‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 122 sur 143 · AU COMTE DE NEWCASTLE · texte numérisé non relu

AU COMTE DE NEWCASTLE

Mon cousin,

J*ay receu vos demandes par Davenant et Cook, lequel je vous renvoyé et ay commandé à Henry Jermyn de vous rendre un compte plus particulier sur ce subject. C'est pourquoy je ne diray davantage, sinon que je suis très satisfaite de vos propositions et que je feray tout mon possible pour vous donner satisfaction là-dessus, croyant la chose fort utile pour le service du roy. Je ne diray plus rien que vous asseurer que je suis si sensible à vos services que je ne seray jamais contente que je ne vous aye fait voir par des effets ce que je dis; estant

Yostre bien bonne amie.

Octobre 1642.

(HarU ma. 6968.)

Je vous diray par cette occasion que M. le duc' est arrivé icy le jour de la Saint-Michel, lequel m*a dit vostre constante résolution contre tous les assaults que Ton vous a donnés; je vous demande pardon, si j*ay dit quelque chose dans mes lettres un peu passionné : c'est mon affection que j'ay pour vous, qui me Ta fait

< Le duc de Richmond, qui était vena rejoindre la reine en Hollande.

4S4 LBTTBBS D^HBNBIBTTE-MAIIIB.

faire et le soing de yostre honneur ; croyés-le, mon cher cœur, car c'est une grande vérité. Si ce n'estoit vous seul, je vous jure que je ne vivrois pas en ce monde une heure, mais m'en retîreroîs, et cecy n'est point mélancolie, car je vous puis asseurer que, depuis mon arrivée en ce pa!s, je n'ay jamais esté si satisfaite que je suis de voir vostre courage et résolution.

L'on m'accuse d'estre contre un accommodement ; j'avoue que je suis contre un déshonorant, comme l'on voudroit vous faire faire, mais autrement, vous savés que j'ay travaillé autant que j'ay pu, quand j'ay cru qu'il pouvoit estre sans déshonneur, à en avoir un; comme je fais à cette heure de vous conjurer de continuer dans vostre constante résolution de mourir plus tost que de sesoubmettre bassement. Pour mon voyage, je m'appreste le plus viste que je puis, et, pour de l'argent, si les Estats de Hollande n'avoient pas ramené un navire que j'avois despeché, il y auroit quinze jours que vous auriés eu mille pièces et dix mille autres en continuant, jusques à ce que je vienne moy-mesme. J'espère que le bateau où sont les dix mille sera aussy tost avec vous que cette lettre, s'il n'arrive encore quelque malheur. J'attends M. duPerron tous les jours, que le roy mon frère m'envoye, lequel, dans une de ses lettres, dit qu'il vient pour me dire des choses, qui ne peuvent estre confiées à l'escriture, tellement que j'espère fort bien de ce costé-là.

Je suis advertie de fort bonne part hors de Londres, qu'il s'est tenu un conseil exprès, pour voir par quel moyen ils pourroient se saisir de vostre personne. Un nommé Ballart et un autre ont entrepris de le faire, disant que vous alliés quelque foistout seul : c'est pourquoy prenés-y garde 1

LETTRES D*IlBlfRIETTE-MARIB. 433

Dites à Askhumham? que je suis très-satisfaite de luy et que j*avoue que je ne Tay pas esté de Colepepper, mais à cette heure je le suis, pourveu qu'il veuille avoir autant de courage dans les affaires, comme il a dans sa personne. Je ne leur escris point, ayant beaucoup d'affaires à cette heure pour vostre service. Quoyque le bruit de l'accommodement ne vous ayt pas empesché de marcher comme devant, néantmoins, il fault dire la vérité, cela avoit fait que Ton n'estoit pas du tout si diligent. Le vent estant bon, je ne diray davantage, me remettant à une autre fois à respondre plus ponctuellement à vos lettres. Dites au secrétaire Nicholas que, si je ne luy ay pas escrit de longtemps, c'est seulement manque de temps et non point manque de bonne opinion. Il a deux marques sur luy que je n'oublieray jamais ; l'une de bon serviteur du roy, l'autre de délinquant par ordonnance du Parlement. « J'iray prier pour l'homme de péché, qui a épousé la bambine papiste de France \ » comme ce prédicateur le disoit à Londres.

Je bazarde cette lettre sans chiffre, car je tiens pour fort asseuré le chemin par où elle va.

Ce 11 octobre 1642.

(HarL ma. 7379, fol. eo.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

Je croyois vous envoyer un exprès pour vous respondre aui lettres que j'ay receues par M. le duc: mais le vent venant à changer, je n'ay pu le faire.

• Bu angUit dans le texte de la lettre : « TU go pray for the man of •in that baa married the popiah brat of France. »

436 LETTRES D'flENmETTE-HARIE.

Si Dunnings est passé, comme j'espère, vous en aurés receu une par luy sur ce subject. J'attends avec grande impatience de vos nouvelles ; pour mon partement, je me despeche aussy viste que je puis, ou pour une coste ou pour l'autre.

Tout ce qui suit est exprès pour si on ouvre cette lettre. Yous dires, s*ilvous plaist,que, en cas que ce ne soit pas à Yarmouth, ce sera à Boston, Tune des deux asseurément K C'est pourquoy donnés des ordres. J'appréhende la mer si fort que d'y songer me fait peur, non pas pour la flotte des rebelles ; c'est une beste que je hais, mais de quoy je n'ay pas peur. Je suis bien ayse que vous ayés toujours désiré un accommodement, mais puisque les factieux du Parlement vous ont respondu avec tant d'insolence, après que vous avés envoyé avec tant de douceur, je ne doute point que vostre courage et résolution ne viennent à bout de leur témérité et rébellion, et, quoy que j'aye toujours souhaité un accommodement, néantmoins voyant leur insolence, je suis satisfaite qu'il n'ayt pas tenu à vous et que vous déviés poursuivre vos chemins avec fermeté. Dieu vous assistera, vostre cause estant trop juste; il ne fut jamais protecteur de rébellion. Vous avés iait en bon et juste roy^ en prenant les chemins de la doi ceur, lesquels estant ceux de la justice, vous déviés les suivre. Protégés vos serviteurs; cela vous en acquérera et punisses ceux qui vous offensent ; le Parlement vous en montre le chemin, mais le leur est à gauche et le vostre à droite.

J'ay receu hier une lettre de Pym* , par où il me

< Ceci était destiné à tromper lea parlementaires, car la reine était décidée à choisir, pour y descendre, un port du nord. Elle réussit en effet à déjouer la surveillance des navires du Parlement.

