‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 126 sur 143 · AU MARQUIS DE MONTROSK · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE MONTROSK

Mon cousin,

J'ai reçu votre lettre, et je comprends que vous considérez les affaires en Ecosse comme étant en très-mauvais état, pour ce qui regarde les intérêts du roi, et que cela est causé par ma négligence de certaines propositions, qui m'ont été soumises à mon arrivée. En cela, j'ai suivi les ordres du roi ; mais mon opinion est toujours que, si les fidèles serviteurs du roi voulaient seulement s'entendre entre eux et ne pas perdre de temps, tout le mal qu'on peut craindre de ce quartier pourrait être évité. Pour ma part, j'y contribuerai de tout mon pouvoir. Quand les armes , qui viennent du Danemark et que j'attends tous les jours, seront arrivées, vous en aurez tout ce que vous voudrez et toute l'assistance

* Traduit de ranglais.

LETTRES D^UENRIETTË-MARIE. 493

possible de moi, qui ai toujours grande confiance en vous et dans la générosité de votre caractère. Cette confiance, je vous assure, n*est nullement diminuée, quoique, comme vous, j^aie été très-malheureuse des bruits que vous aviez fait alliance avec certaines personnes, bien faits pour créer des appréhensions dans mon esprit. Mais ma confiance en vous et Testime que j'ai pour vous ne sont pas fondées sur une base aussi fragile que de simples rumeurs, ni capables d'être ébranlées par un événement, qui, s'il était tel qu'on Ta rapporté, n'aurait pu être occasionné que par votre zèle pour le service du roi. Soyez en outre assuré que je ne manquerai jamais à ma promesse envers vous , et que je suis et serai toujours

Votre très-bonne amie.

York, 31 mai 1613.

(Montrote and kù timei.)

AU COMTE DE NEWGA8TLE

Mon cousin,

Voyant que mon voyage est cause de beaucoup de distraction dans vostre armée, faulte d'entendre les raisons qu'il y a pour cela ^ me fait vous prier de vouloir demain, à Pontefract, assembler un conseil de guerre, où l'on puisse discuter avec liberté sur cette affaire. J'oserois dire que ce que je désire sera jugé pour le service du roy et la préservation de tout ce pais ; car, pour moy, je crois que personne ne m'accuse de dési-

* L'année da Nord voyait avec peine le départ des troupes qui devaient escorter la reine et ainsi la réduction de son effectif.

494 LETTBES D^HENRIETTE-MARIE.

rer le contraire et que tout ce qui se passe à cette heure est seulement faulte de s'entendre et de se joindre dans la défense de la cause publique, laquelle certainement souffrira sans cela : c'est tout ce que j'ay à vous dire et il ne sera pas besoing que vous veniés ce soir où je vais coucher. S'il plaist à Dieu , demain je passeray par Tadcaster, pour aller à Pontefract et je vous ay escrit ce que je voulois dire.

Yostre constante et bien bonne amie.

York, 8«meâl 3 juin 1643.

(Harl. ms. 6968.)

XGIX

AU MÊME

Mon cousin ,

En récompense de vos bonnes nouvelles de Danemark, je vous en manderay de bonnes de TOuest et de France ; de celles de l'Ouest je vous envoyé le papier; de celles de France, la royne vous envoyé des armes et de l'argent. Aussy ils veulent mettre une flotte en mer pour le roy ; de ce dernier il n'en fault dire mot. De Londres l'on nous mande que Hollis est en prison et plus de trente autres de la Maison basse et milord Portland, Conway et plusieurs Dames *. Le roy attend toujours à estre assiégé dans Oxford ; il est résolu de n'en point sortir, les seigneurs n'y voulant pas consentir, disant qu'ils quitteront tout, si le roy ne se renferme avec eux ; ce qui fait que le roy me presse encore de

« Sous prétexte d'une prétendue conspiration» les Communes avaient fait incarcérer plusieurs membres influents du parti des modérés.

