, une cassette en argent ciselé, que la reine lui avait confiée; quant au mobilier, le roi d'Angleterre en fit présent aux religieuses du monastère.

Quelque temps après, Madame, étant allée à Londres, chargée par Louiç XIY d'une mission secrète * près de Charles II, fut émue jusqu'au fond de Tâme, en voyant les regrets et le respectueux souvenir qu'avait laissés en Angleterre cette reine , dont les grandes qualités étaient enfin jugées comme elles le méritaient. « Sa douleur s'en accrut, dit M"' de Montpensier, et, à son retour en France, dès que le nom de sa mère étoit prononcé , il ne lui étoit pas possible de retenir ses larmes. » La duchesse d*Orléans obtint de Charles II un don de 2,000 jacobus d'or , pour contribuer à l'érection , dans le couvent de Cbaillot, d'une chapelle destinée à recevoir le cœur de leur mère '.

La mort ne devait pas assurer pour toujours à Henriette de France ce repos qui l'avait fui impitoyablement pendant toute son existence : la révolution la poursuivit jusque dans la tombe, mais, cette fois, ce

* Cette autorisation et l'inventaire, qui ne comprend que des objets sans grande valeur, sont conservés aux Archives nationales.

* Il s'agissait de détacher Charles II de son alliance avec la Hollande ; la princesse était accompagnée dans son voyage de M"« de Kéroual, quf devint plus tard la célèbre duchesse de Portsmouth.

* La Religieuse de Chaillot, Ms. des Archives nationales.

fut dans sa propre patrie. « A sept heures du matin, le 16 octobre 1793, dit M. Alexandre Lenoir^ on commença à déterrer les corps, dans la sépulture des Bourbons, à Saint-Denis. Le premier cercueil qu'on ouvrit était celui d'Henriette-Marie de France, fille de Henri IV et épouse de Charles I", roi d'Angleterre, qui est morte en 1669, à Tâge de soixante ans ; le second était celui d'Henriette-Anne Stuart , fille de la précédente et de Charles I", et première femme de Monsieur, frère de Louis XIV. Les restes d'Henriette-Marie et de sa fille furent alors déposés, confondus avec ceu)c de leur royale famille, dans le cimetière àiides Valois, au côté nord de la basilique.» Ce fut là que, dans la nuit du 20 au âl janvier 1817, les torches s'allumèrent, et qu'en présence de tous les princes et princesses de la maison de France , on exhuma tous ces débris * , objets désormais d'une commune vénération ; ils furent réunis dans le caveau qu'avait occupé le maréchal de Turenne, avant que son corps ne fût transporté dans la chapelle des Invalides. Et maintenant, sur des tables de marbre noir, couvertes des noms les plus illustres et les plus glorieux du monde, à la pâle clarté d'une lampe, on distingue, unis dans la mort, comme ils l'avaient été dans la vie, ceux d'Henriette-Marie de France et d'Henriette- Anne d'Angleterre.

* Un tableau, qui décore la sacristie de la Basilique, représente cette cérémonie funèbre.

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