* L'emploi de ce pseudonyme est une ruse de guerre, pour le cas où la lettre aurait été interceptée.

LETTRES D^flENRIBTTE-MARIE. 437

mande qu'il craint que je ne sois offensée contre luy, à cause qu'il n'a pas eu de mes lettres de longtemps ; je TOUS prie de luy dire que cela n'est pas et que je suis son amie autant que jamais, mais j'ay eu tant d'affaires que je n'ay pu escrire par exprès, et que, par l'ordinaire, ce n'est pas seur.

Faites aussy mes recommandations au prince Rupert et luy distes de ma part qu'il ne fault se bazarder, comme j'entends qu'il fait. Mes recommandations à Charles, James et au prince Maurice, et croyés véritablement, mon cber cœur, que, quand je ne vous aimerois pas comme je fais, le courage, que vous avés tesmoigné contre tous les accidents qui sont arrivés, me le feroit faire et me fera vivre et mourir à vous entièrement.

Ce octobre.

(Ibid», fol. 39.)

AU MÊME

Mon cber cœur,

Smitb * est arrivé aujourd'buy, lequel m'apporte la relation de ce qui s'est passé avec les rebelles. J'espère tous les jours entendre qu'ils ont été traités, comme ils le méritent. Je suis à me préparer à partir à la Toussaint, au style d'Angleterre. Pour ce que vous me mandés d'arrester les vaisseaux des Estats, lorsque je seray arrivé à Newcastle, jusques à ce que j'aye des nouvelles

< Ce Smith fut arrêté k son retour en Angleterre et emprisonné k Yarmouth, pour avoir porté la correspondance entre le roi et la reine. Perfect OIMiMli, noT. 7.

i3K LETTBES D^UEHIUETTE-MABIE.

de TOUS, cela sera assés mal aysé ; toutefois je Tessayeray. Aussy, pour les hommes que je pensois mener avec moy, je ne le feray pas, n'estant pas asseurée d'eux. Us sont tous si fort parlementaires que Ton ne s*y peut fier; tellement que n'en mesneray point.

Pour l'argent, j'achève, mais pas avec peu de peine, Taffaire avec Saint-Ybar, tellement que présentement vous recoTés vingt mille pièces, de quoy il dit que vous avés desjà receu six mille, lesquelles il a rabattues sur les vingt ; faites-moy savoir s'il est vray. Je suis à préparer les armes pour partir avec moy, afin de vous pouvoir aller joindre par force, s'il ne se peut d'amitié, et j'espère que M. de Nev^castle et moy ferons quelque chose de bien, en despit de la saison qui s'advance; c'est pourquoy il se fault haster.

Je continue dans le mesme courage, où vous estes asseurément ; vous estes en cet instant sur le point de vous rendre maistre de vos ennemis, si vous ne vous soubmettés volontairement et que vous no preniés des conseils des personnes , qui seulement vous voudroient voir vivre paisiblement, mais non pas avec la gloire où vous pouvés estre. Si vous poursuives bien vos affaires, comme je n'en veux point douter, vous regagnerés tout ce que vous avés perdu. Vous ne sauriés croire comme vos constantes résolutions ont desjà changé l'estime que l'on avoit de vous. Achevés bien et vous serés estimé par tout le monde. Ayés soing de m'advertir de la bataille, que vous me mandés devoir estre donnée devant que j'arrive, afin que, selon vos ordres, j'aye à me gouverner, estant fort nécessaire. Adieu, mon cher cœur.

17 octobre.

(/6tV., foL 37.)

LETTRES D*HENRIETTB-]IARIE. 439

AD COMTE DE NEWGA8TLE'

Mon cousin,

Vous ayant escrit hier, ce mot est seulement pour vous dire que je vous prie* de ne vous point engager, dans Tarmée que vous levés, pour la place de maistre de l'artillerie, ayant dans ma pensée de vous en proposer un, que je crois fort propre pour cela et dont vous serés satisfait. J*ay escrit au roy pour haster vostre commission et j'ay désiré de vous la donner fort ample. Je me haste tant que je puis de vous aller trouver et Tespère si tost que je ne diray davantage sur cette occasion, sinon que je suis

Vostre bien bonne et constante amie.

Ce 21 octobre 1642.

(Harl. mt. 6968.)

LXII ' AD CARDINAL MAZARIN

Mon cousin,

Les preuves que j*ay receues de vostre affection m'ont esté si bien représentées par Tévesque d*Angoulesme, que je dois croire vous faire plaisir en vous donnant moyen de continuer à m'obliger, ce que vous pourrés faire extresmement dans les asseurances que vous rendrés à mon cousin le cardinal de Richelieu de la véritable affection, que ses comportements à mon endroit

■ Le comte de Newcastle commandait en chef l'armée royale dans le nord.

440 LETTRES D'uENRIETTE-MARIE.

m*obligent à luy porter. La consolation que j'en ay receue m*a beaucoup augmenté la joye présente du bon estât des affaires du roy monseigneur et Tespérance d^une heureuse fin de nos troubles ; car je sais à quel point il fault estimer Tamitié de la France, mesnagée par raffection de mon cousin le cardinal. J'en vois trop de preuves pour ne me les pas expliquer, et, encore que je sois dans quelque incertitude, elle ne m'est pas pénible, car, ou le bien des affaires du roy monseigneur me conviera bientost de retourner en Angleterre, ou il me conseillera d*aller en France, où je suis asseurée de recevoir contentement et dois espérer advantage pour nos affaires. Aussytost que j'auray la résolution du roy monseigneur, que j'attends tous les jours, je despecheray un exprès au roy monsieur mon frère. Cependant j'ay désiré faire cette recognoissance de vos offices, vous priant de me les continuer selon les conjonctures, vous asseurant que le changement de ma condition me sera plus particulièrement agréable, si elle me peut fournir aucun moyen de vous tesmoigner combien je me sens obligée à demeurer, mon cousin,

Yostre bien affectionnée cousine.

La Haye, 27 octobre 1642.

(Arch. des afT. étr.)

Mon cher cœur,

Ce porteur ayant eu longtemps envie de vous aller trouver pour vous servir et Tayant retenu jusques à cette

LETTRES D^HENRIBTTE-MARIË. i41

heure, j'ay jugé qu'il estoit à propos maintenant de le laisser aller, pour vous informer de Testât de nos affaires icy, et comme je suis preste à partir. Il est si bien informé, ayant en luy-mesrae beaucoup de choses à faire, que je me remettray à luy et vous diray que vous pouvés prendre croyance en ce qu'il vous dira, car il est très-fidèle. Je Tay chargé aussy de voir en quel estât Ton est à Nev^castle pour ma venue, et j'attends seulement sa responce pour partir. J'espère que vous luy ferés l'honneur de luy parler et de vous fier à luy comme vous faisiés, afin de le rendre capable de vous servir et de m'informer; et aussy luy diray à qui il se fie. Si je n'estois asseurée de sa fidélité, je ne vous le recommanderois pas comme je fais. C'est avec une grande impatience que j'attends à partir, et aussy de vos nouvelles, n'en ayant point eu de trois semaines.