LETTRES d'uenriette-mârie. 495

venir et m*aYoit envoyé une lettre pour vous commander absolument de marcher à luy, mais je ne la vous envoya point, puisque j'ay pris résolution avec vous que vous demeureriés. Il y a icy un gentilhomme, le lieutenant Markham , qui a receu une lettre de vous, si colère que j*ay cru qu*elle n*estoit pas de vous ; telle* ment que je luy ay commandé de demeurer et j'espère qu'il n*en sera pas puny. Outre que le roy me commande de Taller trouver et que j'auray besoing de toutes nos forces d'icy, puisque je suis si bonne que de ne vouloir pas vous envoyer un ordre du roy dé marcher à luy, vous ne punirés pas un qui, par ordre de la royne, demeure. Je suis si pressée d*escrire que je remets à une autre fois à vous mander ce que nous faisons icy et comme nous avons un général, qui ne fait que parler de desseings pour battre Tennemy ; je vous asseureray pourtant que je suis véritablement

Vostre constante et fidèle amie,

Nework, 18 juin 1613.

(Harl. lUM. ibid.)

AU MÊME

Mon cousin,

J'estois hier si lasse d'avoir escrit en tous les quartiers du monde, que je commande à Jermyn de vous faire mes excuses. En récompense de toutes vos bonnes no velles, je vous diray que nous avons perdu Tamworth, et qu'il estoit pris devant que nos gens pussent arriver. CSe n'est pas grand'chose; cela n'empeschera pas que je- ne parte mercredy, pour aller trouver le

496 LETTBES D'hENRIBTTE-HâRIK.

roy. Demain je vous envoyeray mon chiffre; c'est la faulte de Jermyn si vous ne Tavés pas, car je iuy avois donné à copier. Hotham est eschappé et est à lincoln ; je ne sais pas si son homme a esté avec vous ; j*espère à cette heure qu'il sera sage ; il vaut mieux tard que jamais.

Je suis vostre fidèle et constante amie.

NewArk, ce 25 juio.

(Harl. ms. iM.)

A CHARLES 1" Mon cher cœur,

J'ay receu ,à Tinstant vostre lettre par milord Saville, qui m'a trouvée preste à partir, n'attendant plus qu'une chose pour laquelle vous me pardonnerés un arrest de deux jours : c'est pour avoir Hull et Lincoln. Hotham le jeune, ayant esté mis en prison par ordre du Parlement, s*est eschappé et m'a envoyé dire qu'il voudroit se jeter dans mes bras et que HuU et Lincoln seront rendus. II est allé trouver son père et j'attends pour vostre responce ; ainsy je pense que je partiray d'icy vendredy ou samedy ; j'iray coucher à Whatton et de là à Ashby où nous prendrons une résolution sur le chemin à suivre, et je resteray là un jour, parce que la marche du jour précédent sera assés grande et aussy pour savoir comment l'ennemy marche , toutes leurs forces de Nottingham estant à présent allées à Leicester et Derby, ce qui nous fait croire que c'est pour intercepter nostre passage. Aussytost que nous aurons pris une résolution, je vous le manderay. Présentement je pense qu'il est à propos de vous faire savoir Testât dans lequel nous

LETTRES d'hENRIBTTE-MAIUE. 497

marchons et ce que j*ay derrière moy, pour garder le Lincoinshire et le Nottinghamshire. Je laisse deux mille hommes de pies et de quoy en armer cinq cents de plus et vingt compagnies de cavalerie ; tout cela sera sous les ordres de Charles Cavendish, que les gentilshommes de ce pa!s m'ont prié de ne pas mener avec moy, contre sa volonté, car il désiroit extresmement aller. Les ennemis ont laissé dans Nottingham mille hommes. Je mesne avec moy trois mille hommes de pies , trente compagnies de cavalerie et de dragons, six pièces de canon et deux mortiers. Harry Jermyn commande les forces qui vont avec moy, comme colonel de mes gardes, et sir Alexander Lesley les hommes de pies soubs luy, Gérard la cavalerie et Robin Legg Tartillerie, enfin Sa Majesté généralissime et extresmement diligente, avec cent cinquante charrettes de bagages à gouverner en cas de bataille. Ayés soing qu'au^ cune troupe de Tarmée d'Ëssex ne nous incommode, car j'espère que pour le reste nous serons assés forts ; à Nottingham nous en avons eu Texpérience , une de nos troupes ayant battu six des leurs et les ayant mises en Alite.

J*ay receu vostre proclamation ou dosclaration' que je désirerois qui n'ayt pas esté faite^ estant extresmement désadvantageuse pour vous, car vous montrés trop de crainte et ne faites pas ce que vous aviés résolu là-dessus.

