‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 128 sur 143 · AU MARQUIS DE NKWCASTLE · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE NKWCASTLE

Mon cousin,

J*aurois despeché ce porteur plus tost, mais j*ay attendu, pour vous mander ce qui se passe icy. En premier lieu, je vous prieray de ne point prendre Talarme et vous asseureray qu'il n'y aura rien de fait, que je ne sois asseurée que vous approuverés. L'ambassadeur de France* propose au Roy un accommodement et a demandé congé de pouvoir escouter des propositions, en cas que Ton luy en fist à Londres, où il est allé pour redemander M. Montagne. Le roy, selon toutes ses desclarations, luy a respondu qu'il escouteroit toujours une paix, pourveu qu'elle fusl honorable pour luy. Voilà où l'affaire en est. Pour moy, je crois qu'ils sont si haults à Londres , qu'ils ne feront point de propositions, mais, en cas qu'ils en fissent, le roy désireroit une cessation d'armes, cela estant fort advantageux pour ses affaires en ces quartiers. C'est pourquoy je voudrois savoir promptement si cela s'accorde avec vobtre condition du Nord, car sans cela, il ne sera pas : ou bien l'on trouvera un moyen de le faire pour icy ; car la vérité est que l'armée du roy icy en a besoing. Il ne se passera rien de quoy je ne vous advertisse : je ne fais point de doute que, si le parlement refuse une paix sur des termes honorables, la France ne se desclare pour nous, et c'est par ce moyen qu'elle se fera. Je crois que c'est assés en chiffres pour vous, qui ne faites encore qu'estre escolier, et je vous plains de la peine que

* lie comte d'Harcoart.

504 LETTRES d'HEHRIBTTB-MABIE.

VOUS aurés. Je vous prie de me rendre vîstement rcsponce et de vous asseurer que je seray toujours constamment

Yostre fidèle et bien bonne amie.

Oxfonl, ce 10 février 1643-1644.

(Hâri. ms. 6968.)

AU MÊME Mon cousin,

J'ay receu vo.stre lettre par Parsons avec la relation de tout ce qui s*est passé à Newcastle et suis bien ayse que vous n'ayés pas encore mangé des rats; pourveu que les Escossois ne mangent point de Yorkshire oatcakes *, tout ira fort bien. J'espère que vous y donnerés ordre. Je crois que vous ne savés pas que les Escossois, qui estoient en Irlande , sont retournés en Escosse et que cela peut estre la cause que Lesley s^est advancé, en espérance qu'ils marcheroient après luy vers vous. C'est pourquoy ayés à y prendre garde. Les commissaires d'Irlande sont arrivés icy. Le desseing que vous savés du comte d'Antrim va fort bien ; je crois que les seigneurs d'Escosse vous l'auront dit. Sur toute chose, que les Escossois ne tastent point du Yorkshire. Sir Thomas Fairfax est à Nantwich, comme le Prince mande au roy, qui attend de l'infanterie hors du Lancashire ; Essex et Waller joints ensemble s'advancent vers milord Hopton; vous entendrés bientost qu'il y aura quelque coup donné. Pour les traités de paix, il n'y a plus d'espérance ; c'est pourquoy il ne fault plus

• JQàteaux d'avoine du Yorkshire.

LETTBKS D HBNRIETTE'MABIE. 505

songer qu*à se bien battre et, si vous battes les Bscos* sois, nos affaires sont en très-bon estât, car, pour les forces de ces quartiers , elles sont considérables : vous le pourrés juger, quand Essez et Waller se joignent pour venir contre milord Hopton, lequel les attend avec impatience. Vous saurés tous les votes qui ont passé icy dans les deux Maisons^; c*est pourquoy je ne vous en mande rien et finiray cette lettre, en vous recom* mandant toujours d'avoir soing de nos brethren of Scoihnd*, car ceux-là seulement nous peuvent faire du mal et point d*autres, mais ils sont en mains seures ; c*cst pourquoy je ne les crains point, autrement je vous asseure que je le ferois. G*est tout ce que j'ay à dire et que je suis constamment

Yostre fidèle et bien bonne amie.

Depuis ma lettre escrite, nous avons nouvelles que sir Thomas Fairfax marche vers vous, pour joindre les Escossois ; c'est pourquoy ne perdes point de temps et ne vçus laissés pas amuser, car, si les Escossois passent la rivière de Tees, je crains qu'il n'y aura plus de remède : tout est perdu.

Oxford, ce 15 mars.