Je ne diray davantage, sinon que je suis à vous absolument.

- 23 octobre.

3 novembre.

Vous donnerés à ce porteur vostre vieux chiffre : si vous ne l'avés, Digby l'a.

(Harl. ms. 7379, fol. 68.)

AU MÊME

Mon cher cœur.

Vous recevrés plus amplement par Percy * tout ce qui se passe icy, l'ayant envoyé exprès, afin qu'il vous puisse dire mieux que l'on ne peut faire par lettre. Dans une

* Henry Percy, frère da comtQ de Northamberland et de la comtesse de Carlisle.

H2 LETTRES D'flENRIETTE-MARIE.

OU deux de vos lettres, tous m'escriviés que je ne devois pas me fier à Percy en beaucoup de choses. Je ne Tay pas fait, pour obéyr à vos commandements, car véritablement je le crois fort fidèle et que Ton s'y peut fier. Il est vray qu'il a ses points foibles, mais tout le monde en a d'un costé ou autre. Vous croirés tout ce qu'il vous dira de nos affaires icy, l'ayant très-bien informé, et, s'il n'arrive pas devant cette lettre, vous ne ferés pas semblant que vous sachiés rien, de peur qu'il ne soit arresté par les chemins. Vous n'aurés que faire de luy donner un chiff're, je luy en ay donné un.

Je n'ay point de patience de voir un si bon vent et de ne point partir; mais vous saurés la raison qui m'en empesche par Percy, qui dorénavant sera appelé 000, car son nom avoit esté oublié dans le chiffre. Il y a des , choses que 000 ne sait pas, que je remets à mon retour à vous dire, lesquelles ne pressent pas à cette heure de vous les mander, mais pourtant qui seront fort bonnes, lorsque vous les saurés.

Adieu, mon cher cœur; j'attends ou ma vie ou ma mort par les premières nouvelles que j'auray de vous, car s'il arrivoit que je n'y puisse aller, ce seroit ma mort, ne pouvant plus vivre sans vous voir. Croyés-le, car il est très-véritable.

^ 5 novembre.

Ce .

35 octobre.

(/6i(l.,fol.58.)

AU MàME

Mon cher cœur, 11 y a si peu que je vous "ay escrit par Percy et

LETTRES d'HENRIETTE-MAEIË. 443

Dorrell, que, si ce n'estoit l'arriTée de Stradlin, je ne vous aurois pas despeché jusques àmon partement, qui, je vous asseure, n*est retardé que par messieurs les Estais « qui ne sont pas plus diligents que de raison, ne leur pouvant persuader que je m'en veux aller. Je ne sais si cela est amitié pour moy ou pour M. Strickland et caetera. Je ne diray donc rien sur mon voyage, par cette occasion, Tayant fait par Percy, seulement que je me despecheray de partir le plus viste qu'il se peut, et, pour mon voyage en France, c'est une chose qui, je vous puis asseurer, est aussy contre mon cœur qu'il peut estre contre le vostre et ce que je vous en ay escrit n'est que pour une grande nécessité. Pour ce que vous me mandés qu'il ne vous a jamais esté conseillé touchant que je demeure dans une place seure, je le crois, et ce que je vous en ay escrit estoit sur quelque discours que j'avois ouy tenir icy par quelques personnes, et qui aussy me l'a fait craindre en cas de vostre esloignement, si M. de Newcastle n'eust pas eu une armée pour me conduire, laquelle, j'espère, sera considérable et soubs de fort bons officiers.

Je vous ay desjà mandé par l'ordinaire que j'avois achevé l'affaire des vingt mille pièces avec Saint-Ybar ; je vous envoj e une lettre pour le duc d'Espernon ' : lorsque vous la luy envoyerés, l'argent sera délivré à celuy qui la luy portera, mais Saint- Ybar dit que vous en avcs desjà receu six mille qu'il fault rabattre, tellement que vous n'en recevrés que quatorze mille à cette heure, et six mille, que vous avés receus devant, font les vingt mille. Croyés que l'on n'est pas oisif icy et que ce n'est pas avec peu de peine que l'on travaille. Lorsque

* Sans donte le duc d'Épernon avait promis à la reine de faire passer k Charles I*' des secours en argentp par l'entremise de Saint- Ybar.

444 LETTRES D UENRIETTE-MARIE.

VOUS en saurésles particularités, vous verres qu'il y a icy des personnes entièrement royalistes et point à demy, et que, pour les trente mille pièces que Pym ' me mande avoir esté promises il y a longtemps, et qui n'ont point esté envoyées , l'on vous fera voir aussy comme quoy elles ont esté employées très-utilement pour vostre service. J'espère de vous en rendre bon compte moymesme, comme de toutes mes actions, et, sans vanité, je puis dire vous avoir servy peut-estre plus que je ne me vante et plus que ceux qui ne savent pas tout, ny ne le peuvent savoir que de bouche, ne croyent. J'espère que Dieu bénira nos peines ; c'est toute la récompense que j'en demande, et que vous m'aimerés toujours. Après cela, je ne souhaite plus rien, sinon que vous me croyiés, comme je suis, à vous absolument.

^ 29 octobre.

9 norembre.

Porin le fils vous vouloit aller trouver, mais je l'ay arresté pour nostre armée de Newcastle. Cette lettre marquée 107 est celle qu'il fault remettre à monsieur d'Espernon pour de l'argent.

(/»id., fol. 38.)

AU MÊME

Deschiffrés vous-mesme cette lettre.

Mon cher cœur,

Quoy que je vous aye escrit hier au soir par Cornwallis, je ne veux laisser aller une seule occasion de

' Ce nom est encore ane fois destiné à compromettre Tennemi.'

