LE PRIHCE DE GALLES EN FRANGE
était à Paris, qu'il avait lui-même l'ordre de l'accompagner et qu'il me priait, au nom du roi mon maître, de faciliter ce voyage autant que je le pourrais. Cela me fit lever de très-bonne heure le lendemain matin, pour me rendre chez M. de Puysieux, premier secrétaire d'État, et lui demander une audience immédiate. M. de Puysieux me fit prier de l'attendre une heure, parce qu'il était encore au lit et qu'il avait d'importantes affaires à expédier, dès qu'il serait levé. Je lui répondis que je n'attendrais pas une minute et que j'allais venir lui parler auprès de son lit. Il prit alors le parti de se lever et vint dans la pièce où j'étais : « Je connais votre affaire aussi bien que vous, dit-il en m'abordant; votre prince est parti ce matin en poste pour l'Espagne. » Il ajouta que je ne demanderais rien pour la sécurité de son voyage qui ne me fût aussitôt accordé, et termina en disant: « Yous serez servi à point nommé. » Je me contentai de lui demander qu'il laissât le prince continuer sa route, sans le faire suivre ni arrêter. « Le prince, me dit-il, ne sera point arrêté, mais je ne puis me dispenser d'envoyer des gens pour savoir quel sera le succès de son voyage. » Rentré chez moi, j'expédiai un courrier à Son Altesse, en la priant de faire toute la diligence possible pour sortir de France et de ne point entrer en conversation avec ceux do la religion , parce que son passage par Paris était connu et qu'il serait suivi et arrêté au moindre soupçon ^ »
* Lord Herbert de Cherbory, Mémoireê^ p. 171.
!fâ UENRIETTfi-MARIE DE FRANGE.
Encore aiguillonné par ce message, Charles arriva rapidement et sans mésaventures à Bayonne avec sa suite et de là à Madrid, où il alla s'établir chez le comte de Bristol, à l'ambassade d'Angleterre. Si le prince s'était cru alors au bout des difficultés de son voyage, il se serait fait une étrange illusion : ridée de son mariage avec l'Infante n'était pas plus populaire en Espagne qu'en Angleterre; l'antagonisme de religion y était au moins aussi ardent. Si les Anglais se souvenaient avec amertume des persécutions subies par les protestants sous le règne de Marie P*, épouse de Philippe II, le triste sort de Cathenne d*Aragon, mariée à Henri YIII, avait fait prendre en aversion par les Espagnols toute alliance avec un hérétique ^ Aussi, dans l'espoir d'aplanir bien des obstacles, le clergé espagnol, dès l'arrivée du prince, se mit-il en campagne pour tâcher de le conquérir au catholicisme ; ce fut une rivalité d'efforts et de zèle, qui n'eut malheureusement d'autre effet que d'irriter Charles et les Anglais, sans ébranler leurs croyances*. Le royal étranger avait du reste été accueilli à la cour de Philippe lY , sinon avec empressement, du moins avec tous les égards et les honneurs dus à un amant de cette qualité, et rien ne manqua au cérémonial d'usage en pareil cas. Cehi n'empêcha pas que, peu après son arrivée, des bruits sinistres ne commençassent à circuler en Angleterre ;
* Miss Strickland, Queenê^ etc.
• M" O. Preire Owen, Menrietta-Maria of France, page 244. — Perrinchief. p. 41.