A MADAME DE SAINT-GEORGES
Mamie SaintrGeorges, ce gentilhomme s'en va si bien . informé des raisons que j'ay eues de sortir hors d'Angleterre, que, quand vous les saurés, vous vous estonnerés de ce que je ne l'ay pas fait plus tost, car, à moins que de me résoudre à la prison, je n'y pouvois pas demeurer. Mais encore, s'il n'y eust eu que moyàsojifTrir, je suis si accoutumée aux afflictions que cela eust passé comme le reste, car leur desseing estoit de me séparer du Roy mon seigneur, et ils ont dit publiquement qu'il le falloit faire et ensuite qu'une reine n'estoit qu'une subjecte, faite pour passer par les loix du pais, comme les autres. Ensuite de cela, ils m'ont accusée publiquement, en me nommant, que j'avois voulu renverser les loix et la religion du royaume, et que c'estoitmoy, qui avois causé les Irlandois à se révolter ; ils ont fait venir des tesmoings jurer que cela estoit, et sur cela ils disoient que, tant que je serois auprès du Roy, l'Estat seroit en danger, avec beaucoup d'autres choses trop longues à escrire * : venir à ma maison, lorsque j'estois
* En mars i641« un« déclaration du Parlement adressée au roi établissait en substance que le dessein de changer la religion dans les trois royaumes était depuis plusieurs années le but bien marqué de ceux qui avaient le plus
384 LETTRES d'hENRIETTE-MARIE.
à la chapelle, enfoncer mes portes, menacer de tout tuer; mais cela, j'avoue, ne m'a pas fait graad peur. Mais il est vray que d'estre soubs la tyrannie de ces genslà n'est pas à estre exprimé, et, durant ce temps,, assistée de personne 1 jugés en quel estât j'estois. S'il arrivoit que je vous visse, il y a cent choses qui ne se peuvent escrire, pires que tout ce que je vous ay dit, que je vous dirois.
» Priés Dieu pour moy, car croyés qu'il n'y a pas une plus misérable créature au monde que moy, esloignée du Roy mon seigneur, de mes enfants, hors démon paîs et sans espérance de retourner sans danger évident, et délaissée de tout le monde. Que Dieu m'assiste et les bonnes prières de nos amis, dont vous estes du nombre l Je vous prie de faire mes recommandations à mamie Vitry, et luy dites que j'ay tant à escrire, que j'espère qu'elle m'excusera pour cette fois.
Recommandés-moy aux bonnes Carmélites de Paris ; si je pouvois, je me souhaiterois bien avec vous, mais je ne sais s'il me sera permis. Je vous asseure que c'est la seule chose à quoy je songe avec plaisir; faites aussy mes recommandations à ma nlepce^ et croyés que rien ne m'empeschera d'estre ce que je vous ay toujours promis,
Yostre bien bonne amie,
La Haye, ce 28 may.
• (Ms. Béthune, 3818, p. 48.)
d'autorité sur lui ; que Tagent de la Reine à Rome et le nonce da pape en Angleterre avaient été les ardents promoteurs de cette entreprise, qui. connue sous le nom de : Pieuses intentions de la reine, était Tobjet des jeùnea et des prières de tous les papistes anglais ; que les rebelles d'Irlande, qui s'intitulaient : Vca-mée de la reine, et qui marquaient à son nom le butin, résultat de leurs brigandages, n'avaient pas une autre pensée. Mn Everett ifireen, p. 7t. * M"* de Montpensier.
LETTBES D*HBNRIETTE-MAUE. 585
À M. DE GHAVIGNT
Monsieur de Ghavigny, j'ay recognu toujours en vous tant de soing de m*obIiger en toutes occasions, que je serois ingrate,' si je ne vous en remerciois et particulièrement pour Yostre dernière lettre que m*a rendue le sieur de Gressy^ dans laquelle je vois que vous me plaignes dans mes malheurs, qui véritablement ne sont pas petits, et m*offrés de me servir. Je me fie tant à voslre générosité et dans les asseurances que vous m'avés données de vostre affection, que j'ose croire, quand les occasions se présenteront, que vous le ferés. Je vous en conjure, et vous asseure que, si je pouvois vous faire paroistre le ressentiment que j'en ay, vous verriés que vous n'obligés pas une personne ingrate, mais une qui sera toujours prompte à vous faire paroistre par 9es actions de qu'elle dit, s'il estoit en son pouvoir. J'ay prié le sieur de Gressy de vous dire plus particulièrement Testât où je suis : c'est pourquoy je ne diray davantage, sinon que je suis vostre bien bonne amie, '
Henriette-Marie R.