LKTTRGS D HENRIETTE-MARIE. 445

VOUS escrire, tant que j'ay à demeurer icy. Je vous ay mandé quelque chose par luy que je rediray encore par celle-cy, au cas qu'il fust pris, qui est pour vous prier cfestre un pou plus soigneux des serments que vous prenés; car les deux derniers, que vous m*avés envoyés, sont fort à vostre désadvantage, car vous promettés de tenir tout ce que vous a passé ce Parlement, ce que, j'avoue, si j'avois esté avec vous, je n'eusse pas souffert et encore j'oseroîs dire que vous en eussiés fait un, qui auroit satisfait tout le peuple. Je crains qu'il y a des personnes auprès de vous, à qui le fond du cœur n'est pas bien pour la royauté. Je ne fais nul doute qu'ils ne travaillent à vous tirer des extresmités où vous estes, car ils y sont engagés eux-mesmes, mais de croire qu'ils voulussent que vous fussiés absolu, leurs conseils font visiblement voir le contraire. Il s'en fault pourtant servir, mais il n'est pas mauvais que vous preniés garde. Je ne suis pas toute seule de cette opinion :.il y a icy de vos bons serviteurs, qui ont grand regret de n'avoir pas esté auprès de vous à l'heure. Je vous asseure que c'est vostre service qui me fait dire cecy et nul desseing dé rendre de mauvais offices à personne. Groyés-le, mon cher cœur, et ne dites rien de cecy à personne , car personne ne sait que je vous l'ay escrit.

Ce 13 novembre.

(/6id., fol. 55.)

AU MÊME Mon cher coeur,

Comme j'estois preste à partir et avois donné mon jour, le vent a changé , qui me fait aussy changer ma

i46 LETTRES d'hehriette-marie.

résolution. J*ay receii des lettres du comte de Newcastle, par lesquelles il me prie de ne pas venir encore, car il est contraint de marcher sur le Yorkshire. Hotham fait le diable , tellement que j'attendray Tissue de sa marche, dont j'espère dans une semaine entendre nouvelles. Si elles sont bonnes, je partiray ; sinon, il faudra reprendre de nouvelles résolutions, car j'avoue que je n'ay pas envie d'aller en France, si je peux, et feray tout mon possible pour aller en Angleterre.

Gomme j'escrivois cette lettre, j'ay esté advertie que les Escossois ont achepté des armes pour dix mille hommes, pour estre rendues en Escosse au premier febvrier.

J'ay receu vostre lettre par Bfinse, qui est venu par Nev^casUe; estant la mesme chose que celle de Progers, je ne diray rien, que sur un point, touchant la place de sir Edmond Vamey, que vous n'avés que faire de vous excuser de l'avoir donnée sans m'advertir, car je trouveray toujours bon tout ce que vous ferés, pourveu que vous m'aimiés toujours et que mon esloignement et le peu de service que je vous rends ne m'ostent point vostre amitié, qui est la seule chose en quoy je prends contentement en ce monde. Bt si ce n^estoit cela, il y auroit longtemps que je n'y serois plus.

C'est pourquoy je vous conjure de m'eserire plus souvent, car, en six semaines, je n'ay receu que deux de vos lettres, et de vous convaincre que j'ay l'affection et la volonté de vous senîr, quoyque peu de capacité ; mais si petite qu'elle est, je ne l'ay pas espargnée.

Adieu , mon cher cœur.

1 décembre.

20 novembre.

(/W<f.,fol.20.)

LBTTBBS D^HBKBIBTTB-MARIE. i47

AU MÊME Mon cher cœur,

CSette lettre est seulement pour ne point manquer nulle occasion, car je vous ay escrit ce matin par un des laquais, que je vous envoyé en exprès. J*ay envoyé une bonne recrue d'hommes à Lord Newcastle, le colonel Goring avec quinze officiers et beaucoup de communs soldats. Je vous asseure que je ne perds point de temps en attendant mon partement, que je prie Dieu estre bientost, car ce pa!s-cy esprouve trop la patience des personnes qui n*en ont guère comme moy. L'on vous a fait mort icy et Charles prisonnier ; quoyque je voye de vos lettres, vous pouvés juger que cela ne me plaist point. Pour le prince Rupert, il y a icy des hommes qui l'ont vu et touché mort et le prince Maurice. Des batailles, il n'y a jour du monde que vous n'en perdiés ; voilà les passe-temps de ce pa!s et les nouveUes.

Avec un fort grand rhume que j'ay, il me fault l'air d'Angleterre pour me guérir, au moins celuy où vous estes. Je suis toute preste à partir, et n'attends que des nouvelles qu'York n'est pas pris, comme l'on dit icy, et après cela j'espère bientost vous dire beaucoup de choses, qui ne se peuvent escrire.

Adieu , mon cher cœur.

- 8 décembre.

Ce

28 novembre.

Je vous prie de donner la lettre incluse à Percy.

(TMd., fol. 46.)

448 LETTBES D*HElfRIBrrE- MARIE.

AD MÊME'

Le traité avec le Danemark ne doit point être enregistré, sur cette base péremptoire de ne pas recevoir les étrangers. La résolution prise à cette heure ne peut rien produire jusqu'en mars prochain, époque à laquelle, ou la nécessité deviendra évidente et il sera trop tard alors pour les demander, ou bien Us seront aisément renvoyés, si la paix intervient.

Il faut que l'ambassadeur de Danemark soit traité avec une grande civilité et qu'on prenne garde de le laisser circonvenir par les pratiques du parti parlementaire. U faudrait demander, comme une chose absolument nécessaire, qu'on prêtât des navires, ce qui serait probablement plus facile à obtenir de ce pays que des armes ou des hommes.

11 faut faire une provision d'armes pour votre parti en Ecosse et consulter Will. Murray sur l'époque et la nécessité de cette provision, pour mettre Berwick entre leurs mains, si l'autre parti arme le premier. La flotte danoise devra se trouver sur la côte vers le 10 mars; elle pourrait être d'un grand avantage en bloquant le Humber et en maintenant libres et ouverts les ports, pour le renouvellement de vos munitions et pour la sûreté de ma personne. Au moindre danger venant d'Ecosse , il faudra conclure la paix avec les Irlandais, car; à tous égards, ils peuvent vous fournir des hommes

* Traduction d'un fragment de lettre écrite en anglais et chiffrée par one personne de la suite de la reine et sur ses indications ; la première partie n*a pas été retrouvée. Les deux dernières lignes sont écrites en français de la main d'Henriette-Marie.

LETTRES D^UENRIETTIS-MAIUË. i49

armés propres à votre senîce, mieux qu'on n'en obtiendrait par toute autre voie, et quant à leur affection, on pourrait bien compter sur eux, en traitant sur les bases de la jouissance de leurs propriétés, de leurs libertés et de leur religion, comme au temps de la reine Elisabeth. Les comtes d'Ormond et de Qanricarde sont les instruments les plus propres pour cette affaire.

