‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 11 sur 143 · LE PRINCE DE GALLES · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE GALLES

doutait pas que le côté romanesque de cette démarche, ainsi que les agréments personnels de Charles, ne plaidassent sa cause près de Tlnfante avec assez de succès, pour que Faffaire fût promptement menée à bonne fin. Buckingham devait accompagner le prince de Galles, pour Taider de ses conseils dans Fart de la séduction et vaincre par son adresse toute résistance de la part du comte duc d'Olivarès , ministre de Philippe lY. De son côté, Charles, dont rimagination sentimentale ne rêvait qu amour dans le mariage et bonheur domestique, répugnait à recevoir sa fiancée comme une tremblante victime, jetée par la politique dans les bras d'un étranger ; aussi cette expédition mystérieuse et chevaleresque répondait-elle trop bien à ses secrètes pensées, pour qu'il ne s*empressât pas d'y consentir. Il se mit donc en route pour l'Espagne, accompagné seulement du duc de Buckingham , d'Ëndymion Porter , de sir Richard Graham et de sir Francis Cottington, et vint s'embarquer à Douvres, le 18 février 1622. Avant d'arriver à Boulogne, les voyageurs s'étaient affublés de déguisements vulgaires ^ ; le prince de Galles et Buckingham ne s'appelaient plus que John Brown et Tom Smith ; ils espéraient ainsi se dérober par leur obscurité même aux regards indiscrets et aux difficultés de la route à travers la France. Ayant ainsi couru la poste sans encombre jusqu'à Paris, ils allèrent se loger dans une médiocre hôtellerie de la rue Saint-Jacques.

* Perrinchief, Abrégé de la vie et du régne de Charlet P*, déjà cité.

18 HENRIETTE-HARIË DE FHAHCE.

Le soir de l'arrivée de ces chevaliers errants*, en quête d'enchantements à rompre , il y avait fête au Louvre. Poussés par la curiosité, John BroiMi et Tom Smith, s'abritant sous de vastes perruques et vêtus de costumes sombres', parvinrent à se glisser dans le palais, parmi la foule des assistants. Le duc de Montbazon, chambellan de la reine, reconnaissant des Anglais au milieu de tout ce monde, leur fit donner des places, que l'apparence extérieiu-e de ces personnages ne devait guère leur permettre d'espérer'; libre à nous de penser, que peut-être la véritable situation des romanesques voyageurs n était pas pour les ministres français un mystère aussi impénétrable qu'ils pouvaient se l'imaginer. Il s'agissait ce soir-là de la répétition d'un ballet de Boisrobert intitulé : Les [estes de Junon la Nopcière, qui fut dansé à la cour le 5 mars 1633. Anne d'Autriche, alors dans tout l'éclat de sa beauté, jouait le rôle de l'épouse de Jupiter, tandis que sa jeune belle-sœur, Henriette- Marie, âgée seulement de quatorze ans, représentait Iris et récitait les vers suivants :

Qu'on ne s'esmerveille pas De voir en moy tant d'appas ;

< C^est ainsi qae le duc de SaToie désignait plaisamment le prince de GMles et ses compagnons. Mémoire» de lord Herbert de Cherbutry, trad. Paris. * Rushworth. Bistor. Collections, Lond. 1654-1701. > Miss Strickland. Queeru of EngUmd, t. IV, p. 143.

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