AU PRINCE RUPERT
Je vous ay desjà envoyé une lettre ^ pour vous advertir de ce que je trouve à propos que vous fassiés. Ce porteur m'a promis de vous rendre ce mot, qui est pour vous dire encore la mesme chose que dans l'autre. S'il vous plaist, avancés jusques à Newark, ou auprès, lequel vous aimerés le mieux, et que vos forces ne passent pas Newark ; et, pour vostre personne, si vous voulés venir, de me le mander ; je vous envoyeray un convoy. Ce pais est si ruiné des armées, que je craindrois que vos forces ne pussent pas subsister. J'espère dans un jour ou deux de vous mander quand je partiray ; car nostre armée n'ayant rien trouvé à Pontefract, les en-
* Le prince Rupert avait reça d'Oxford une lettre dn roi, qni lui disait : « Hâtez, autant que tous le pourrez, Tarrivée de ma femme ici. »
* Nous nous sommes abstenus de reproduire la précédente lettre, qui est k peu près identique à celle-ci.
A66 LETTRES d'hENBIETTB-MABIE.
nemis en estant partis sur leur venue, les ont suivis à Leeds qu*ils ont commencé à battre aujourd'huy, et j'espère demain d'en entendre des nouvelles, que je tous feray savoir aussytost. En attendant mandés -moy quelles forces viennent avec vous, afin que j'aye à me régler selon cela, touchant du canon ou non ; car, pour des forces, je ne mesneray avec moy que mes deux régiments de pies et de chevaux. L'armée, une bonne partie viendra avec moy jusques à Newark; mais, si nous battons les rebelles, comme j'espère , nos affaires vont bien icy et il n'y aura plus que HuU à réduire, qui, je crois, sera bien aysé et puis Torkshire est libre. J'espère que vous cognoistrés ma petite main^.
York, ce 9 avril.
{A CoUeetiom of orignuU royal letttn, hj Sir Qaorge Bromley, p. 261. )
Mon cher cœur,
J'ay receu cet après-dîner de vos lettrés par Thomas Elliott, auxquelles je n'ay rien à respondre, sinon que certainement je ne trouveray jamais à redire à ce qu'il vous plaira de faire : seulement dire mes opinions et me soubmettre ; mais j'attendray lorsque je vous verray, car j'ay peur que mes lettres ne soient expliquées d'une autre façon que je ne les entends. Seulement je ne puis m'empescher de dire ce mot que, dans Vtmprimé, il y a quelque chose de desbander les armées que je n'aime pas. Je vous diray seulement en passant que, si vous le
* Ceci est une plaisanterie ; récriture de la reine était longue et serrée, à la mode de son époque.
faites devant que le perpétuel Parlement soit finy, tout est perdu. 6e porteur vous dira des nouvelles d*où il vient ; c'est pourquoy je n*ay plus rien à dire ; nostre armée est allée à Leeds, et à cet instant ils sont à battre la ville : Dieu vous envoyé un bon succès ! et vos alTaires sont en fort bon estât en ce pa!s. Outre onze garnisons que nous avons en Yorkshire, nostre armée marche avec sept mille hommes de pies elTectifs, deux mille cinq cents chevaux et mille dragons, douze pièces de canon et deux mortiers ; tous bien résolus.
York, ce 9 avril.
( Har]. ms. 7379, fol. 256.)
LXXXIY
AU MÊME
Mon cher cœur,
J'ay receu vos lettres par Inès et Progers ; la dernière desquelles ne me met pas peu en peine de vous y avoir tant mis', mais j*espère que vous croyés bien que c*est le seing que j'ay de vous et mon affection, qui m*ont fait faire ce que j'ay fait, vous protestant que c'est vostre seule considération qui me fait estre en colère et non satisfaite; car, pour mon particulier, j'aimerois mieux vivre hors du monde que d'y souffï*ir toui ce que j'ay souffert, et j'ay assés de cognoissance que l'on n'y peut estre heureux, pour m'en retirer, pas mesme dans les prospérités ; ce n'est qu'un abus. J'ay assés vescu pour avoir éprouvé ce que c'est que tous les deux et puis en estre bon juge ; l'un et l'autre me font assés
* La reine avait fortement désapprouvé lea négociations suivies à Oxford par Charles 1" avec les commissaires du Parlement»
468 LETTRES d'hENRIETTE-MARIE.
voir le mespris que Ton en doit faire. Gecy n'est point escrit en chagrin, mais en pensée qui vient d*un esprit fort résolu et point effrayé de nos affaires ; car, quand je devrois souffrir mille fois plus que je n'ay fait, ce que je crois assés impossible, je ne me rebuteray point. Au contraire, je m'affermiray contre les malheurs ; mais si vous estiés comme vous devés estre, vous verriés que toutes mes pensées et actions n*ont esté que pour vous, et que ce n'a esté que mon affection , qui m'a fait faire tout ce que j'ay fait ou escrit. C'est pourquoy s'il y a eu de ma faulte,. puisque vous le croyés, je la recognois et la confesse et espère absolution : et je sais bien que, quand je vous auray parlé , vous dires que j'ay eu plus de raison d'avoir escrit ce que j'ay escrit, que vous ne pensés à cette heure, quoyque j'avoue avoir eu tort en quelque chose. J'ay escrit à Colepepper toutes nos nouvelles en chiffre.
Adieu , mon cher cœur.
York, ce 18 avril.
(/6t<f., fol. 19.)