Ayant appris par le retour de Henderson que le roi de Danemark n'a pas été suffisamment bien informé de la justice de vos procédés , je vous recommande d'avoir soin de satisfaire son ambassadeur sur ce sujet tout particulièrement.

Ce qui est effacé l'a esté par moy, parce que ce n'estoit pas en chiffre.

{im., fol. 100.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

Aussy tost que le gênerai King est arrivé, je luy ay dit, ce que vous m'avés commandé, de vous aller trouver ; je l'avois destiné pour estre lieutenant général de nostre quartier, mais je crois que vous en aurés plus à faire que nous. C'est une personne qu'il n'est point de besoing de vous recommander, vous le cognoissés assés : seulement je vous diray que je l'ay trouvé si disposé et si prompt à vous servir, que je suis obligée de vous le dire et aussy que j'espère que vous ne l'employerés pas soubs personne qu'il pourroit commander, car il m'a tesmoigné que, s'il s'est soubmis à servir soubs M. de Newcastle, c'est seulement par obéyssance et aussy qu'il a en estime particulière M. de Newcastle.

450 LBTTBES D'HBmUBTTE-MARIE.

J*espère, par les bonnes nouveUes de Londres , d*esire bîentost à Newcastle et, si les chemins ne sont bien difficiles, d'estre avec vous bientost après.

Je ne diray davantage , croyant que cette lettre sera un peu longue à aller, si elle va du tout; car j'ay laissé à M. de Newcastle le choix de retenir le porteur. Adieu , mon cher cœur.

Ce ^ décambre.

(/Md., fol.67.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

J'ay receu vos lettres par ce mesme chemin, devant Tarrivée de Smith, auxquelles je respondray seulement que deux bons esprits se rencontrent, car j'avois desjàfait ce que vous m'ordonnes, touchant la France, et j'attends tous les jours la responce. Pour les armes demandées par Smith, elles seront apportées avec moy à Newcastle ; pour celles qui doivent estre acheptées en France, je donneray ordre à Forster de les achepter, tellement qu'il fault que vous donniés ordre que l'on luy donne l'argent. Je m'estonne que vous n'ayés pas demandé des armes au roy de Danemark, veu que vous en avés tant affaire. L'ambassadeur de Danemark a esté en Hollande avec moy, qui m'a dit que le roy de Danemark vous assisteroit en tout ce que vous desireriés , mais il ne m'a point dit de particularités , ny vous ne m'avés point escrit d'aucun traité, ce qui me fait appréhender que vous n'ayés esté que sur le général et que rien de particulier n'ayt esté arresté. Vous ne devés point per-

LETTHKS D'hBNBIETTB-IUBIR. 4f51

dre de temps de ce costé-là, car pour moy, je ne puis plus fournir davantage : toutes mes pierreries estant engagées. C'est pourquoy, si vous ne Tavés fait desjà/ envoyés en Danemark demander des armes, pour transporter à Newcastle et en Escosse, car ils m'en ont envoyé demander et certainement ils en ont besoing. Newcastle sera le plus propice pour les garder, jusques à ce qu'ils en ayent affaire, et certainement vous pouvés estre plus assisté par le Danemaric pour TBscosse et le Yorkshire, que par la France. Songes aussy à llrlande.

L'on a envoyé à Strickland la copie de ma lettre que le Parlement a prise, où je me plaignois un peu de messieurs les Estats, mais ce n'est pas tant que je leur ay dit à eux mesmes. J'espère que cela ne m'empeschera pas d'avoir mes navires, car il y eh a desjà de venus.

Adieu, mon cher cœur, je m'en vais souper, et, quand il couste de l'argent, il ne le fault pas laisser gaster.

p 29 décambre; 8 janvier.

Dites à Colepepper et à Ashbumham? que je suis si lasse d'escrire avec les embarras d'un parlement, que je ne puis leur escrire, mais dans cette lettre est la responce à leurs lettres et dites que je suis très-satisfaite d'eux.

{Ibid,, foi, M,)

J'ay receu trois de vos lettres en mesme jour: une datée du SS décembre, l'autre du 25 et 28, dans l'une

452 LETTRES D*UBNRIBTTB-MARIB.

desquelles vous me mandés Taccident qui est arriyé à ma lettre, qui estoit dans le sac * ; j'en suis bien faschée, car il y avoit beaucoup de choses dedans , quoyque je ne me puisse plus souvenir de ce que c*estoit. J*ay fait toutes les diligences que vous désirés en France et j'attends W. Montagne tous les jours, mais il donne fort peu d'espérances de France. Je vous avois desjà escrit par l'ordinaire de devant le dernier, comme j'avois, selon vos ordres, envoyé en France pour des armes, comme vous me l'aviés commandé ; c'est pourquoy il faùlt que vous ayés soing d'envoyer l'argent à Forster et l'ordre où il les fera transporter, car c'est luy qui en prend le soing. Pour mon voyage, vous n'avés que faire de m'encourager, car je suis assés impatiente de partir : il n'y a que le vent qui m'empesche. J'espère que je seray si tost avec vous que je remettray à respondre à vos lettres par bouche, seulement je vous prie de dire au roy que tout ce qu'il ordonne sera fait. Touchant le traité particulier, je serois bien ayse de savoir les particularités ; c'est pourquoy je vous prie de me les envoyer à Nev^castle, car il est nécessaire que je les sache pour vostre service. Je n'ay plus rien à dire et espère que cette lettre sera la dernière que vous aurés de moy de Hollande.

Adieu, mon cher cœur; si cette lettre est prise, il y aura à deschiffrer.

Ce janvier.

Dites à Golepepper que je ne luy escris point, mais qu'il soit seur de moy, et à Ashburnham aussy.

{Ibid., fol. 86.) < Elle avait été interceptée.

LETTRES D^HBNRIBTTB-MARIE. 453

AU MEME'

Mon cher cœur,

Je croyois partir demain, qui est le 17 janvier, mais le vent a esté si grand que Ton n*a pu embarquer mes hardes aujourd*huy. Toutefois j*espère que demain il sera fait et ainsy, si le vent vient bon, je partirayjeudy. Dieu aydant. J*ay tant d'affaires sur mon départ, à quoy je ne m*attendois point, que je suis extresmement tourmentée du mal de teste, qui fait que je mettray en chiffre par un autre ce que j*aurois fait moy-mesme autrement. Ayant beaucoup de lettres à escrire en France, Watt estant revenu et le renvoyant encore, je vous diray seulement quMl me rapporte de France ce que je pouvois désirer. Adieu, mon cher cœur.

Ce i! Janvier 1643.

