‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 116 sur 143 · A SIR EDWARD NICH0LA · texte numérisé non relu

A SIR EDWARD NICH0LA

Maître Nicholas,

J'ai reçu votre lettre et celle que vous m'avez envoyée de la part du roi, qui me mande qu'il a été très-bien

* Cette lettre et les trois soivantes sont traduites de l'anglais.

reçu en Ecosse et que Tarmée et le peuple ont témoigné une grande joie de voir le roi et telle, qu'on assure n'en avoir jamais vu une pareille auparavant. Je prie Dieu que cela continue. Quant à la lettre que je vous ai écrite, touchant les commissaires^ c'est pour qu'ils aient à expédier les affaires en l'absence du roi. Je vous remercie de me donner avis de ce qui se passe à Londres, et ainsi je reste

Votre amie,

Hbnriette-Marie R.

Oatlands, ce 19 août 1641.

( BYelyn's Works, vol. IV, p. 2.)

AU MÊME

Maître Nicholas ,

Je vous envoie les noms des lords que je crois à propos de faire venir. Il faut avertir l'évèque d'être ici ; sur ce, n'ayant rien de plus à vous dire, je reste Votre amie assurée.

Gumberland, Huntingdon, Bath, Northampton, Devonshire, Bristol, Newcastle, Paulet, Coventry, Seymour, Gottington. Veuillez écrire à Bridgeman de venir et de parler à tous ses amis en ce pays, à ceux qu'il a dans le Lancashire et à tous ceux qui sont les vôtres : pour beaucoup d'autres, je leur ai déjà parlé moi-même directement.

Ce 5 octobre 1641.

Ryeljn'a vorks, vol. IV, p. 33. )

364 LETTRES D^HENBIETTE-MARIE.

Maître Nicholas,

J*ai reçu votre lettre. Je suis fâchée que vous ne soyez pas bien, car j'aurais été très-aise de vous parler, mais ce n*est pas pressé ; ne vous hâtez donc pas, de peur de tomber malade.

Je vous envoie une lettre pour le lord Garde des Sceaux, que le roi m*a adressée pour la remettre, si je le trouvais à propos : le sujet est de faire une déclaration contre les ordres du Parlement, qui les a donnés sans consulter le Roi. Si vous croyez le moment convenable, donnez-la-lui. Sinon, gardez-la jusqu*à ce que je vous voie.

Le roi sera certainement ici le 20 de ce mois, vous pouvez donc en informer le maire de Londres. La lettre que vous avez écrite à Garnarvon m'est revenue et je Tai brûlée. Il n'était pas chez lui ; il serait très-nécessaire de vous informer du lieu où il est et de lui écrire : envoyez à mylord Gottington pour les procurations, car j'ai appris qu'il en avait deux, outre la sienne propre ; faites savoir aussi aux lords Southampton et Dunsmore d'envoyer leurs procurations, jusqu'à ce qu'ils viennent eux-mêmes : ils sont dans le ^'arwickshire. N'avant rien de plus à vous dire , je demeure

Votre amie assurée.

Ce 12 noTcmbre 1641.

(Evelyn^a vrorkê, vol. IV, p. 72.)

LETTRES d'ukhriëttë-marie. 365

AU MÊME

Maître Nicholas ,

Je vous avais demandé de ne pas faire connaître à lord Essex ce que le roi vous avait commandé, touchant sa venue : maintenant vous pouvez le faire et lui dire que le roi sera mercredi à Theobalds et qu*il y couchera jeudi ; il dînera chez le lord-maire et passera une seule nuit à Whitehall , et vendredi il ira à Hampton-court, où il compte passer Thiver. Le roi m*a commandé de dire cela à Lord Essex, mais il vaut mieux que vous le fassiez, car Leurs Seigneuries sont maintenant de trop grands princes, pour recevoir une communication de moi. Étant tout ce que j*ai h vous dire, je resterai

Votre amie assurée ,

Ce SO noTembre 1641.

(Evelyn*s vorka, vol. IV, p. 78.)