(Harl. BIS. iM.

GIX

AU MÊME J*ay receu vostre lettre parTomkins, touchant milord

* Lm chamlires du Parlement.

* Nos Arères d'Ecosse; expression k rusage des presbytériens d'Angleterre.

506 LETTRES D*HEEnUETTB-]IARIB.

BUien, qui désire s'en aller en Allemagne; j*espère qu'en Testât où sont nos affaires, il ne nous voudra pas laisser et que, s'il y a quelques personnes qui ayent dit quelques folies, il est trop galant homme pour s'en soucier. J'espère que vous l'arresterés. J'ay veu la lettre que vous escrivés à milord Digby de Testât de toutes vos affaires et des forces de Tennemy, comme aussy des vostres , et par cela je puis juger que vous* avés fait beaucoup desjà et que vous continuerés selon vos résolutions; mais, en passant, vous voulés bien que je vous dise que vous estes un peu trop colère et n'avés pas assés de confiance à vos amis, de pouvoir croire que la lettre que milord Digby vous a escrite fust pour autre intention, que pour vous advertir de ce que Ton entendoit et puis de laisser le reste à vous, à faire ce que vous vouliés et jugiés à propos. Si Ton n'avoit pas la liberté d'escrire franchement, tout commerce seroit rompu : c'est pourquoy ne vous imaginés pas que Ton ayt desseing de rien faire, ny rien croire à vostre préjudice, et si vous m'accuses de vous gronder par celte lettre-cy, souvenés-vous de ce que je vous ay dit, lorsque j'estois à York, que je ne grondois que mes amis et non pas ceux que je ne me souciois pas. Avec cecy, je finiray, espérant que cette lettre vous trouvera, lorsque vous aurés battu les Escossois, et serés en si bonne humeur que vous ne trouvères rien de mauvais, et aussy que vous me croirés, comme je suis constamment,

Vostre fidèle et bien bonne amie.

Oxford, ce 5 avril 1644.

(Harl. ms. 6968, fol. m.)

ex

Mon cher cœur,

Fréd. Gornwallis vous aura dit tout nostre voyage' jusques à Axbury et Testât de ma santé depuis mon arrivée icy ; je me trouve fort mal autant du mauvais giste où je suis, que de l'accroissement de mon rhume. J'espère que ce jour de repos me fera du bien; je vais demain à Bristol , pour vous renvoyer les charrettes ; plusieurs sont desjà retournées. Milord Dillon m'a dit, non pas directement de vostre part, quoyqu'il dise que vous l'approuvés, qu'il estoit à propos que j'escrivisse une lettre aux commissaires d'Irlande, à cet effet qu'ils ayent à se désister, pour le présent, des choses qu'ils ont mises dans leurs papiers ', et leur asseurer que, quand vous serés dans une autre condition que celle où vous estes maintenant, vous leur donnerés satisfaction. J'ay pensé que c'estoit là un engagement si grave que je n'ose pas le prendre sans vostre commandement; ainsy, s'il vous plaist que je le fasse, mandés-moy ce que vous voulés que j'escrive, pour que je ne fasse pas plus que vous ne désirés et aussy que, cela estant vostre commandement, vous teniés ce que j'auray promis; car je serois très-faschée d'escrire quelque chose à quoy je ne puisse pas tenir, et, quand vous m'aurés promis cela,

* Forcée par son état de grossesse et par la maladie à chercher un asile moins bruyant et plus sûr qu'Oxford, menacé d'un siège, la reine était partie pour Exeter par Bath. Charles Tavait accompagnée jusqu'à Abingdon, où ils s'étaient séparés pour ne jamais se revoir. Le roi était retourné à Oxford.

* C'étaient la reconnaissance de leur religion et le droit d'avoir un parlement catholique libre et non soumis à celui d'Angleterre.

508 LETTRES D'HEHBIETTE-MARIE.

j*auray confiance. Je crois aussy qu'en escrivant à milord Muskerry, sans le reste, ce sera assés, car la lettre que je luy escriray sera de ma propre main et, si c'est pour tous Yos commissaires, ce sera par la main du secrétaire. Adieu, mon cher cœur; je ne puis pas escrire davantage, sinon que je suis à tous absolument.

Batb, c« n avril 1644.

