‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 120 sur 143 · A M.. DE CHAVIGNY · texte numérisé non relu

A M.. DE CHAVIGNY

Monsieur de Ghavigny, ayant seu par le gentilhomme, que j'ay envoyé au roy monsieur mon frère, les tesmoi-

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gnages que vous luy avés donnés de vostré affection envers moy, j'ay voulu vous en remercier, et en mesme temps TOUS en demander encore des preuves sur une atTaire, laquelle est si importante pour le roy monseigneur et par conséquent pour moy, et si juste, que je ne doute point de recevoir la satisfaction que j*y puis désirer. C'est que les rebelles d'Angleterre, soubz le nom de ceux du Parlement, ont envoyé icy un agent de leur part et au nom du royaume d'Angleterre, pour désirer les Estats de se joindre avec eux pour la conservation de la religion protestante, comme ils prétendent, et pour la ruine de la catholique, disant que le roy monseigneur et moy l'avons voulu restablir, et mesme se sont servis du nom de mon cousin le cardinal de Richelieu pour leur tesmoing, comme Montagne vous fera entendre plus au long, qui est une chose que je tiens trës-fausse et à laquelle je n'apporte nulle croyance. J'entends qu'ils ont despeché aussy en France ; asseurément ce ne sera pas soubs le mesme prétexte de religion, mais, sur quel qu'il soit, j'espère qu'il ne sera pas escouté ny receu, venant de la part de personnes rebelles à Dieu et à leur roy et qui ont esté desclarées telles. Je ne laisse pourtant de demander vostre assistance là-dedans, afin que cette personne receoive le traitement qu'elle mérite, en n'estant pas escoutée ; ce seroit rompre les traités entre les deux couronnes de faire autrement, quand il n'y auroit point de mon particulier, estant ce que je suis à la France ; je me fie tant au bon naturel du Roy et à la générosité de mon cousin le cardinal de Richelieu, que, dans cette considération-là, j'en attends des effets selon mes désirs. Je ne diray donc davantage sur ce subject, que vous prier de prendre l'affaire dans vostre protection et de croire que ce n'est pas seulement moy

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que vous obligés là-dedans, mais la juste cause de Dieu par la religion, et que je seray toujours, monsieur de Ghavigny,

Vostre bien bonne amie,

Henriette-Marie R.

La Ha^e, c« 8 septembre 1642.

(Arch. des aft. étr.)

LU

Mon cher cœur,

Je ne puis m'empescher devons despecher un exprès, pour Vous rendre compte de mes actions icy, m*apercevaut bien que Ton veut jeter sur moy beaucoup de choses que je ne mérite pas, et en mesme temps marquer ce que de justice je devrois avoir.

Vous me permettrés de commencer mon histoire à Douvres, lorsque je partis, et aussy de venir jusques à présent. Lorsque je vous quittay, vous savés que vos résolutions estoient de ^us en aller à York, comme vous avés fait, et ailleurs ; mesme, si vous trouviés le paîs bien affectionné, d'aller à Huil, pourvous rendre maistre de vos armes, lequel desseing, à peine vous fustes arrivé à York, fut changé et retardé ; sur quelle raison? je ne Tay jamais seu, nonobstant que vous aviés trouvé le pais, comme vous pouviés désirer; ce qui, je crois que cela vous doit estre apparent, a esté la cause de la perte

* Dans cette lettre la reine se justifie des insinuations malveillantes, répandues sur son compte par ses ennemis de l'entoura^ du roi, et qui semblaient avoir fait une certaine impression sur Tesprit de Charles I•^

