UN BALLET AU LOUVRE
Si l'on y veut prendre garde, J*ay, comme Iris, emprunté Mes couleurs et ma beauté Du soleil qui me regarde ^.
Ce dernier vers n'était qu'un compliment à l'adresse de la reine mère , mais la jeune princesse , chargée de le dire, s'en était si bien acquittée et elle se montrait si gracieuse et si jolie, que tous les spectateurs en furent dans l'enthousiasme. Nous sommes pourtant obligés de reconnaître que le résultat souhaité par la cour de France fut loin d'ètr« obtenu pour cette fois, et que la splendide beauté de la reine éblouit le prince voyageur, au point de l'aveugler sur le charme si délicat et si fin d'Henriette de France, qui du reste paraissait presque une enfant. « Nous sommes allés à la cour sans être reconnus, je vous l'assure, écrivait Charles à son père, le lendemain de cette aventure; nous y avons vu la jeune reine de France, le petit Monsieur (Gaston, duc d'Orléans) , et madame Royale (Henriette-Marie) figurant dans un ballet : la reine et Madame y ont dansé, avec dix-neuf autres charmantes dames, parmi lesquelles la reine de France est la plus belle, ce qui m'a causé un plus vif désir de voir sa sœur. »
Anne d'Autriche, à qui son affection de bellesœur faisait oublier les intérêts de l'infante, sa nièce, regrettait plus tard que le prince n'eût vu Henriette qu'à son désavantage, de loin et dans une demiobscurité, tandis que sa figure et toute sa personne
* G. DesBoiresterres. Bernes d'Angleterre,
20 UENRIETTE-MARIli: DE FRANGE.
gagnaient tant à être considérées de près^ Quant à la jeune princesse, qui, pendant la représentation, n'avait pas non plus remarqué l'illustre spectateur, lorsqu'on lui raconta quelque temps après ses romanesques aventures, toujours si chères à l'imagination des jeunes filles, elle murmura, dit-on, avec un soupir : « Le prince de Galles n'avait pas besoin d'aller si loin pour trouver une femme'! »
Le séjour de Charles à Paris était resté un mystère pour lord Herbert de Cherbury, alors ambassadeur d'Angleterre; c'était un excès de précaution, et voici ce que ce dernier nous raconte à ce sujet : « Son Altesse passa le jour qui suivit son arrivée à visiter la résidence de la cour et la ville de Paris, sans être reconnu de personne, excepté d'une fille qui avait vendu autrefois de la toile à Londres et qui, le voyant passer, s'écria que c'était assurément le prince do Galles; elle le laissa pourtant continuer son chemin, sans oser le suivre. Le lendemain, le prince et sa suite prirent des chevaux de poste et partirent pour Bayonne. La première nouvelle que j'en eus me fut donnée par un Ecossais, nommé Andrews, qui, vouant chez moi la veille, au soir, de leur départ, me demanda si je n'avais pas vu le prince. « Quel prince? lui répondis-je, car le prince de Condé est encore en Italie. » Il me dit qu'il s'agissait du prince de Galles, ce que je me refusai à croire jusqu'à ce qu'il m'eût affirmé plusieurs fois par serment que Son Altesse
* Miss Strickland, Queeiu, etc.
• Life ofHenrieUa^Maria, 1671.— C. Cotolandi, iTi^r. d'HênrieUe-Marie, p. 3.