(King't Cahinet opemed, p. 29.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

Je vous envoyé Grofts pour vous rendre compte de son voyage; seulement il y a une chose qu'il fault que je vous mande , de quoy vous ne donnerés point cognoissance à Grofts, si ce n'est qu'il vous en parle. II y a une personne de condition, en France, qui m'offre de venir vous servir et vous amener trois mille hommes de pies et quinze cents chevaux à ses despens, tous vieux soldats. 11 ne désire null^ condition que vostre parole, lorsqu'il vous aura scr\y, que vous le récompenserés selon ses services. Il ne veut pas estre nommé qu'il no sache vostre volonté, à cause que cela peut le ruiner et empescher qu'il ne vous serve, s'il estoit seu. C'est pourquoy, s'il vous plaist, que cecy soit tenu fort secret; c'est un homme d'honneur et qui le peut faire. Henry Jermyn escrit plus au long à milord Digby sur d'autres choses que je luy ay commandées, ma santé me permettant mal aysément d'escrire cecy. Adieu, mon cher cœur.

Bridgewatar, ce 28 avril.

(Harl. RIS. 7379, fol. 92.)

LETTRES .D'uENRIKTTE-MARIE. 509

AU MÊME

Il y a eu si peu d'occasions d'escrire que je ne veux perdre celle-cy qui , comme je crois , sera la dernière que je vous escriray, devant que j'accouche, estant à cette heure plus de quinze jours dans mon neuviesme mois, et peut-estre la dernière lettre que vous recevrés. La foiblessc dans laquelle je suis, causée parles cruelles peines que j'ay souffertes depuis que je vous ay quitté, qui ne sont pas pour estre exprimées, ny comprises que par ceux qui les souffrent, me fait croire qu'il est temps pour moy de songer à un autre monde que celuy-cy, La volonté de Dieu soit faite ! Il a desjà tant fait pour nous et nous assiste si visiblement dans toutes nos affaires, que certainement, comme il luy plaira disposer de moy, ce sera pour vostre bien et le mien. J'aurois beaucoup de choses à vous dire, mais les chemins sont si peu seurs, que je ne m'oserois fier à cette lettre : seulement je vous prieray de croire ce que vous diront lord Jermyn et le père Philippe* de ma part, si cela m'arri* voit. Ce m'est un grand soulagement de vous avoir escrit cecy; que cecy ne vous mette point en peine; vous savés bien que j'ay raison de craindre par mes dernières couches, et aussy d'espérer. Se préparer toujours pour le pire fait que l'on n'est point surpris et fait trouver le bien plus grand. Adieu, mon cher cœur.

J'espère encore de vous revoir en Testât où vous devés estre, devant que de vous quitter; Dieu le veuille! J'a-

f Le père Philippe était un capucin anglais, confesseur de la reino depuis Tannée 1«30.

510 LETTRES d'hENRIETTE-MARIE.

voue que je le souhaite et de vous pouvoir rendre encore quelque service.

Exeter, le 18 juin 1644.

(Harl. ma. 7379, fol. 93.)

GXIII

AU CARDINAL MAZARIN

Je suis forcée par Textresmité de maladie d'envoyer Crofts vers la royne madame ma sœur, pour faire ce qu'autrement j'aurois fait moy-mesme, puisqu'elle Tauroit trouvé bon , d'aller la remercier des tesmoignages qu'elle me donne de son affection. Je sais assés combien vous y avés contribué, et je vous prie de croire que j'en ay un ressentiment très-entier, et beaucoup d'affliction que je ne le vous puisse faire paroistre, comme je le désirerois : ce que j'ay commandé à Grofts de vous dire particulièrement, mon mal ne me permettant pas d'escrire davantage, vous priant seulement de continuer vos bons ofQces pour que ce que mon indisposition m'empesche de faire à cette heure, je le puisse faire en cas de nécessité, et de me croire véritablement, comme je suis, mon cousin, vostre bien affectionnée cousine.

Exeter, ce 28 may.

(Arch. des aff. étr.)

Mon cher cœur,

Jusques à cette heure, je n'ay point voulu vous importuner par mes plaintes, ayant tous les jours espéré

