A MADAME DE SAINT-GEORGES
Mamie Saint-Georges, j'ay recommandé à ce gentilhomme de vous voir de ma part, l'envoyant en France vers le roy mon frère. Il vous dira Testât de nos affaires, lesquelles, j*espère, commencent à tourner. J'ai receu une de vos lettres depuis peu, en responce de celle que je vous avois escrite par M. deGressy, oùjevois,cedont je n'ay jamais douté, vostre affection pour moy et la pitié que vous avés de mes malheurs, de quoy je vous remercie, vous asseurant que vous n'obligés pas une personne ingrate, mais une qui, sans compliment, taschera de vous faire paroistre les sentiments qu'elle en a. Vous me mandés que vous désireriés savoir si j'iray en France ou non ; c'est une chose que je ne puis dire encore moy-mesme, mais selon les apparences, je vais retourner bientost en Angleterre, qui est ce que je souhaite extresmement. Priés Dieu pour moy et faitesle faire aussy par toutes les bonnes religieuses et religieux et, quand vous allés aux Carmélites, recommandésmoy à toutes ces bonnes filles et me croyés Yostre bien bonne amie,
Ce 3 Jaill. 1642.
(Me. Béthane, 0312, fol. 51.)
394 LETTRES d'hENRIETTE-MABIE.
Mon cher cœur,
Je vous avois mandé par sir Louis Dives que j*avois envoyé Digby au prince d*Orange pour savoir ses résolutions, en quoy il vouloit et pouvoit vous assister. Digby est retourné, et a esté plus heureux qu*il n*avoît esté auparavant, comme vous le verres par les propositions et les responces. En un mot, le prince d*Orange tesmoigne une grande affection et il mande à sa femme, pour me le dire, que s*ii ne Ta fait plus tost, c*est que ceux que j'y avois employés luy avoient parlé si indifféremment de le faire, qu'il croyoit que je ne me souciois pas beaucoup d'une responce. Je veux croire que c^est plus tost une excuse que autrement. Il est vray que j'avois commandé à Windebank ? de prier et il Ta fait. Je serois bien faschée d'adviser Lanark ?, car, pour Digby, je ne luy avois point donné ordre de rien presser que ce que j 'avois dit à Windebank?, mais, je vous prie, que cecy ne passe qu'à vous seul.
Il est vray que le prince d'Orange n'aime pas Digby, car ii le croit violent. Avons je dis tout, car je ne veux rien sceller, mais je vous conjure que personne ne sache cecy de Lanark ? Les pauvres traistres , qui sont icy, ne vous ser^'ent pas mal; je voudrois que tous ceux qui sont auprès de vous fussent aussy diligents et considérassent aussy peu leur intérest qu'eux. Si Jermyn? Finch ? et Windebank ? n'estoient en attendant, je ne sais ce que je ferois pour vostre service, Goring estant allé à Anvers pour de l'argent pour vous. Il y a un mois
LETTRES D'HEMRIETTE-MAIUE. 395
qu'il est absent; ainsy je n*aurois eu personne pour m'assister, ce qui est très-nécessaire ; car j*ay assé;( d'affaires pour vostre service, pour en employer encore davantage. Ces pauvres créatures icy ont, je crois, besoing que je leur rende de bons offices, car je pense qu'en moQ absence Ton leur en rendra de mauvais ; mais ce que je dis n'est que la vérité : comme nous sommes toujoui*s malheureux !
Le capitaine Fox s'est despité contre vostre nepveu et dans son despit contre Rupert il est allé aux Dunes, nonobstant lettres et warrants que je luy ay envoyés ; c'est une grande perte, car tous les matelots sont pour vous, comme vous dira cet homme que je vous envoyé pour cet effet. C'est celuy pour qui je vous ay parlé, pour estre escuyer de James. J'ay donné ordre à Jermyn de vous rendre compte de son voyage ; me remettant à luy, je finiray en vous asseurant qu'il n'y a rien au monde, ny aucune peine, qui m'empesche jamais de vous servir et de vous aimer par-dessus toute chose du monde.
Fait le dernier,- ce . juillet 1642.
(Harl. me. 7379, fol. 83.)