LXXIY

AU MÊME

Inès n*est arrivé qu'hier et je n'ai point reçu la lettre mentionnée dans la vôtre du il janvier, par Skipwith. Je n'ai pas manqué d'écrire une seule semaine et presque toujours deux fois.

Je suis aise de ce que vous écrivez de l'Irlande, croyant que rien n'est plus nécessaire et essentiel au bon état de vos affaires que la paix de ce royaume :

* Cette lettre, ainsi que celle qoi te trouTe à la date da 8 juillet 1643, est tirée des archives de la Chambre des Lords. M. Gustave Masson les a pabliées toutes deux dans le Cabinet hiatoriqwe (octobre à décembre 1871). Nous les reproduisons d*après lui.

* Traduction d*une lettre chiffrée en anglais et écrite sous la dictée de la reine.

454 LBTTRBS D*HBNBIBTTB-IIABIB.

croyez donc qu'il faut y arriver par tous les moyens possibles et que ceux mêmes qui, dans un autre moment, pourraient n*ôtre pas disposés à recevoir de bons conseils, les suivraient maintenant plus volontiers et qu'ainsi il n'y a pas une minute à perdre. A moins de réussir présentement, on ne pourrait plus ensuite en tirer des ressources, aussi bien au point de vue de celles dont vous auriez besoin pour continuer la guerre en Angleterre, que pour le cas oti'vos affaires arriveraient jusqu'à un accommodement. Il faut vous souvenir aussi de vous assurer de toutes les façons possibles ces secours en hommes , argent et armes , que vous avez à attendre du Danemark, ce qui est d'une importance extrôme.

Ma santé est, Dieu merci, parfaitement bonne : je n'ai jamais été boiteuse le moins du monde \ et n'ai rien eu de ce qu'on vous a rapporté. Le jour de l'arrivée dînes, j'ai reçu quatre de vos lettres , celle du 10 janvier, une autre du ii, et deux du 18. J'entends parler de certaines places dont vous avez disposé et d'autres qu'on vous demande instamment: pour celles qui sont encore vacantes, je vous prie de suspendre vos résolutions jusqu'à ce que je sois avec vous. La disposition de ces places a toujours de* l'importance, mais maintenant plus que jamais : il ne faut donc s'y déterminer qu'après mûre délibération.

Je n'ay pu escrire cecy moy-mesme. J'espère que vous le pardonnerés '.

La Haye, 90 janyier 1643.

(/6m(., fol. II.)

* Charles lui avait dit dans une de ses lettres qu'on Iqi arait danm d^ mauvaises nouvelles de sa santé.

* Ces deux lignes sont en français de la main de la reine. ...

AU MÊME

Mon cher cœur,

Aussy tost que j*ay esté retournée à la Haye, je vous en ay voulu advertir, croyant que vous sériés en peine de moy, à cause de la grande tourmente qu'il a fait, à laquelle, par la grâce de Dieu, nous avons eschappé , après avoir esté neuf jours sur mer toujours en danger de périr. A la fin nous avons esté contraints de revenir en Hollande , d'où j*espère encore de repartir aussy tost que le vent sera bon, quoyque ce soit une chose bien affreuse qu'une tourmente de neuf jours. Néantmoins, quand il y va de vostre service, rien ne me fait peur : j'estois jusques à vingt lieues de Newcastle, quand il a fallu retourner. Dieu soit loué, qu'il me laisse encore pour vous servir, mais j'avoue que je ne croyois jamais vous revoir. Tout le regret que j'avois en mourant estoit que cet accident pouvoit encourager vos ennemis et descourager vos amis et cette considération m'a tourmentée , je l'avoue ; car, sans vostre considération, la vie ne m'est pas une chose de quoy je craigne la perte. Je suis si estourdie que malaysément puis-je escrire davantage, n'ayant dormy de neuf nuits. Adieu, mon cher cœur.

t7 janvier, e février.

(/Md.,fol. 6t.)

456 LRTTRRS d'hENRIETTE-XARIE.

AU MÉUE

Ce porteur vous dira comme il ne tient point à moy que je ne sois en Angleterre, m*ayant laissée sur le bord de la mer, attendant nos navires, qu'un malheur a empeschés de venir aujourd'huy à ce lieu où je suis ; il vous dira ce que c'est. J'espère que demain ils viendront ; aussy tost je m'embarqueray, si à Dieu plaist I Je passeray assés mal mon temps entre cy et qu'ils viennent. Quand vous saurés la raison , vous pourrés le croire et aussy que je n'ay pas peu d'envie d*estre avec vous, car, outre la tempeste où j'ay esté, l'on ne fait que me prescher les dangers où je me mets et une estrange conjoncture de planètes , qui sera lorsque je seray sur la mer, et qui n'a jamais esté depuis la naissance de Nostre-Seigneur. Je dis à tout cela, comme l'almanach : Dieu par-dessus tout ! Il m'a déjà sauvée d'un grand danger ; j'espère qu'il ne m'abandonnera pas, s'il en survient d'autres, puisque l'intention de mon voyage est pour une cause si juste que la vostre. Adieu, mon cher cœur.

Scheveningen, ce 13 février.

(/frûi., fol. 15.)

Lxxvn

AU MÊME

Mon cher cœur,

Aussy tost que j'ay descendu en Angleterre, je vous ay desp^ché Progers ; mais, ayant appris aujourd'huy

LETTRKS d'hENRIETTE-MARIG. 457

qu*il estoil pris par les ennemis , je vous ay redespeché celuy-cy pour vous rendre compte de mon arrivée, laquelle a esté très-heureuse , grâce à Dieu , car autant que la mer, la première fois que je passay, estoit agitée , cette fois icy nous sommes venus dans un calme , jusqoes à ce que je fusse à quelques quinze lieues de Newcastle, et sur la coste le vent vint à changer au nordouest qui nous força de faire voile pour Burlington Bay, où, après deux jours de demeure à la mer, vostre cavalerie arriva. Aussy tost, je mis pied à terre et le lendemain le reste de Tarmée me vint trouver.