Mon cher cœur,

Ce n'a pas esté avec peu de joye que j*ay receu vostie lettre par Ringfield, estant en très-grande peine. Je loue Dieu que Charles soit avec vous et de voir vostre cons-

366 LETTRES D'hBNRIETTE-MARIB.

tance et résolution continuer. Asseurément Dieu voas assistera et, quoy que Ton tous pourra dire, ne rompes point Tostre résolution , mais suivés-Ia constamment et né perdes point le temps. Touchant ce que vous me mandés de faire Salisbury trésorier, je ne voudrois pas encore rien faire là-dessus, mais attendre encore ; car pour la somme d'argent, elle est si petite et si peu considérable, que c'est un os pour faire battre les chiens, et vous pouvés plus gagner par la dissension , qui sera entre eux, que par le proJGlt de Targent. C'est pourquoy n'en disposés pas. Pour vous envoyer de l'argent, je feray toute la diligence possible, mais je ne sais où vous le faire tenir; c'est pourquoy, quand vous irés à York, si vous trouvés le pa!s bien affectionné, il faut avoir HuU absolument ; si vous ne pouvés, il faut aller à Newcastle et, si vous trouvés que cela n*est pas seur, allés à Berwick , car il est nécessaire que vous ay^s on port de mer, pour des raisons que je vous envoyeray dire par une personne exprès, lorsque je sauray que vous estes à un port de mer et que Charles y est aussy, car il seroit nécessaire que cela fust devant que vous alliés en Ëscosse et que cette personne parlast à vous. Je l'envoyeray dans vos navires propres que je garde toujours , en attendant des nouvelles de vous, et par ce mesme chemin je vous envoyeray l'argent; seulement envoyés-moy un warrant * soubs vostre main pour donner à Pennington, pour transporter toute personne que j'ordonneray. Il fault laisser le nom de la personne en blanc et me l'envoyer. Faites quérir James • le plus tost que vous pourrés ; je voudrois aussy que vous envoyas-

* Une aatorisation.

■ Le duc d'York.

LETTRES D'hëNRIETTE-MARIE. 367

siés semondre Essex et HoUand de venir vous servir : s'ils refussent, de leur oster leurs places * et les garder vides ; si ce n'est que vous vinssiés à quelque force, alors de les rendre comme elles estoient , pourvu qu'ils vous servent. Ne passés plus le tonnage et le poundage, car c'est contre vous-mesme.

Je travaille avec le prince d'Orange et espère en avoir contentement, quoyque ce soit une personne malaysée à engager, mais les intérests ont de grands pouvoirs. Je vous avois envoyé Glarke, mais le vent a esté si contraire que je crois qu'il ne passera pas. C'est pourquoy, par ce mesme chemin , je vous envoyé des copies de ce que je luy avois remis, qui est ce qu'il fault pour engager nostre grand collier, et touchant ma fille ; je pense que le biais qu'il fault prendre est que vous envoyiés à Wharton un commandement de faire tirer un warrant par Bridgeman fort secrètement et que Wharton luymesme le porte au keeper* avec une lettre de vostre part et le fasse sceller devant luy, et comme cela vous me l'envoyerés avec diligence; si autrement, nous ne pouvons rien faire, comme vous verres par les lettres de Boswell. Envoyés-moy aussy une lettre de warrant pour Boswell, où vous luy recommandiés de me livrer le collier, afin que, si je voyois que l'on n'en peut rien avoir icy, je puisse l'envoyer à vostre oncle. Envoyés la lettre à moy, pour m'en servir comme je trouveray a propos.

Ayés soing comme vous escrivés en chiifre, car j'ay failly à devenir folle à deschiifrer vostre lettre : vous y avés adjousté des nuh que je n'entends point; aussy

* C'était Mlles de chambellan et de premier gentilahomme de la chambre dn roi.

* Garde des sceaux.

368 LETTRES d'hENRIETTE-MARIE.

VOUS ue Tavés pas escrit véritable. Ayés bien soing, je vous prie, et ne mettes rien davantage que ce qui est dans mon cbiffre. Je vous recommande encore d'avoir soing de vostre pocbe et que Ton ne vous desrobe pas nostre chiffre*. Je suis si estourdie d'escrire que je ne diray rien de tendre, car je le suis plus que je ne le saurois escrire, et j'espère que mes actions vous le feront voir. Si Pennington n'a pas un warrant soubs vostre main pour demeurer auprès de moy, jusques à ce que je luy signifie vostre bon plaisir du contraire, envoyés-m'en un, car j'entends qu'on luy veut faire un mauvais tour là-dessus : il est trop honneste homme, c'est sa faulte.

La Haye, ce 17 mars 1642.