^e ce lieu. Moy cependant, qui n'avois autre ordre que de songer à avoir de l'argent et qui, nonobstant toutes les difficultés qui n*estoient pas petites, car les pierreries, sur quoy vous pensiés en avoir, ne trouvant pas de desbit, je fus contrainte d'engager les miennes propres, que vous m'avés données ou que j'ay acheptées moymesme, et, ayant fait une somme assés considérable pour commencer vostre desseing, je ne laisse pas de poursuivre le mien, pour avoir tout ce que je pouvois sur tout le reste : car je puis dire sans vanité que je crois que, si tout le monde eust fait son devoir comme moy, vous ne sériés pas rédirît oii vous estes. Cependant je suis trois mois en Hollande, n'entendant rien, sinon que Ton croyoit, pourveu que l'on eust de l'argent, que tout iroit bien. Sur cela je despeche vingt mille pièces pour commencer, mais toujours vous priant de ne pas manger votre bled en verd : cecy sont mes propres paroles. Cet argent fut descouvert et ainsy vous ne récentes que quatre mille pièces : le reste revint icy. Durant tout ce temps, jamais il ne me fut parlé d'armes ; néantmoins, craignant que Hull ne fust pas pour estre pris, ayant esté trop longtemps sans nouvelles, j'envoye Slingsby pour savoir si vous n'avés point affaire d'armes, et, sur son retour, vous m'envoyastes une note avec les nouvelles que les armes estoient parties de Hull, laquelle note aussy tost que je la receus, j'ay achepté tout ce qui estoit dedans S et de plus j'ay achepté mille mousquets et autant de piques et espées ; lesquelles armes, aussy tost que le vent fut bon, je les despechay par Strachan et j'ay envoyé un de vos navires {U Lion) pour aller avec luy. Le malheur voulut qu'il fust repoussé par la tem-

* C'ett-à-dire lea armes qui étaient demandées dans cette note.

4^ LETTBES d'hEITBIETTE-IURIE.

peste et ainsy perdist son passage et, n*estant pas asseuré si vous le maintiendriés, nonobstant toutes mes diligences pour Fen asseurer, il s*en retourna. Néantmoins Strachan ne laissa pas d'arriver, non pas avec toutes les armes, lesquelles estoient revenues avec k Lion dans un autre petit bateau. Aussy tost que je vis qu*il n'y avoit point de seureté à retourner les armes sans un convoy, je demanday aux Estats de donner un navire pour le prince Rupert, afin, par cette voie, de despecher les armes, ce que je fis, mais non pas avec peu de peine, entre Tarrivée de Strachan et le partement du prince Rupert. Je receus plusieurs lettres, où vous me faisiés commande de despecher et envoyer les armes et de l'argent, sans me nommer davantage d'armes, mais seulement pour de la cavalerie deux ou trois mille pistolets et selles. Pour les pistolets, ils furent acheptés tous à cette heure et une partie envoyée par des marchands, l'autre chargée pour aller avec vostre navire. Pour les selles, nous n'en avons pu trouver que miUe, et pour de l'argent, je n'ay pu envoyer que huit mille pièces, car il me falloit servir de ce que j'avois pour achepter des armes, qui estoit une chose à quoy je ne m'estois pas attendue, et ainsy ne pas envoyer davantage. S'il ne m*eust point fallu achepter des armes, je croyois que cinquante mille pièces d'abord estoient quelque chose, avec ce que l'on me mandoit que vous receviés de tous côtés, et ne me pressois pas d'engager davantage à la haste, car à cela l'on y perd beaucoup, et les gens de ce pa!s-cy, tant plus on les presse et tant moins ils font. Néantmoins, je n'ay pas perdu une heure de temps^ estant toujours à engager ou à vendre mes pierreries ; et mesme je diray cecy, en passant, que l'argent que j'avois emporté, je l'ay tout employé et ce-

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luy mesme de ma bourse privée. Je reviens aux Estais, lesquels avoient preste un navire, après beaucoup de peine. Estant party, vous savés comme ce petit bateau fut renvoyé et c'est faulte de savoir où estoient les navires du Parlement, qui est une chose que jamais Ton ne nous a fait savoir icy certainement, et ainsy nous ne savions où envoyer, car tantost mes ordres estoient Scarborough, tantôt Newcastle et puis Holy Island. Néantmoins, lorsque j*ay ordonné le lieu, pourtant avec assés d'incertitude, il a assés bien réussy, comme Knowles et le marchand. Voilà donc vostre petit bateau revenu, je despeche vistement pour le faire repartir, aussy tostque le vent est bon, avec trois mille mousquets de plus, ayant receu une de vos lettres depuis le parlement de vostre nepveu, par où vous me mandiés d'envoyer cinq mille mousquets, lesquels deux jours après furent prests ; mais le vent toujours contraire. Comwallis arrive, lequel me dit que vous désiriés vistement les mousquets ; nous aprestasmes un navire nouveau, afin de ne pas hazarder tout ensemble, seulement pour trois mille mousquets ; trois mille allèrent par Amsterdam ; mille par un marchand et mille dans le navire revenu : vous voyés que j'ay fait provision de plus que vous ne m'aviés ordonné ; lequel petit bateau estant prest à partir a esté arresté par les Estais, sur la prière de Slrickland, dont je vous ay mandé la qualité cy-devant. Néantmoins je n*ay pas laissé de faire partir celuy avec les trois mille mousquets à la desrobée et trois mille par Amsterdam, avec dix mille pièces et quatre mille espées, lesquelles ne m'ont estées demandées que par Adrian May. Voilà une relation sur les armes, pour vous faire voir que je n'ay seu faire plus que j'ay fait, n'ayanl pas mes ordres plus lost, ny le vent bon. Pour l'argent, je vous envoyeray