Dieu, qui a eu soing de moy sur mer, le voulut encore continuer sur terre, car cette nuit quatre navires du parlement sont arrivés à Burlington , sans que nous rayons seu, et, sur les quatre heures du matin, Ton nous a donné Talarme, pour envoyer au port asseurer nos bateaux de munitions, qui n*avoient pu encore estre descendues ; mais environ une heure après , ces quatre navires ont commencé à tirer si brusquement, qu'ils nous ont tous fait lever en diligence et leur quitter le village, au moins les femmes; car les soldats ont demeuré fort résolument, pour défendre les munitions en cas d'une descente. Il fault un peu que je fasse le capitaine Basset! et parle de moy-mesme. Un de ces navires m'avoit fait la faveur de flanquer ma maison, qui estoit devant la jetée, et, devant que je pusse estre hors du lit, les balles sifflôient sur moy, dont vous pouvés aysément croire que je n'aimois pas la musique. Tout le monde me vint forcer de sortir, les balles abattant toutes nos maisons , tellement que , habillée comme je pus, je m'en allay à pied à quelque distance du village, à l'abry d'un fossé, comme eeux qui sont à Newmarket; où, devant que de le pouvoir gagner, les balles chan-

458 LETTTES D*HBinUBTTB-]IAlUE.

toient comme il fault et un serjeant fut tué à vingt pas de moy. Nous nous mismes donc soubs cet abry durant deux heures ; ils tirèrent toujours sur nous, les balles passant toujours sur nos tètes et quelquefois nous couvroient de terre. A la fin Tamiral de Hollande leur envoya dire que, s'ils ne s'arrestoient, il tireroit contre eux comme ennemis ; cela fut fait un peu tard , mais il a des excuses, à cause d'un brouillard qu'il dit qu'il faisoit. Sur cela, ils s'arrestèrent et aussy la marée s'en allant, ils n'avoient pas assés d'eau pour demeurer où ils étoient. Aussytost qu'ils furent retirés, je m'en retoumay à ma maison, ne voulant pas qu'ils eussent la vanité de dire qu'ils m'avoient fait quitter le village. Sur le midy je suis repartie pour venir à la ville de Burlington, ainsy que j'avois résolu devant cecy, et tout aujourd'huy, en face des ennemis, l'on a deschargé nos munitions. L'on dit qu'un des capitaines des navires du parlement a esté devant pour recognoistre où esioit mon logis et je vous asseure qu'il l'avoit bien marqué, car il a toujours tiré dessus. Je puis dire avec vérité que, par mer et par terre, j'ay esté en quelque danger, mais Dieu, par sa grâce, m'a sauvée, et j'ay une si grande confiance en sa bonté qu'il ne me délaissera pas en d'autres choses, puisqu'en cecy il m'a protégée, que je vous proteste que dans cette confiance-là j'aurois osé aller où estoit le canon, si ce n'estoit qu'il ne le fault pas tenter.

Ce porteur est tesmoing de tout ce qui s'est passé ; néantmoins je n'ay pas voulu laisser de vous faire cette relation. Elle est fort ponctuelle, et après cela je vais un peu manger, n'ayant rien pris aujourd'huy que trois œufs, et peu dormy. Adieu, mon cher cœur.

Aussy tost que je seray arrivée à York , je vous des-

L6TTBES D'HBlfBIBTTB'MAlUB. 459

pécberay pour voir comme je peux aller vous trouver ; mais je désire que vous ne preniés nulle résolution jusques à ce que vous ayés des nouvelles de moy.

Burlingtoo, c« t5 février 1643.

{IhUL, fol. 78.)

Lxxvm

AU MÊME

Mon cher cœur,

. J*espère que Parsons est arrivé pour vous donner advis de mon arrivée en Angleterre. Je croyois tous les jours aller à York, ce qui m'a toujours empesché de vous escrire, mais il s'est tant rencontré de difficultés que j*ay desjà esté icy neuf jours. Ce qui m*a retardée est la difficulté d'avoir des charrettes, pour porter les munitions et mon bagage. Il seroit bien plus seur que toute l'armée marchast avec moy et de ne laisser rien derrière ; j'espère que dans un jour ou deux je partiray et laisseray la moitié de l'armée, pour garder les munitions ; l'autre marchera avec moy.

Nous avons affaire à des ennemis qui sont fort vigilants ; c'est pourquoy il fault que nous soyons sur nos gardes. Je crois que devant que je vous puisse aller trouver, vous recevrés des lettres pour moy de Wal. Montagne, qu'il vous envoyé selon les ordres que je luy ay donnés, afin que vous les puissiés lire; mais je crains que vous ne les entendiés pas, car il y a une grande question. Je vous prie de me les renvoyer, afin que je ne perde point de temps, estant une affaire

460 LBTTEES D^HBinUETTE-MAHIE.

fort adyantageuse pour vostre service, et que je sache retourner la responce , y ayant beaucoup d*autres choses 'qu*une despeche, qui, comme je vous ay dit, ne peuvent estre dites que de bouche. Je vous prie de me faire savoir par quel chemin je peux vous aller trouyer, afin que je puisse adjuster tout ce qu'il fault pour cet effet. Je ne diray davantage que je suis dans toutes les impatiences du monde de vous aller trouver; j*espère qu*il ne sera pas malaysé que vous le croyiés, après tout ce que j*ay fait pour cela, et aussy que vous ayés la mesme envie de me voir, que je veux croire estre, nonobstant toutes les nouvelles que j*ay trouvées de vous à mon arrivée. Vous passés pour une dangereuse créature, et moy je suis

A vous entièrement.

,. ^ tî febyrier.

Barlugton, c«

J'ay tant d'affaires que je n*ay pas loisir M'escrire à Pym et à Cokpepper?; faites-leur mes recommandations et que je suis revenue en Angleterre autant leur amie que quand j'en suis partie. J'ay apporté mille selles avec moy; j'ay esté forcée d'en donner cinq cents à cette armée, car il en manquoit. J'ay cinq cents que je garde pour vous, si vous en avés affaire. Mandésle-moy, et, si vous vous en pouvés passer, cela seroit bien ; il sera fort malaysé de les porter. Faites vistement responce.

(/Mil., fol. 81.)

LETTRES D*HENBIETTE-1IAIUE. 461

AU MÊME'

Mon cher cœur,

Je n*ay pas besoing de vous dire d'où vient ce porteur ; je diray seulement que les propositions qu'il vous apporte sont bonnes, mais je crois qu'il n'est pas temps encore de les mettre à exécution. C'est pourquoy trouvés quelque moyen pour les renvoyer, qui ne les mescontente pas, sans dire qui vous a donné cet advis.