La Haye, c« 28 may 1642.
(Arch. du min. des afT. étr.)
Mon cher cœur,
Le frère de sir John Byron s'en retpurnant, je luy ay donné cette lettre. Je croyois vous envoyer un exprès
< Envoyé de FrancA en Hollande.
586 LBTTIES d'hbnbiettb-iurie.
pour vous advertir que les ambassadeurs de Hollande partiront demain, mais puisqu'il va, je me serviray de luy. Us ont ordre de vous aller remercier du voyage de ma fille et du mien. S'il vous plaist là dessus de les remercier du bon traitement, que je vous ay fait savoir que nous avons receu de ce pals et aussy de leur dire que je vous ay escrit qu'ils cstoient deux personnes de mérite, qui iQ'avoient tesmoigné estre fort afTectionnés à vostre service, faites leur quelque compliment et les bien traités. Us ont ordre de vous ofiTrir leurs services pour un accommodement. Je suis d'opinion que vous leur devés dire que, pour vous, vous estes tout prest à recevoir vos peuples, comme un bon roy doit faire, lorsqu'ils se mettront à leur devoir; mais que vous attendes qu'ils commencent et que vous leur avés desjà assés fait voir vostre bonté, car vous avés plus fait pour eux, que jamais aucun de vos prédécesseurs n'a fait, pas mesme tous ensemble, et qu'ils l'ont fort mai recognu. Us vous demanderont vos ordres, savoir s'il vous plaist qu'ils aillent à Londres, pour proposer au Parlement un accommodement; il fault que vous songiés là dessus, si vous les voulés laisser aller ou nou, car ils ne feront que ce que vous voudrés là dessus. C'est pourquoy consultés Colepepper ? ; si vous le permettes, je crois que le biais doit estre qu'ils s'adressent seulement à quelques-uns du Parlement, disant que, Messieurs les Estats les ayant envoyés à vous pour tascber de faire un accommodement entre vous et vostre Parlement, ils ont esté avec vous et trouvé que, s'ils veulent se remettre à leur devoir, vous estes encore en estât d'oublier levasse : que, vous trouvant dans cette disposition, ils croyoient estre obligés de le leur faire savoir, et que, si le Parlement vouloit, ils s'entremet-
LETTRES d'hENRIETTE-MABIE. 387
Iroient; mais il fault bien se garder qu'ils ne s'adressent publiquement au Parlement, mais seulement à quelques uns d'entre eux, lesquels ont plus de pouvoir. Vous consulterés Colepepper? là-dessus, car il fault bien prendre garde que le Parlement ne croye que vous désirés un accommodement ; cela feroit grand tort. Vous me man> derés votre résolution, s'ils vont à Londres ou non, et ce que vous leur aurés dit là-dessus.
N'ayant plus rien à dire et estant extresmement lasse, ayant fait un long voyage, et demain il fault me lever à six heures, pour aller aussy lolng que de Londres à Newmarket; estant onze heures du soir, je flniray, plus à vous qu'il ne peut estre dit.
Treiroro, ce . . .
° 2 juu.
(Harl. ms. 7379, fol. 67.)
AU MÊME
Mon cher cœur,
Le prince d'Orange m'ayant donné sept cavalles, toutes venues de Barbes de père et mère, j'ay cru que vous pourries les employer mieux que moy pour vostre haras. Elles sont fort jeunes encore ; je vous les envoyé et vous prie d'avoir pitié du cocher, qui vous les mesne. Il ne peut pas demeurer, ne pouvant vivre avec ce que l'on luy donne ; il estoit à ma fille. J'attends de vos nouvelles avec grande impatience. Je m'en vais voir l'armée aujourd'huy, dont je seray de retour la veille de la Pentecoste *. En attendant, j'ay donné ordre pour
' La Reine était partie avec sa fille pour passer la revue des troupes d« Prince d'Orange.