Adieu, mon cher cœur.

Kewark, ce 27 jain 1643.

( King'ê Cabinet opened, p. 33.

* Charles y ofttvdt le pardon à tous ceux qui viendraient se mettre à Oxford sous la protection royale. H y déclarait que le Parlement n'était pas libre et il spéeiftaii en même temps plusiears de ses méfaits.

À9H LETTRES d'uENRIETTE-MARIB.

GII

AU MÊME

Mon cher cœur, .

Progers vous aura dit la prise de Burton^ qai fut après ma lettre escrite ; nos gens en ont esté si encouragés que, s'il n'eust esté vostre commapdement absolu de ne m'arrester point, nous aurions esté à Derby et certainement Taurions pris; mais moy seule ay esté pour ne le pas faire, afin de ne perdre point de temps. Je suis arrivée de ce soir en ce lieu, oh je demeureray demain, nos soldats estant fort las et aussy qu'ils ont tant pillé, qu'ils ne fiauroient marcher avec leurs paquets, et ne les veulent point quitter, tellement qu'ils ont demain pour les vendre. Milord Capel' sera icy demain, et nous résoudrons nostre marche, et, s'il plaist à Dieu, lundy nous partirons et irons par le chemin que vous m'avés mandé par Fred. Cornwallis.

Walsall, ce samedjr 8 juillet.

Comme je vous escrivois cette lettre, Parsons est arrivé et m'a rendu vostre lettre; je l'ay redespeché à l'instant au prince Rupert, pour savoir ce qu'il vouloit que je fisse et luy ay mandé Testât de nostre armée. Je ne laisseray de m'advancer demain, pour pouvoir aller par aucun des deux chemins. Je crois que vous n'avés pas seu des nouvelles d'Escosse de longtemps ; je vous

* Burton-on-Trent, dans le Staffbrdshire.

* Lord Capel était un des chefs les plus importants du parti royaliste, n Alt décapité par ordre de Cromwell le 5 mars 1649.

LETTRES d'uëNRIETTE-MARIE. 499

envoyé une lettre, qui vous en apprendra; je vous la voulois envoyer par Progers, mais je Toubllay. Les lettres que j*ay receues de France m'asçeurent que vous aurés de ce païs-là tout ce que vous desirerés. Mad. de Ghevreuse gouverne tout et se desclare vostre agent, comme Watt me mande. Je n'escris point tout cecy en chiffre, n*en estant point de besoing, et suis si fort harassée, que ce jour je me donne toute l'ayse que je puis. Nous avons esté deux jours sans manger de viande, que le dernier une fois de la froide, et, depuis Newark, j'oserois dire que je n*ay pas dormy trois heures par nuit; mais tout cecy me plaist, puisque c'est pour vous et pour vous faire voir, par toutes mes actions, que je n'ay de plaisir que celuy de vous servir et d'estre à vous.

Milord Gapel est arrivé, et nous avons résolu nostre marche de demain, qui sera à Kingsnorton. M. Capel nous a fait voir' que, s*il quitte le Shropshire, ce païs-là est tout perdu ; c'est pourquoy s'il y a intention de donner un coup à leur armée, certainement il fault avoir toutes les forces qu'il se peut, mais autrement il est, comme je crois, nécessaire que Capel retourne : je vous prie de me mander vistement vostre résolution là-dessus, car, lorsque je trouveray que je peux passer seurement, je le renvoyeray. Il trouve que nous ne manquons pas d'hommes pour marcher et ils ne sont que huit cents hommes de pies et soixante-cinq chevaux : il en souhaite mille. Une prompte responce, je vous prie, car il est très-nécessaire. Nos forces en Lincolnshire ont desfait une troupe de l'ennemy de soixante-dix chevaux et ont tout pris. Aussy j'oublie à vous dire que Tutbury est à nous, les ennemis l'ayant quitté, sur ce que nous

• A partir de cet endroit, toat le reste de la lettre est en chiflfVe : l'explica' tion interlinéaire est de la main du roi.

500 L^TTBES d'hENRIETTE-MAEIE.

avions envoyé de Burton quelques forces pour les prendre, et nous y avons garnison.

Dimanche, 9 juillet.

(Archives de la Chambre des Lords.)

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