(Uarl., ma. 7879, M6.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

J'attendoistoujoursdevos nouvelles pour envoyerquelqu'un, que je seusse asseurémentoù vous estiez. J'espère que ce porteur vous trouvera à York, quoyque l'on diseicy le contraire, et que, si vous trouvés le Yorskshire affectionné, vous irés à Hull, car il fault avoir Hull. Je suis après vous envoyer de l'argent et j'espère que bièntost il sera prest, mais je youdrois plus tost que l'on eust un lieu en Angleterre, où je pourrois vous l'envoyer. C'est pourquoy j'attendray des nouvelles de vous, devant que

* Le roi gardait toujours dans sa poche la clef du chifflre convenu avec la reine.

LETTRES D*UENIUETT£-1IÂRIE. 369

je le fasse. Je vous avois escrit par ma dernière lettre qu'il estoit nécessaire que vous eussiés un port de mer, à cause que je voulois envoyer une personne pour vous parler : c*est en cas que vous le pourries faire, sans retarder vos affaires, car si vous trouvés le pais où vous estes bien affectionné à cette heure, vous demeurerés en Angleterre. Gela sera assés aysé, et il n'est pas, je pense, que vous serés contraint de vous en aller de là. 11 ne sera pas en vostre pouvoir de demeurer à Newcastle ; c'est pourquoy, que cela ne change point vos résolutions. Le bruit court icy que vous retournés à Londres ou auprès ; je n'en crois rien et espère que vous estes plus constant dans vos résolutions ; vous avés desjà appris à vos despens que le défaut de persévérance dans vos desseings vous a ruiné. Asseurément vous ne changerés plus ; si cela n'est, adieu pour jamais ; il fault songer à ma résolution de me mettre dans un couvent, car je ne puis jamais me fier à ces personnes, qui seront vos directeurs, ny à vous qui m'aurés manqué de promesse; ou bien, si vous aviés voulu faire un accommodement , vous l'auriés aussy bien fait à York et plus à vostre advantage qu'auprès de Londres. Gomme vous aviés conclu à mon parlement, je ne puis croire autrement, quoyque, je le confesse, je sois affligée jusques à la mort, de peur du contraire, et j'ay raison, car si vous avés rompu vostre résolution, il n'y a que la mort pour moy. J'ai peur que ce ne soit un jeu de Hamilton et de Lanark ensemble, car il est fort public icy que Lanark vous trahit : je prie Dieu qu'il n'en soit pas ainsy. Si tout ce que l'on en dit est vray, vous estes perdu et moy aussy, mais s'il n'est pas, Dieu soit loué! J'ay trèsgrande raison d'appréhender Lanark ; au nom de Dieu ! donnés-vous-en de garde et vous fiés seulement à Gole-

370 LETTRES D*HBNRIBTTE-MABIE.

pepper et à Ashburaham, car asseurément ils ne vous tromperont point.

Pour ce qui est des affaires d'Escosse, consultés Lanark un peu , pour ne le pas mettre en jalousie , et soyés constant dans vos résolutions, et, sachés-le, il est asseuré que vos affaires iront bien, trouvant icy le Prince d^Orange fort affectionné pour vous : seulement qu'ils ont un peu de soupçon sur vostre résolution, et que vous n'estes pas ferme dans vos desseings.

Gomme j*escris cette lettre, je viens de recevoir une des vostres, datée de Newmarket, laquelle m'apporte autant de joye que les nouvelles de devant m'avoient causé de tristesse, quoyque j'eusse seureté que vous fussiés à York; car j'ay remarqué que les délais n'ont jamais esté pour vostre advantage, quoyque par la lettre que j'ay receue d'Ashburnham, j'aye veu les raisons qui m'ont en partie satisfaite, mais plus, lorsqu'il me dit que vendredy vous serés à York. Continués votre résolution et ne changés point, car il y va du coup de la partie, et songes qu'il faudra aussy que vous alliés, ouy ou non, à Hull et de là à York. Mais il fault pour cela estre asseuré de Hull auparavant. C'est pourquoy j'attendray de vos nouvelles ; aussy bien l'argent n'est pas prest, car sur nos pierreries, l'on ne trouve rien. Je suis forcée d'engager toutes mes petites ; sur les grandes, rien ne se trouve, mais je vous asseuré que je ne perds point de temps. Pour les affaires des Indes orientales, je me remets à Boswell pour vous en donner compte; vous avés esté nouvellement trompé dans cette affaire : consultés avec le chancelier de l'Echiquier, sur les désirs avec lesquels il a affaire, et nous envoyés vos directions. Aussy vous en pourrés parler à Will. Murray, car il en sait quelque chose : je ne diray davantage sur ce sub-

LETTBES D^HENRIBTTB-MARIB. 37 i

ject. Si je pouvois vous envoyer quelqu'un, il vous diroit bien des choses, que je ne vous peux mander. Si Yous aviés Hull, je serois fort ayse, pourveu que cela ne TOUS fasse pas de tort. Mandés-moy si vous le voulés ou non.