Sir Hugh Cholmley est venu avec une troupe de cavalerie pour me baiser la main ; il avoit laissé le reste de ses gens à Scarborough, avec un navire chargé d*armes, que les vaisseaux du Parlement avoient pris et amené là : ainsy il est à nous. Les rebelles ont quitté Tadcaster, sur ce que nous avons envoyé des forces sur Wetherby, mais ils sont revenus avec douze cents hommes : nous avons envoyé une troupe plus considérable pour les en chasser, quoyque celle que nous avons desjà à Wetherby soit suffisante ; mais nous craignons que toutes leurs forces ne soient aux environs et qu'ils n'ayent quelque desseing, car ils ont quitté Selby et Gawood ; cette dernière, après l'avoir bruslée. Entre cy et demain soir, nous saurons l'issue de cette affaire et

* En 1645, à la bataille de Naseby, la cassette particulière de Charles I*' tomba entre les mains de Cromvell. Elle contenait, entre autres papiers-importants, la correspondance secrète du roi, dont faisaient partie six lettres éorites par la reine Henriette-Marie. Le vainqueur s'empressa de faire imprimer et publier, avec des annotations, tons les documents saisis dans la cassette, sous le titre de : King's cabinet opened. Cette collection se trouve au British Muséum sous la rubrique : Pamphlets n* S7. C'est de là qu'est tirée cette lettre, ainsi que les cinq autres que nous reproduisons k leur date.

462 LETTRES D*HBlfBIETTE-MARIE.

je vous envoyeray un exprès. J^ay plus de soiug de vous adveriir de ce que nous faisons, afin que vous et nous, nous puissions trouver moyen d'avoir des passe-ports i envoyer, et je m*estonne qu'en traitant d'une tresve, vous n'ayés pas demandé de pouvoir communiquer avec moy en seureté : cecy vous montre mon amour.

J'apprends aujourd'huy de Londres qu'ils ne veulent pas de tresve et qu'ils commencent par traiter des deux premiers articles, c'est-à-dire des foi-ts, des navires, des munitions et ensuite de desbander l'armée. Certainement je désire la paix plus que personne, et cela avec plus de raison, mais je demande d'abord qu'on desbande le perpétuel'PsLrlemeni et après, tout le reste sera aysé. Je ne dis pas cela d'après ma seule teste , car généralement autant ceux qui sont pour vous , que ceux qui sont contre vous dans ce paîs, tout le monde en souhaite la fin, et je suis seure que, si vous la demandés tout d'abord, dans le cas où vous ne Tobtiendriés pas, Hull serait à nous et tout le Yorkshire ; ce qui est une chose à considérer. Pour mon particulier, si vous faites la paix et desbandés vostre armée, avant la fin de ce perpétuel Parlement, je suis absolument résolue à m'en aller en France, ne voulant pas tomber encore aux mains de ces gens et sachant bien que, si le pouvoir leur reste , il ne fera pas bon pour moy en Angleterre. Souvenés-vous de ce que je vous ay escrit dans trois lettres précédentes, et ayés plus de seing de moy que vous ne l'avés fait, ou au moins faites-en semblant, afin qu'on n'en fasse pas la remarque.

Adieu, l'homme me presse, aussy je ne puis vous en dire davantage.

York, ce 30 man 1643.

{King't Cabinet opetted, p. 28.)

LETTRES d'henriette-marik; 463

Cette lettre auroit dû partir avec un homme de maistre Dimsdale, qui s*en est allé, et tout le commencement de la lettre estoit sur ce subject; aussy elle ne signifie rien par cet homme, mais la fin en étoit si agréable, que je ne puis m*empescher de vous l'envoyer. Vous savés maintenant par Elliott Tissue de l'affaire de Tadcasier ; depuis , nous avions presque perdu Scarborough, tandis que Gholmley estoit icy, Brown Bushell a esté sur le point de le rendre au Parlement, mais Gholmley rayant seu est party avec nos troupes et Ta repris : il a demandé qu'on y fist entrer un nouveau lieutenant avec des soldats à nous, en échange desquels il nous donneroit les siens. Il a pris aussy à Hotham deux pinnaces qui portoient quarante-quatre hommes, destinés à entrer dans Scarborough, dix pièces de canon, quatre barils de poudre, et quatre de boulets.

Voilà toutes nos nouvelles ; nostre armée marche demain pour mettre fin à Texcellence de Fairfax et je met« aussy fin à cette lettre.

Ce 3 Avril.

Je n'ay pas eu de nouvelles de vous depuis Parsons.

AU COMTE DE NEWCA8TLE

Mon cousin ,

Je vous renvoyé vos lettres ; vous n'estes pas le seul qui avés esté grondé, j'en ay eu ma part ; mais cela ne m'estonne pas beaucoup, quand j'ay la raison de mon costé. Il est très-nécessaire que je parte promptement. Henry Jermyn vous aura dit ce que m'a escrit le prince Rupert; c'est pourquoy je vous prie de donnerdes ordres,

464 LETTRES D^HENRIETTE-HARIE.

que je n'attende pas pour des charrettes et que je puisse estre preste, lorsqu'il faudra partir, et, en quelque lieu que je sois , je seray toujours comme je vous ay promis, et de cela je vous en donne ma parole ; croyés-la et que je suis

Yostre bien bonne et constante amie.

York, ce 8 avril 1643, à 9 bonres du matin.

( Harl. DIS. 0988. )

Mon cher cœur,

J'ay receu trois de vos lettres , une par Charles Blount, l'autre par le fils de M. de la Yieuville, et la troisiesme par un laquais, toutes en un jour et toutes sur le mesme subject et en responce de celles que j'avois escrites par Progers et Slingsby. Je ne vous respondray à cette heure sur rien , espérant d'estre bientost avec vous et mes paroles s'expliqueront mieux que mes lettres. Seulement je vous diray que je ne suis, en façon du monde, satisfaite d'un article dans la lettre d'Ashbumham , qui est que je vois bien que l'on a envie de vous persuader qu'il est dangereux pour vous de parler de mettre une fin au perpétuel Parlement : disant que cela peut donner jalousie au peuple, que vous voulés rappeler tous les actes qui y ont esté passés, ce qui est la plus jolie raison du monde pour vous ruiner: comme si Tun ne pouvoit estre séparé de l'autre, et aussy comme si vous pouviés estre sans cela

LETTBES D'HEIfBIETTE-MARIE. 465

autrement que vous estiés, devant que vous eussiés pris les armes, ce Parlement demeurant. Et pourquoy avésvous pris les armes ? Vous estes trahy, je vous le feray Toir. Ne souffres jamais que vostre armée soit desbandée, que ce Parlement ne soit flny, et jamais de paix que cela ne soit. Je me remets à ce porteur à dire davantage de bouche, mais souvenés-vous que vous estes perdu, si vous consentes à une paix, que premièrement ce Parlement ne. soit aboly ; c*est la première chose par où vous debvés commencer, car c'est avec justice que vous le demandés : tout le peuple le souhaite.

Yoric, ce 8 avril.

(Harl. ma. 7319, fol. 97.)

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