LETTRES D*HENHIETTE-MAR1U. 511

que le temps m*osleroit les raisons de le fkire et que cela ne feroit que vous tourmenter ; mais quand il y a apparence d'augmentation de misère, il est bon de préparer ceux que Ton aime à les supporter. C*est donc ce qui me fait vous escrire cette lettre sur ma condition, laquelle aussy m'y force par la violence de plus de maux tout en un coup, que Testât de mon corps, ny celuy de mon esprit abattu par le premier, ne peut sup* porter. Depuis que je vous ay laissé à Oxford, ce mal, qui me commençoit là, m'a toujours augmenté, mais avec des accidents si violents, que jamais ils n'ont encore esté sentis par personne. J'ay eu patience, dans l'espérance de guérir par mon accouchement, mais, au lieu de trouver de l'allégement, mon mal s'est augmenté, lequel est si insupportable que, si ce n'estoit qu'il ne fault pas souhaiter la mort, elle seroit trop désirée de la plus malheureuse créature du monde. Et pour rendre ma condition complète, Ëssex a esté trois jours, devant que j'accouchasse jusques à cette heure, à nous menacer d'un siège, auquel je ne me puis résoudre et aime mieux me mettre en chemin vers Falmouth, pour de là passer en France, si je puis, avec le hazard de ma vie, que de demeurer. Je vous feray voir par cette dernière action que je n'ay rien si fort dans mes peines, que ce qui est de vostre préservation et que ma vie est fort peu considérable en comparaison de cela; car, comme sont vos affaires, elles seront en danger si vous me venés secourir, et je sais que vostre affection vous fera tout hazarder pour cela ; ce qui me fait aussy h^tzarder une chose, qui de soy est fort peu considérable^ ma misérable vie, sauf en ce que vous la considérés.

Vous aurés peut-estre envie de savoir les particuliers de mon mal ; c'est toujours un entreprùement aux jambes

512 LETTRES d'hENRIETTE-MARIE.

et par tout le corps, mais il me semble que mon ventre et mon estomac pèsent plus de cent livres et que Ton me serre si fort à Tendroit du cœur que j'estouffe, et suis parfois comme enragée. Je ne me puis qaasy remuer et suis en double. Cette mesme pesanteur est aussy à mon dos, un bras que je ne sens point et les genoux et jambes plus froids que glace. Ce mal m'est monté à la teste, je ne vois plus d*un œil. Il a pieu à Dieu de m'esprouver et du corps et de Tesprit; je me fie en sa bonté qu'il ne m'abandonnera point et qu'il me donnera patience. Adieu, mon cher cœur.

La plus malheureuse créature du monde qui né peut plus escrire.

De mon lit, ce S8 juin. — Exeter.

{im., fol. M.)

AD MÊME Mon cher cœur.

Cette lettre est pour vous dire adieu; si le vent est bon, je partiray demain. Henry Seymour vous dira beaucoup de choses de ma part, que la misérable condition dans laquelle je suis, ne me permet pas d'escrire ; je vous prie de me le renvoyer en France, où, si Dieu me fait la grâce de retrouver ma santé, j'espère encore de vous servir. Voici le dernier tesmoignage que je vous puis donner, de hazarder ma vie pour ne pas incommoder vos affaires. Adieu, mon cher cœur.

Si je meurs , croyés que vous perdrés une personne qui n'a jamais esté à autre qu'à vous entièrement et qui a mérité par son affection que vous ne Toubliiés pas. *

LETTRES D*HBNR1ETTB-1IARIE. 513

Je VOUS renvoyé ma compagnie pour estre auprès de vous : je vous prie qu'elle puisse demeurer sur pied, tant que je seray en vie, si je ne meurs point durant ces troubles ; et si vous vouliés donner à Brett une pension de deux cents pièces, vous m*obligeriés extresmement. Vous estes asseuré que, durant ces temps, il ne vous demandera jamais rien, et après la paix il mérite une récompense. Aussy je vous prie de vouloir donner la garde noble du beau-frère de Gansfleld au colonel Tilsley; Gansfleld, à cause de sa religion, ne le veut pas demander, et Tautre est le plus proche parent que Tenfant ayt et où il n*y a rien à redire ; Gansfleld vous a si bien servy, et le fera encore, que vous ne devés pas refuser si peu de chose. Aussy M. le marquis' m*a prié de vous escrire pour luy et vous le recommander. G*est une misérable condition en laquelle il est, et bien adieu !

Truro, ce 9 juillet 1644.

(Ibid,, fol. 96.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

Cette lettre vous fera savoir qu*après beaucoup de peines*, je suis arrivée en ce lieu, qui est entre Nantes et Angers, où j'ay esté forcée de demeurer aujourd'huy, ayant eu la flebvre tout hier et cette nuit. A cette heure, elle m*a quittée, mais j'espère qu'ellen*estqu'accidentelle

* Probablement le marquia de Newcastle, qui ne pouvait plus résister aux Écûssaîs sans le secours du roi.