Je vous ay escrit trois lettres : une par Camarvon, les autres par Progers et Glarke, et en ay receu quatre de vous, une par Wingfleld, deux par l'ordinaire et une par un gentilhomme. Je concluray toujours avec : ne perdez point de temps, il est trop cher, et vous pouvés escouter de loin g avec plus de seureté que de près.

Surtout ne quittés point Charles et Tayés auprès de vous. Ne le laissés pas aller hors de vostre veue, s'il n*est si bien accompagné qu'il n'y ayt rien à craindre ; car asseurémènt tout est à appréhender à cette heure. 11 fault vous dire que vostre résolution vous gagnera tous les jours des serviteurs partout, si vous continués.

J'espère bientost de vous revoir; ce que, je vous asseure, je ne désire pas peu. Si ma main estoit aussy malade que mon œil, je ne pourrois escrire, estant extresmement borgne, mais j'espère que ce ne sera rien. Touchant ce que vous m'escrivés de Camarvon, vous pouvés dire que, à mon retour, si je trouve que son père et ses amis vous ayent ser\y, elle verra que je seray bien ayse de ce subject pour l'obliger ; mais ne m'engages pas tout à fait, quoyque ce soit une personne de qui j'ay fort bonne opinion. Je vous recommande toujours de veiller sUr vos pochettes. Touchant ce que je vous mande du voyage de Digby, si vous le trouvés à propos, il le fault tenir fort secret. J'ay renvoyé Pennington et ay gardé un navire que commande cet Escossois et le Cach, car il falloit que Pennington retournast pour commander la flotte, qui va sortir, ou l'on

379 LETTBES D*UëNRIETTE-1IA1UE.

Teust fait retourner par force. Si Ton vous propose un accommodement, j*espère que vous ne ferés rien sans me le dire.

( Harl. ma. 7879, f^ 2.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

Ce n'a pas esté avec peu de joye que j'ay receu vos lettres, car il y avoit quinze jours que vous estiés arrivé à York, devant que j'aye receu de vos nouvelles. Mais tout en un coup, j'ay eu deux personnes : sir William Baladin ayant esté rejeté par trois fois par la tourmente, lautre à la fin Ta attrapé et ils sont venus ensemble. Je suis extresmementayse d'entendre que vous avés esté si bien receu à York et que vous trouvés le païs bien affectionné : faites-en votre profit, et ne perdes point de temps. Vous savés que les affections des peuples changent comme le vent ; c'est pourquoy, pendant qu'elles sont bonnes, il s'en fault servir. Vous avés l'exemple devant vous, car le Parlement s'en sert.

Pour ce que vous me mandés, que tout le monde vous dissuade, touchant Hull, de l'avoir par force, si le Parlement ne commence : n'est-ce pas commencer que de mettre des personnes dedans contre vos ordres ? Si vous attendes qu'il aille publiquement autrement que cela, vous serés rtjdné entièrement, et pour l'asseurance que vous avés d'Ëscosse, j'en doute beaucoup, car j'entends que Argyle et les autres ont des régiments sur pies pour aller en Irlande , lesquels , je crois , sont plus

LETTRES D*HENRIBTTE-1IARIE. 373

tost pour le Parlement; croyant que vous allés en Elscosse, ils ont leurs gens sur pies, pour vous faire faire ce qu'ils voudront. Prenés-y bien garde, et taschés de les despecher en Irlande , devant que d*aller, s'il est possible. Si vous avés le peuple d'York si asseuré à vous, que ne Téprouvés-vous, pendant qu'ils sont en bonne humeur? Au commencement, l'on peut faire des choses qu'à la fin l'on se refroidit, et puis elles ne peuvent plus estre faites, et il n'y a plus de moyen pour s'en repentir. Aussy pour moy, je pense que le Parlement croit que vous attendes toujours un accommodement; par ce fait, ils reculent eux-mesmes, peut-être à ce qu'ils desireroient ; s'ils vous voyoient en action, alors peut -estre ils parleroient d'une autre façon. Aussy, pour vous, avoir Hull, ce n'est pas commencer rien de violent, car ce n'est que contre le coquin^ qui vous le refuse.