388 LETTRES D*HEIfRIETTE-MARIE.
ce que vous m*aviés mandé dans une de vos lettres, et, pour un ingénieur, nous en avons trouvé un fort bon. Aussy tost que j'auray responce de ma lettre que je vous ay envoyée par Apsley, je feray ce que vous m'ordonnerés, car je trouveray icy tout ce qu'il fault prest. Je ne vous importuneray davantage, demeurant toujours vostre.
S3 may 164?.
^® «juin.
iHarl. ms. fol. 44.)
AU MÊME
Mon cher cœur,
Puisque le vent a retenu Barclay, je vous manderay encore que j'espère dans trois ou quatre jours vous envoyer six pièces de canon, avec cent barils de poudre et deux cents paires de pistolets et carabines ; le reste bientost après. Je vous envoyeray aussy dix mille pièces pour le présent. Je vous asseure que je ne perds pas de temps ; faites-en de mesme. J'ay songé à une chose , maintenant que vous avés le grand sceau : il fault faire quelque chose pour faire voir que Warwick ' n'est pas légalement dans sa place ; car, tant qu'il est mis par l'amiral, il a quelque prétexte de justice.
Voilà tout ce que j'ay à dire. Mandés-moy si vous voulés que les ambassadeurs aillent d'icy ou non, car je les retarderay tant que je puis, jusques à ce que j'aye de
* n BTait été nommé, à la demande dn Parlement, Tice-«miral par le comte de Northumberland, grand amiral. Cette nomination était nn acte d'opposition contre le rbi, qui avait désigné pour cet emploi sir John Pennington.
LETTRES D'hENRIBTTE-MARIE. 389
VOS nouvelles. J*avoue qu'e, comme les affaires vont, je crois qu'il seroit meilleur qu'ils n'allassent pas*. J'aitendray vosire responce. Je vous envoyeray dans fort peu de jours un excellent pétardier ou ingénieur et deux autres qu'il désire emmener avec luy.Groyés, mon cher cœur, que je n'ay point de joye, que lorsque je vous puis servir et vous faire voir que je suis à vous entièrement.
Ce 4 juin.
Je voudroîs que vous envoyassiés quérir les enfants qui sont à Londres, car, si les affaires vont à l'extresmité, ils ne sont pas bien là.
{Ibid., fol. 61.)
AU MÊME
Mon cher cœur,
J'ay receu trois de vos lettres en une semaine, la première où vous dites la perte de vostre magazine datée du 15 may, et une par l'ordinaire, laquelle n'arriva qu'après celle que Slingsby m'a apportée. La perte de vostre magazin est une fort meschante affaire, car nous aurons bien de la peine à avoir de l'argent assés pour achepter des armes et vous les envoyer ; toutefois rien ne sera épargné. Chemin faisant, il fault que je vous dise que, si vous n'eussiés pas attendu à aller à Hull aussy longtemps que vous avés fait, je crois que vous n'auriés pas perdu vostre magazin ; cela vous peut faire voir que les délais ne vous sont pas advantageux. Par une
* Le magasin d'armes et d'équipements que contenait la ville de Hull.
390 LETTRES D'hENRIETTG-MARIE.
lettre, je vois que vous avès résolu d'essayer encore d'avoir Hull : c'est, à cette heure, fait ou failly. Je prie Dieu pour le meilleur. Je m'estonne que vous souffriés les commissaires de demeurer, après que vous leuravés dit qu'ils demeuroientàleur'péril, s'ils faisoient quelque chose contre vostre service; ce qu'ils ont fait si publiquement, que vous devriés leur avoir tenu parole. Touchant Lanark ? je n'ay pas trouvé à propos de luy donner vostre lettre, car il est desjà en quelque soupçon et vostre lettre luy eust fait voir que l'on se vouloit desfaire de luy. 11 ne fault pas le désespérer et je le retiendray le plus que je pourray. J'ay pris ordre pour le mémoire que vous m'avés envoyé et pour vous envoyer de l'argent en espèces présentement. Slingsby m'a donné deux papiers pour vous envoyer; consultés avec vos amis làdessus, mais ne dites point d'oti les papiers viennent. Pour ce que vous me mandés, je vous prie de ne le pas faire encore.