* On sait à travers quels périls de tout genre la reiae parvint à gagner kft côtes de ïtance.

et causée* seulement par le mal qui m'est venu au seing et aussy qu'elle me peut faire du bien à mon vieux mal, qui continue toujours, autant que jamais. Les médecins que j'avois envoyé quérir à Paris sont arrivés; je ne sais pas encore s'ils m'ordonneront d'aller aux eaux et bains. U y a encore dix journées d'icy et j'en ay desjà fait douze. H. Jermyn est allé à Paris, je l'attends tous les jours ; à son retour il vous escrira plus amplement. Je vous diray que j'ay esté receue partout avec tant d'honneurs et tant de tesmoignages d'affection par tout le monde, depuis le plus grand jusques au petit, que cela n'est pas pour estre imaginé; je crois que vous en serés bien ayse.

Adieu, mon cher cœur.

Ancanis, ce aoQst 1644.

(/AtVf., fol. 99.)

AU HÊHE

Mon cher cœur,

J'ay esté très -ayse de cette occasion, pour vous donner advis comme j'advance dans mon voyage, pour aller à Bourbon-les-Bains, où je boiray des eaux et puis me baigneray, les médecins l'ayant trouvé bon. Dieu mercy , je me trouve un pQU mieux et espère que les eaux préviendront Thydropisie que l'on craint. Je suis si bien traitée partout, que si messieurs de Londres le voyoient, je crois que cela leur feroit peine. Jermyn est revenu de la cour; je luy ay commandé de vous éscrireV sèuleînenf je vous diray que j'ay très -grande

LETTRES D*HENIUETTE-MAiaE. 515

raison d*estre contente. Les particuliers, il vous les dira, estant bien lasse.

Adieu, mon cher cœur.

« Take heed of old acquain tance. »

Amboise, c« ^ aoust 1644.

(/6M., fol. 92.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

Si vous avés esté longtemps sans avoir de mes nouvelles, c'a esté que ceux par qui j'avois escrit n*ont seu passer et que j'attendois toujours à renvoyer Ned. Villiers que j'eusse receu de vos nouvelles, ce que je n'ay point fait depuis luy. Ce porteur seulement m'a dit qu'il vous avoit laissé bien près d'Essex, sans me porter nulle chose du monde de vostre part. Je veux croire que c'est que ceux, que vous avés envoyés, ont esté pris, qui en est la cause, ne voulant pas adjouster à tous les maux que je souffre celuy de penser que vous ne songes plus à moy, qui surpasseroit tous les autres, quoyque bien grands. 11 est très-nécessaire pour vostre ser\'ice que cet homme receoive satisfaction et soit payé ; autrement il seroit impossible pour moy de vous servir icy.

Jermyn vous en escrira plus au long, n'ayant pas encore la teste assés forte pour pouvoir escrire beaucoup d'affaires : seulement je vous rendray compte de ma santé, qui: est une des choses à quoy je m'applique le plu» pour le présent, pour me pouvoir rendre plus

516 LETTtES D^HBNBIBTTB-MAIUB.

capable de vous servir. U y a trois semaines que je suis arrivée en ce lieu, fort harassée du long chemia que j*ay fait , ayant esté un mois entier à marcher par de fort violentes chaleurs. Après estre arrivée, j'ay eu mal au seing, auquel il a fallu donner un coup de lancette, dont je suis à cette heure guérie, comme j'espère, et j'ay beu les eaux desjà dix jours et continueray encore cinq et puis je me baigneray et prendray la douche, qui est en anglois pump. Je commence à espérer que je ne mourray pas, me trouvant un peu mieux desjà, quoyque cet endormissement me continue toujours et tout mon corps, couvert il y a trois mois de rougeurs comme la rougeole, ne diminue point. Néantmoins ma teste est un peu soulagée et mon ventre n*est pas si gros qu'il estoit. Je fais tout ce que je peux pour \îvre ; c'est pourquoy envoyés-moy de vos nouvelles souvent pour y contribuer, car, croyés-moy, cela le fera. A cette heure que je suis mieux, je vous puis dire que j'ay esté bien mal et que je ne croyois pas jamais vous revoir, mais Dieu me veut encore conserver en ce monde, pour vous servir, comme j'espère. Adieu, mon cher cœur. Faites mes recommandations à Charles: envoyés-moy sa mesure pour luy faire des armes.

Boarboii*l0t-B«iiu, ce septembre.

{md., foL 90.)