Pour de l'argent, je travaille ; il fault que j 'envoyé en Danemark, car, en attendant, l'on ne veut rien prester sur vos rubis. Cependant je mettray toutes mes pierreries en gage ; mais vous, quand cela sera fait et que vous aurés mangé cet argent, toujours en attendant que le Parlement vous desclare la guerre, il n'y aura plus de moyen d'en avoir d'autre ; comme cela, vous serés réduit à faire ce que le Parlement voudra et je seray contrainte de me retirer dans un couvent ou de demander l'aumosne. Aussy il est à craindre que le Parlement ira dans un chemin plus modéré en apparance, mais en effet pire pour vous; c'est pourquoy cela doit estre bien considéré. Le bruit court icy que vous accorderés la milice pour une année, mais vostre

* Sir John Hotbain.

lettre m'oste cette peur, car vous m*asseurés du contraire. Continués dans vos résolutions et me pardonnes, si j*ay escrit un peu trop, par Ringfield, sur ce subject. Toute mon espérance n*est que vostre fermeté et constance, et quand j*entends le contraire, je suis folle : pardonnes encore une fois à ma folie et foiblesse, je la confesse. Cette lettre, que vous m'avés envoyée, touchant un accommodement, est si insupportable, que je Tay bruslée avec joye : il ne fault pas songer à une telle chose, ce n*est que s'amuser et perdre son temps. Songes que, si vous ne vous y estiez point arresté cy devant, peut-estre nos affaires seroient en meilleur estât qu'elles ne sont, et que vous auriés HuU à cette heure ; c/est seulemeut pour un exemple, ce que je vous dis et non pas pour reprocher; car cela est passé. Pour ce que vous avés passé le tonnage et poundage, j'avoue que c'est contre mon opinion, car c'est seulement pour eux et non pas pour vous; mais je me soumets.

Pour cela que l'on vous a dit que Congnet a mandé à son mary, touchant Digby, c'est une très-grande menterie, car je vous puis asseurer qu'elle n'escrit que de ses affaires particulières et de sa mère , dont le Parlement a arresté toutes les hardes, surtout lui reprochant qu'elle emportoit toutes mes pierreries. Touchant Digby, je vous asseure qu'il n'a nul desseing de retourner en Angleterre : il se trouve fort bien où il est ; il est vray que je luy ay entendu dire que, si le Parlement vouloit l'accuser et qu'il se pust défendre, sans estre mis en prison, il estoit si innocent, qu'il se hazaderoit d'aller se défendre , mais c'estoit à desseing, en cas qu'il fust allé vous trouver et que l'on l'eust pris sur la mer, de dire qu'il alloit pour se justifier au Parlement, mais à cette heure que vous ne le jugés pas à propos, il ne sera pas.

tETTRES D'HENBIETTE-MAME. 375

Touchant Tambassadeur qui doit aller de ce païs , je Tay fort entretenu; je crois qu*il est fort honneste homme ; vous Tavés veu devant. C'est un grand homme, qui baisa les mains de Jeffrey S le prenant pour mon fils. Pour Isabelle, elle ne peut pas aller avec luy, car elle est trop soupçonnée pour estre à vous. Je n*entends point de nouvelles des commissions que je vous ay escrit d* envoyer, touchant ma fille et le reste, s'il vous plaist de ne pas oublier. J*ay receu l'addition du chiffre. Je n*ay plus rien à dire, sinon de vous recommander toujours la constance et la résolution , car il fault que ce soit par là que nous sortions de nos misères. J'entends que beaucoup de seigneurs vous sont venus trouver: gardés-vous des persécutions de quelques-uns; je ne nomme personne, mais asseurément vous m'entendes bien. Ce n'est pas seulement pour Hamtlton? que je parle, mais pour d'autres encore, qui, vous savés, sont adonnés à la commission , et qui sont venus vous trouver, depuis que vous estes là. Vous devés songer surtout d'avoir un port de mer asseuré, car sans cela, vous ne pouvés avoir correspondance avec moy et je ne peux vous envoyer de l'argent. Si vous estes forcé d'avoir Hull par force, asseurément vous aurés besoing de quelque puissant engin à assiéger des places; le Prince d'Orange en envoyera, si vous le voulés. A mesure que j'escris, il me vient toujours quelque chose à la teste; mais adieu, j'ay un mal de dents que je ne sais ce que je fais.