AU MÊME'
Mon cher cœur,
Je vous avois escrit une lettre par le prince Rupert, lorsqu'il esloit à Helvoet Sluys à attendre le vent, en
* On trouve dabs le ms., fol. 42, un iVâgment de lettre de Charles I*' h la reine, où, après lui avoir rendu compte de Tétat des choses en Angleterre, il termine en lui disant : « L'ordinaire vient d'arriver, mais rien de toi ; ce
396 LETTRES D'HEKRIETTE-MAIUE.
responce de Tautre, mais ma lettre estant arrivée trop tard me fut rapportée ; le prince Rupert estoit party, ce qui me fait vous despêcher cet homme par Dunkerke, le vent estant contraire par les autres chemins, pour vous porter la lettre, qui devoit aller plus tost, et aussy pour savoir si le prince Rupert est arrivé : en estant extresmement en peine, à cause de la grande tempeste, qui a esté sur la mer et que Dunning est vevenu à Helvoet Sluys, par la force de la tempeste. Je Tarreste, ne sachant pas si le prince Rupert est arrivé où il pensoit : ne croyant pas à propos qu'il allast, devant que je seusse où estoient les autres navires. C'est pourquoy vous me manderés ce que vous voulés qu'il fasse et promptement. Je vous diray, en responce de vostre lettre par Tordinaire, que vous n'avés pas raison de tous plaindre de ne pas avoir receu de mes lettres depuis longtemps. Les vents ont été si contraires, sur lesquels j'ay aussy peu de pouvoir que vous sur le Parlement, qu'ils ne m'ont pas voulu obéyr, lorsque je les ay commandés, et pour l'ordinaire, je n'ay nulle inclinaison de ce costé-là. Vous me mandés que l'on vous a conseillé d'envoyer quérir les Législative ladies* ; sans jalousie quelconque, je vous conseille de ne le pas faire, estant une chose si ridicule, que ne se peut davantage, et asseurément c'est une raillerie que vous voulés faire. Pour la signature des lords, je vous l'envoyeray ; Goring ? est à Anvers et les autres sont hors d'icy, mais je le feray le plus tost qu'il se peut. Je m'estonne que vous n'ayés pas fait desjà un autre amiral ; je voudrois que vous fissiés
qui ne sentit pas, j*en sais sûr, si ta voalais te souvenir combien tes lettres sont les bien venues pour moi. Vraiment j'aimerais mieux une gronderie de toi que ton silence : mais fais ou ne fais pas comme tu voudras, je suis et je dois être éternellement à toi. • « Sans doate les femmes des Lords du Parlement.
James et soubs luy Pennington, comme Warwick est sous Northumberland : je crois que cela doit estre fait promptement.
Je ne puis m*empescher de vous toucher encore deux choses dans votre demande de réparation ; la première touchant les marchés sur laquelle je n*oserois m'estendre, cette lettre passant par Londres, mais seulement je vous diray, que je crains que, par cela, vous n'ayés perdu une considérable somme d'argent : je crois que vous pourrés entendre d'où. Pour l'autre du pardon, tenés la règle de mon grand-père : vous pardonnes à vos ennemis, mais non pas à vos amis, et c'est une estrange chose que ceux qui vous ont offensé seront pardonnes et ceux qui vous ont obéy seront exclus. J'espère que le Parlement vous montrera l'exemple, ne vou-r lant pas céder sir John Hotham, qui a esté dans une actuelle rébellion, tandis que les autres ont seulement parlé de vous servir et de vous demander vos ordres et sont abandonnés, aprèsmesme qu'en partant de Douvres, vous m'aviés asseurée du contraire. Si l'on n'avoit une grande affection pour vostre service, cela pourroit ébranler les personnes, mais je sais qu'ils ont tous trop de générosité pour cela. Je n'ay nul intérest en cela que le vostre, quoyque j'estime les malheureux, qui sont ruinés pour nous ; ce qui, j'ay peur, n'est pas le cas de ceux qui vous ont conseillé de faire ce que vous avés fait là-dessus, et leur intérest est d'esloigner quelquesunes de ces personnes-là de vous, si ce n'est pas tous. Je n'ay plus rien à dire, sinon que Lanark ? vous donnera des papiers et vous dira ce que c'est ; si vous trouvés à propos de le faire, cela vous fera avoir de l'argent. Tenés l'affaire fort secrète, car WilL Mutray? ne la sait pas mesme. Pour les dons, j'ay signé icy des
warrants, tout comme en Angleterre. Excusés si ma lettre est si mal escrite ; je suis affligée de la perte que j'ay faite de la royne ma mère, qui est morte, il y a une semaine, en ayant seulement la nouvelle ce matin. Il fault que vous preniés le deuil, et toute vostre suite aussy et tous les enfans. Adieu, mon cher cœur, je ne puis plus escrire.
Ce ® juiUet 1M«.
(Harl. ms. 7379. fol. 88.)