AD CARDINAL MAZARIN Mon cousin,

J'ay receu pai: M. le commandeur de Souvray la conti* nuatioA des asseurances de vostre affectioa et sûiag de

LETTRES D'HENRIETTE-MARIB. 517

iii*obliger, qui ne m'est pas, je vous asseure, peu de consolation dans mes malheurs. Je vous remercie de Tairoîr choisy pour me l'envoyer, s'estant acquitté avec beaucoup do soing de ce que vous luy avés ordonné. Je l'ay prié de se charger de vous entretenir de ma part des résolutions que j'ay prises de suivre vos conseils : je vous prie de croire ce qu'il dira sur cela et beaucoup d*autres choses. 11 vous entretiendra de ces discours que Jermyn vous a desjà faits : je l'ay cognu de si longtemps que je vous prie de vouloir continuer de l'employerenceqiii regardera mes intérests; ce sera une nouvelle obligation que je vous auray et que vous me croyés, comme je suis, et seray toujours véritablenaent, mon cousin, vostre bien affectionnée cousine.

Aonst 1644.

(Arch. des aff. étr. )

GXX

Mon cher cœur,

Si rien au monde me peut guérir, ce doit estre la venue de Seymour, pour la joye que j'ay eue de la desfaite d'Essex; cela me fit aller toute seule pour parler à luy, ce que je n'avois point fait encore. Je suis arrivée en ce lieu hier, ayant achevé mes eaux, que j'ay prises douze jours et les bains une semaine, mais sans beaucoup de soulagement. L'on me fait espérer que j'en trouveray dans quelque temps; ils disent que c'est la façon qu'elles ont accoutumé d'upérer. Dieu le veuille ! ou autrement je demeureray fort malheureuse, les peines que j'endure n'estant pas pour estre exprimées; et ce qui m'afQige le plus est que ce mal me

rend incapable de m'appliquer à nulle affaire. Je ne laisse pourtant de faire autant que je puis et me force aussy pour cacher mon mal, car je sais bien que ceux de Londres s'en resjouissent.

Plus de cecy ; j'ay receu trois de vos lettres en mesme temps, une datée du 14 aoust, les autres du 29 et du 3 septembre, J'aurois despeché Ned. Yilliers plus tost, mais j'attendois toujours la venue de Seymour.

Je me remets à Henry Jermyn à vous escrire en chiffre, n'estant pas en mon pouvoir de le faire à cette heure : la foiblesse que j*ay dans la teste m'en empesche. C'est pourquoy je ne respondray pas mesme à vos lettres qui en ont*. Seulement je vous diray qu'encore que je sois bien traitée icy, cela ne m'empeschera pas de désirer de retourner en Angleterre ; j'ay là ce que je n'ay pas icy, qui est vous, sans lequel je ne puis estre heureuse et crois que je n'auray jamais de santé que je ne vous revoye. Je suis asseurée du contentement qui assiste bien la santé et, si Dieu m'en envoyé assés pour pouvoir ne pas mourir en m'en allant, et que vos affaires ne me retiennent point icy, je ne demeureray guère, car je n'ay guère de plaisir aux choses de ce monde. Croyés cela, mon cher cœur; c'est une très-grande vérité. Je commence à marquer cette lettre par un 1 et iray jusqu'à 10 et puis recommenceray, afin de voir si vous recevrés toutes mes lettres : faites la mesme chose.

Adieu, mon cher cœur.

^ ti septembre.

Nevers , 4 octobre 1644.

(Harl. ms. 7379, fol. 96.)

* Des chififVeB.

Dans U copie de cette lettre, on Vr datée de Paris par erreur.

LETTRES D*HENIUETTE-lfAIUE. 519

AU CARDINAL HAZARIN

Mon cousin,

J*ay escrit à la royne madame ma sœur sur un malheur, qui est arrivé dans ma maison, de Joffroy^, qui a tué le frère de Crofts. J'ay fait escrire au commandeur toute Taffaire, pour vous la faire entendre. Ce que je désire ^ est, qu*estant Anglois Tun et Tautre et de mes domestiques, la royne ma sœur me veuille donner le pouvoir d*en disposer comme je voudray, en faisant justice ou grâce ; ce que je n'ay point voulu faire, sans vous escrire et vous prier de paroistre là-dedans, comme je feray dans tout ce qui me concernera , puisque je fais profession d*estre, comme je suis, mon cousin, vostre bien affectionnée cousine.

Neyers, ce 20 octobre 1644.

(Arch. des aff. étr.)

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