La Haye, ce 16 aTril.

La lettre où il n'y a point de dessus est pour Will. Murray?

* JeArey Hndson, le nain farori de la reine.

376 LETTRES D*IIEH1IBTTE-MAIIE.

Mon cher cœur.

Après beaucoup de peines, à la fin nous avons trouvé de Targent, mais peu encore, car la peur des marchands n'est pas encore tout à fait passée. L'on avoit escrit de Londres que j*avois emporté mes pierreries en cachette et contre vostre volonté et que, si Ton me prestoit de Targent là-dessus , il n'y auroit point de seureté pour eux ; tellement que, tout ce temps, quand nous estions prests à conclure nos marchés, toujours ils reçuloient. A la fin, il a fallu montrer le pouvoir signé soubs vostre main, de quoy je vous ay escrit cy devant, et aussytost nous avons conclu nos affaires. J'ay cru qu'il estoit meilleur et plus seur de vous l'envoyer, comme je fais, sans bruit, que pour vous d'envoyer diverses personnes quérir l'argent, car il ne sera pas seu que ce sera pour vous, et tant et si peu à la fois qu'il vous plaira. J'ay cru ce chemin plus asseuré que de l'envoyer en espèces, car, si vous changiés de place, l'argent de ce paîs ne passeroit pas et en monnoye d'Angleterre nous ne pourrions pas l'avoir. J'ay vendu vos boutons de perles, et ma petite chaisne vous a fait du bien : vous ne pouvés pas imaginer comme vos boutons estoient beaux, quand ils ont .esté hors de l'or, enfilés en chaisne, beaucoup aussy grosses que ma grosse chaisne. Je vous asseure que ce n'a pas esté sans regret que je les ay quittés ; personne ne les a voulu prendre en gage, mais bien les achepter. Vous pouvés juger à cette heure que l'on sait que nous avons à faire de l'argent, comme l'on nous tient le pied sur la gorge ; je n'en ay

seu avoir que la moitié de ce qu*ils valent ; j*ay six semaines de temps pour les rachepter au mesme prix. Ma grande chaisne et cette croix que j'avois acheptée de la royne ma mère, cela n*est qu'en gage; je n*ay seu avoir avec tout cela que Targent que je vous envoyé. J'envoieray demain à Anvers pour engager vostre collier de rubis, car pour cela, en Hollande, Ton n'en veut point. Pour le plus grand, j'attends responce du Danemark. Tous les jours aussy l'on me donne espérance que ceux d'Amsterdam me presteront de l'argent. Voilà ce qui concerne Targent, mais si nous mettions toutes nos pierreries en gage, pour les manger sans rien faire, elles seroient perdues et nous aussy, car nous n*aurions plus rien pour nous assister, quand nous aurions affaire. C'est pourquoy ne perdes point de temps ; vous en avés desjà assés perdu; prenés une bonne résolution et la poursuives. Souvenés-vous de vos propres maximes, qu'il vaut mieux poursuivre une mauvaise résolution que de changer si souvent. J'ay receu vos lettres par l'homme desjà nommé, lesquelles m'ont fait bien triste, car vous ne parlés point de reprendre vostre magazin perdu ; je vous dirày encore que vous voyés que, si d'abord vous aviés fait comme vous estiés résolu, il se peut qu'à cette heure il f ast gagné ; et aussy, puisque vous aviés essayé de l'avoir, il falloit poursuivre, car de commencer et de demeurer est une ruine ; l'expérience vous le fait voir. Ce n'est pas assés que de parler par escrit, il fault voir après les actions. Il est vray que vostre jeu est encore assés beau, mais, si vous ne le joués bien, il ne sera pas gagné. 11 fault hazarder et pour Hull , si votre magazin n'est pas encore dehors, il fault faire quelque tour de finesse à Hotham, puisqu'autrement il n'y a rien à espérer. Tant

378 LETRRES D'HENRIETTE-VâBIE.

que vous ne tous desclarerés pas, vous ne pourrés pas juger de vostre pouvoir, car personne n'oseroît se dèsclarer ; et aussy songes que je mets tout ce que nous avons au monde de reste, pour avoir de Targent, et que, quand cet argent aura manqué, et quand il faudra payer des personnes pour se battre, il n*y en aura pins. C'est pourquoy le temps est précieux. Je suis fort ayse que vous ayés commandé....

L6 reste de U lettre manque.

May, 1642.