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un mémoire et vous diray que ces gens icy sont si parlementaires, que c'est avec grande peine que Ton peut avoir rien d'eux. Néantmoins j'espère encore de porter avec moy une somme considérable, quoyque vostre message ayt extresmement nuy à vos affaires icy et j'avoue que, sans l'affection que j'ay pour vous, je serois extresmement descouragée, mais je suis résolue de vous servir, en despit de tout le monde, afin que je puisse avoir ce contentement dans ma vie, quoy que je m*attende à l'avoir assés malheureuse, que je n'ay rien espargné pour vostre service, et que je fais mon devoir, nonobstant que l'on m'ait extresmement négligée. Je ne vous en accuse pas, car vous avés esté trompé aussy bien que moy, et c'est un coup de la partie que Ton vous a donné, de quoy vous ne vous releverés jamais. Les intérests particuliers ont d'estranges pouvoirs sur les âmes basses, comme beaucoup qui sont auprès de vous, et je ne puis m'empescher de vous faire ressouvenir d'une lettre que vous m'avés escrite, où vous me dites que je prenne garde à trois personnes, qui estoient venues auprès de moy. Il eust esté, j'oserois dire, plus advantageux pour vous et plus à temps alors d'escouter un accommodement, qu'à cette heure, quoy que nous fussions fort esloignés d'y songer. Mais cela est trop yîsible, que ceux qui sont auprès de vous n'avoient pas envie que cela passast par d'autres mains que les leurs et m'ont calomniée, sachant bien que je ne consentirois jamais à rien contre vostre honneur, le mien s'y estant trop attaché et, quand il n'en auroit pas esté ainsy, ma fidélité ne Tauroit pas permis. C'est pourquoy ils n'ont pas voulu seulement vous permettre de m'advertir, mais je l'ay appris de la voix publique, ce qui a porté un tel mespris sur moy, que je ne suis plus quasy capable de

VOUS senîr; et encore on me défend de retourner, de peur que je ne vous fasse voir la vérité de cette affaire, laquelle n'est pas commencée d*aujourd'huy. 11 y a longtemps que de Londres Ton m'a asseurée qu'il y auroit un accommodement en despit de moy, si je ne m'en voulois mesler, et par ceux qui* estoient le plus près de vous, qui commençoient à l'heure de le traiter, et ils vous persuaderont que vous y estes forcé par faulte d'armes. 11 peut estre, mais c'est bien faulte de vous avoir empesché de suivre vos premiers desseings d'aller à Hull.

Je me sens si malheureuse, que je n'ay pas assés de bonheur pour me devoir plaindre ; seulement j'ay deux choses à vous prier : si vous avés un accommodement, de me permettre d'aller en France pour quelque temps pour ma santé, car j'avoue que je ne suis pas capable de voir ce qu'il fauldra souffrir, et peut-estre que là je vous pourray voir; mais, en cas qu'il n'y ait point d'accommodement, de me faire aller vous trouver. Je veux courir vostre fortune et participer à vos troubles, comme j'ay fait à vos bonheurs, pourveu que ce soit avec honneur et en vous' défendant; car de mourir de consomption de royauté, c'est une mort que je ne pourrois souffrir, ayant trouvé par expérience la maladie trop insupportable.

J'ay prié les Estats que mes navires fussent prests dans quinze jours.

Je vous demande pardon de cette longue lettre ; mais, mon cœur en est soulagé, lequel n'estoit pas capable de supporter cette pesanteur plus longtemps, car j'avoue que je me pensois la plus malheureuse créature du monde, après vous, car toujours ma resputation me demeurera parmy les honnestes gens et la vostre est per-

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due ! Dieu me fasse un mauvais prophète, et vous assiste, et moy aussy I

Ce septembre 1642.

{Ilnd,, fol. eSL)

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