J'ay veu O'Neal, lequel m'a dit d'où il venoit; cela me fait croire qu'il n'y a plus de danger pour les traistres * de venir à moy. J'ay donné congé à Finch, Dxghy et Jermyn ? de me venir trouver ; ce me sera une grande ayse, car je n'ay personne du monde à qui me fier pour vostre service, et beaucoup de choses demeurent, faulte de personnes pour me servir ; Digby ? est allé à larméo, qui estoit le seul. Je suis résolue d'envoyer une personne en France, pour faire un compliment au roy mon frère sur celuy qu'il m'a fait, et en mesme temps mon grand aumosnier' parlera à la royne sur ce que l'ambassadeur a fait au Parlement, pour tascher à
' * C'est ainsi que le Parlement avait qualifié les royalistes, qui se trouvaient en Hollande en même temps qae la reine. * Jacques du Perron, évéque d^Angouléme.
LETTRES d'hENBIETTE-MARIB. 391
faire faire quelque chose publiquement , pour raccommoder ce qu'il a fait, et aussy pour tascher à me faire inciter à aller en France. Je tous puis asseurer que mon intention n*est pas d*y aller, si je puis aller en Angleterre ; mais je seray bien ayse d'avoir une place asseurée en cas de nécessité, car l'Irlande est un estrange lieu. Et aussy, si nous sommes si malheureux que d'avoir besoing de secours estranger, il est fort à propos de tascher à s'asseurer de la France. Ce gentilhomme, qui estoit icy, dit qu'elle n'entendra que moy. Il faut essayer, sans rien faire pourtant contre vostre honneur. Je reviens toujours à dire : ne perdes plus de temps, cela vous ruinera ; vous en avés eu l'expérience assés souvent. Et croyés, mon cher cœur, qu'il n'y a nulle considération au monde qui me fasse parler, que celle de mon affection pour vous, car, pour moy, hors d'auprès de vous, tout m'est indifférent : mes actions vous le feront voir aussy bien que mes paroles, estant tout à vous.
Ge porteur m'a priée de vous escrire pour sa femme, pour la mettre auprès de ma petite fille ; je luy ay promis de le faire, mais je crois que vous ferés bien de luy dire que vous ne voulés point mettre personne en place, jusques au retour de M"^* de Roxburgh.
SOmaj»
La Haye, ce
' 9 juin
{Ibid., fol. 29.)
AU MÊME
Mon cher cœur,
Gecy est pour montrer qu'il n'y a point d'occasion que je puisse trouver pour vous escrire, que je ne le fasse.
392 LETTRES d'hEHRIETTE-KARIE.
Ce porteur estant à Musille et s*en allant, j*ay cru qu'il estoit assés asseuré de vous mander par luy que nous avons enfin, après beaucoup de peines, conclu nosire marché pour des armes, pour la valeur de dix mille pièces. Dans deux ou trois jours, si le vent est bon, je vous les envoyeray et, par cette occasion, je vous feray savoir beaucoup de choses. Je suis en peine de n'avoir point de vos nouvelles. Le bruit est icy que vous estes devant Hull ; vous pouvés juger de la peine où je sois. C'est tout ce que je diray par ce porteur, excepté que je n*ay point de joye que de vous asseurer que je suis avec vous de pensée et d'affection et plus à vous que vousmesme.
Ce 17 juin 1642.
{flrid.Jol. 20.)
A LOUIS XIII Monsieur,
Envoyant Arpe, un de mes gentilshommes servants pour remercier Yostre Majesté de l'honneur qu'elle m'a fait par M. de Gressy, je ne peux m'empescher de l'importuner de cette lettre et de luy tesmoigner aussy bien par cette occasion la joye que ce m'a esté que l'honneur qu'elle m'a fait et la consolation dans mes malheurs, lesquels, j'espère, commencent à tourner ; ce que j'ay commandé à ce gentilhomme de luy dire, croyant que Yostre Majesté en sera bien ayse, puisqu'elle m'a tesmoigné une si grande bonté, toutes fois qu'ils côtoient en mauvais estât. Je ne l'oublieray jamais et, si je pouvois estre assés heureuse, par quelque service, de luy en tesmoigner mes sentiments, j'oserois dire que Vostre Ma-
LETTRES d'uRNRIETTE-MARIE. 393
jesié verroitque c'est avec une véritable affection que je vivray et mourray, Monsieur,
Vostre très-humble et obéyssante sœur et servante,
Henriette-Marie R.
lA Haye, ce 3 juillet 164S.
(Arch. du min. des aff. étr.)