(Harl. ma. 7379, fol. 86.)

• AU MÊME

Mon cher cœur,

Le vent ayant esté si contraire que sir Baladin n'a pu aller, et ayant receu de vos lettres par Cochrane, où je vois que vous n*estes pas certain de vostre voyage dlrlande, j'ay voulu vous faire ce mot, envoyant toujours ce que j'avois escrit devant et que, je crois, vous aurés receu aussy par un autre chemin. Je respondray à vostre lettre sur ce que vous dites que, si vous pouvés aller en Irlande, et que le chemin d'Angleterre n'est pas seur, vous irés en Irlande par TEscosse, qui est un chemin que j'appréhende extresmement ; car les troupes qui y vont sont tout au Parlement et, s'il lui plaist,vous tiendront comme prisonnier, et ainsy vous ne pourrés pas joindre l'armée des malheureux *, ny approcher de Dublin par ce chemin. Je crois que par le paîs de Galles

* Les catholiqties ; c'est ainal qne la reine les désigne dans aea lettres.

LETTRES D^HEKRIETTB-MABIE, 379

ce seroit le plus seur, si ce pays est bien affectionné. Vous pourrés toujours lever assés de gens pour un ré-^ giment pour vostre personne, comme c*estoit vostre desseing, et, pour vous en aller, vous avés un navire pour rirlande, de quoy vous vous pouvés servir et estre asseuré de Stradiin, ainsy que de celuy que j'ay avec raoy, et voir ceux de la flotte qui sont affectionnés, et les faire venir sous quelque prétexte. Si vous estes asseuré que les troupes, qui doivent aller en Irlande, y voBt bien tost, et que TEscosse demeureroit sans ces personnes qui ne sont pas affectionnées à vous, TEscosse seroit un bon lieu pour y aller, mais tant que ces diables y sont, il n'y a point de seureté. Croyés-vous que, le Parlement vous ayant refusé d*aller, les troupes vous laissent passer? J*ay grand peur que cette affaire de la milice^ ne gaste vostre desseing; je prie Dieu que vous la refusiés.

Je n*escris point à Lanark? car vous me mandés qu*il n'est pas là : s'il y est, vous luy dires la raison pour quoy je ne le fais pas.

Pour l'homme que vous demandés, je vous prie d'envoyer un warrant soubs vostre main à Santerre, qui commande le navire, qui est icy pour attendre mes commandements, à cause que le warrant qn^il a est soubs la main de Pennington et, à cette heure, cela ne lui peut pas servir : aussy une lettre pour le roy de Danemark, seulement de cérémonie, comme celle que vous m'avés donnée cy devant et m'en envoyés la copie, pour m'en servir, s'il est besoing. Si vous l'avés fait, vous me le manderés encore. Adieu, mon cher cœur.

Ce 5 may.

{Ilnd., fol. 40.)

< The mUitia bill.

380 LETTRES d'heubiette-marie.

AU MÊME

Mon cher cœur,

J*ay receu vostre lettre par la poste avec le message que le Parlement vous a envoyé, qui, je crois, est assés bon, puisqu'ils croyent qu'ils peuvent gagner tout à parler hault. Pour vostre voyage en Irlande, je n*en dis rien, vous ayant escrit sur ce subject devant, mais pour le discours que vous avés eu avec Colepepper? touchant HuU, il fault dire la vérité : ce m'est une estrange chose qu'il y ait personne qui puisse disputer contre cela, et que vous n'ayés pas desjà essayé de l'avoir ; car, tant plus que vous attendrés, tant pis ce sera et de croire que, s'il vient une flotte pour quérir les armes, vous le puissiés empescher si, devant cela, vous ne l'avés, c'est une folie si grande que je ne la comprends pas. Les délais vous ont toujours ruiné. Touchant vostre responce sur la milice, je veux croire que vous ne consentirés pas à la passer pour deux ans, comme j'entends que vous serés pressé, et que vous le refuserés, mais peut-estre que cela est desjà fait et que vous recommencés vostre vieux jeu de tout céder. Je veux espérer que non pourtant pour ma consolation, jusques à ce que j'apprenne le coup, car j'avoue que, si vous le faites, vous me perdes, en vous perdant vous-mesme, et que, si j'eusse cru cela, je ne serois jamais sortie d'Angleterre, car mon voyage est rendu ridicule par ce que vous faites, ayant rompu toutes les résolutions que vous et moy avions prises, hors d'aller où vous estes pour ne rien faire. Si vous aviés voulu céder la mth'ce, quand j'estois en Angleterre,

je pouvois satisfaire le Parlement, comme je vous le disois; mais vous avés fait de cela, j'en ay peur, comme de Taffaire desÉvesques, car vous pouviés faire un accommodementavec cela : vous avés opiniâtrement refusé et puis Tavés cédé. Cependant je suis sortie d'Angleterre contre Topinion de tout le monde, sur la confiance que j^avois de ce que vous vouliés faire et je me suis rendue ridicule : ou, si vous eussiés fait ce que vous aviés résolu, Ton eust cru que ce que vous aviés cédé, tout ce temps, estoit de peur du danger de ma personne et à cause de l'affection que vous aviés pour moy, non faulte de résolution, et que j'avois eu raison de m'en aller. Or à cette heure l'on a raison de croire que c'est une boutade et une légèreté, car, pour demeurer à York sans rien faire, je l'eusse pu faire.

Pardonnes si je vous escris tout cecy; la vérité est que je vois que je seray contrainte par mes malheurs de me retirer en un lieu, pour prier Dieu pour vous. J'entends que l'on vous veut donner le tonnage et le poundage pour trois ans : je vous dis encore que, si vous ne l'avés comme vous devés, c'est-à-dire en vostre pouvoir pour en disposer, vous passés une chose contre vous. Vous le voyés par expérience, car tout ce qu'ils ont fait avec cela a esté contre vous.

Pour ce que vous me mandés touchant les sept mille pièces, je ne manqueray de les envoyer. Pour l'escuyer de James, celuy à qui vous l'avés promis est M. ^ 11 estoit cornette de la compagnie d'Henry Percy ; c'est un gentilhomme qui a du bien. Je crois qu'un dans cette place, c'est assés pour cette heure. Je vous envoyé cet homme exprès, espérant que vous n'aurés pas passé

* Le nom est resté en blanc dans le ms.

382 LETTRES D'hENBIETTE-MÂRIE.

le bill de la milice; si vous Tavés fait, il fauli songer à s'en aller pour ce temps à couvert, car vous n'estes plus capable de protéger personne, pas mesme vous.

Adieu, mon cher cœur.

La Haye, ce 11 maj.

Gomme je fermois ma lettre, sir Louis Dives est arrivé, lequel m*a dit tout ce qui s*est passé à HuU ; ne perdes point courage et poursuives Taffaire avec résolution, car il fault faire voir à cette heure que vous voulés faire toui ce que vous avés entrepris, ou vous estes perdu. Il fault avoir HuU et si celuy qui est dedans ne se soubmet pas, vous Tavés desjà desclaré traistre ; il le fault avoir mort ou vif, car il n'y a plus de jeu à cecy. Il fault vous desclarer ; vous avés tesmoigné vostre douceur, il fault montrer vostre justice. Allés hardiment. Dieu vous assistera. Yoyés ce qui vous a pris de n*avoîr pas suivy vos premières résolutions, quand vous avés desclaré traistres ceux du Parlement; que cela vous serve d'exemple. Ne demeurés plus à cette heure à consulter; c'est le moment de Taction, il est temps. Je me suis souhaitée à la place de James dans HullS en passe de faire sauterie coquin* par-dessus les moulins, ou il m'eust fait la mesme chose. Pour de l'argent, GoHng? est allé pour le haster; il ne doute point de l'avoir dans une semaine. J'ay tellement haste de despecher ce porteur, que je n'en diray davantage, ny n'escris à personne du monde. Ck>urage I je n'en ay jamais eu autant : c'est un bon augure. U fault aller bar-

< Le jeune duc d'York avait été envoyé, bous la garde de TÉlectear Pala* tin, dans la ville de HuU, un jour avant, la sommation personnelle, faite par le Roi à sir John Hotham, de la lui livrer. On sait que ce dernier ne tint aucun compte de cette sommation. Clarendon, History ofthe RebellUm, vol. 1. p. 686.

* Sir John Hotham.

LETTRES D'hENRIETTE-MABIE. 383

diment en besoigne ; le temps est venuppuisque je vois qu'il n'y a point d'espérance d'accommodement. Que le ciel vous comble d'autant de bénédictions, comme vous avés eu d'afflictions, et que ceux, qui sont les causes de vos malheurs et de ceux de vostre royaume, périssent sous le faix de leurs damnables intentions I

. (/6id.» fol. 56,58.)

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