‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 129 sur 143 · AU MARQUIS DE NEWCASTLE · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE NEWCASTLE

Mon cousin,

J'ay receu une de vos lettres, lorsque j'estois aux bains de Bourbon, à quoy je fis responce, et, depuis mon arrivée à Paris, une autre par Bassett, à laquelle par celle-cy je respondray et vous asseureray de la continuation de Testime que j'ay de vous, n*estant pas si injuste que d'oublier les services passés sur un malheur

* Le nain Jeffrey Hudsoo.

520 LETTRES D^HENBI&TTK-MARIE.

présenta C'est pourquoy vous pouvés croire que je continueray toujours à vous faire paroistre ce que je vous dis ; faites-moy savoir en quoy je vous puis estre utile, et vous verres comme je m'y porteray et avec quelle vérité je suis vostre très-bonne et affectionnée amie.

ParU, ce 20 novembre 1644.

I Hari. ma. 6982, fol. 177. )

cxxin

Mon cher cœur,

J'ay receu trois de vos lettres toutes ensemble par Sabran ; je vous envoyé celle-cy, de quoy vous recevrés une copie encore par l'ambassadeur de Portugal. Je vous diray seulement que je suis arrivée à Paris et que je ne perds point de temps. Dans fort peu de jours, je vous envoyeray un exprès, par qui je vous escriray amplement. Les trois lettres que j'ay receues sont datées de Sherbourne, 7 octobre, Salisbury, 16, et Whitchurch, 20; aussy j'ay receu d'autres par un capitaine de cavalerie françois, il y a desjà quelque temps, à quoy je n*ay point' respondu, estant preste à aller à Paris. Jermyn vous escrira ce qui seroit trop long pour moy.

Dieu mercy, je commence à revenir moy-mesme et ma santé est beaucoup meilleure, quoyque pas bien tout à fait. Néantmoins j'espère qu'au printemps je la rotrouveray entière, pourveu que j'aye l'espérance de vous revoir bientost, car, sans cela, il n'y a ny médecine ny air qui me puisse guérir; cela est très- véritable, et que

* La bataille perdue de Marston Moor.

LETTRES D'uBNRIBTTB-IIARIE. 521

nalle chose ne me sauroit plaire où vous n'estes pas, si ce n*estoit la consolation que j'ay de vous pouvoir plus senir îcy qu'en Angleterre. Pour le présent, je n'en auray point, quoyque Ton me traite icy extresmement bien, comme vous saurés plus particulièrement par la première occasion. C'est pourquoy je ne diray davantage sur ce subject; j'espère que vous ne m'oublierés pas, ne pouvant estre heureuse, si cela estoit. Adieu, mon cher cœur. Le courrier presse qui me fait finir.

Paris, ce 18 novembre.

* La maladie du cardinal Mazarin a jusques à présent retardé toutes nos résolutions. Demain, lord Jermyn doit parler avec luy touchant toutes vos affaires, et, d'après la conclusion, vous serés adverty par un exprès. On pourra avoir immédiatement de la poudre, des armes et, j'espère, quelque argent ; le reste n'est pas encore déterminé. Il n'y a rien de plus certain que je prends toutes les peines imaginables , pour vous procurer de l'assistance, et je suis aussy incapable de prendre quelque agrément et de me plaire icy, quoyque j'y aye toutes sortes de contentements, sinon que j'espère que cela me permettra de vous envoyer du secours. Je suis merveilleusement bien traitée et obligée par le cardinal Mazarin, au plus haut degré.

Yostre lettre et trois autres de vous par Sabran ont esté receues. Yostre exprès dont vous parlés n'est pas venu. Colster, qui m'a amenée icy, est revenu à nous pour se mettre à ma disposition : il emportera ce que nous pourrons nous procurer présentement et nous

• Le rente est de la main de lord Jermyn, sons la dictée de la rc;ine.

522 LETTRES D*HENRÎETTB-1IARIE,

rapportera restaim K Si nous trouvons moyen de nous en procurer quelque peu, dans un jour ou deux, nous despecherons un exprès et par luy vous serés renseigné amplement. Nous avons de vagues rumeurs d'une desfaite que vous auriés éprouvée près de Donnington ; mais nous ne savons que croire : nous avons grand'peur. Nous ne savons quels besoings vous avés, ny ce que nous pourrons avoir icy ; seulement soyés asseuré qu'il n'y a pas, ny qu'il n'y aura jamais aucune diligence omise, et que je n'auray aucun plaisir d'une chose de la terre, sinon que de vous procurer les secours dont vous avés besoing : asseurés-vous de cecy. Que Dieu nous protège en cecy, et vous aussy ! Je suis à vous.

Ce 18 novembre 1644.

(Harl. m*. 7Ô79, fol. 898.)

AU MÊME Mon cher cœur,

Je vous avois escrit deux lettres que vous recevréspar cette occasion, n'ayant pu pour cette fois les envoyer par celuy qui, vous verres, devoit aller le premier, ne désirant pas les envoyer, crainte qu'elles ne fussent prises, et l'autre arriva trop tard pour estre mise dans le paquet. Nous entendons icy que vous avés esté battu par Waller; je n'en crois rien. Vous fériés fort bien de nous faire savoir souvent de vos nouvelles ; les rebelles

* La reine espérait trouver de l'argent en France par la vente des produits des mines d'étain du Cornouailles, qui faisaient partie des domaines de la couronne.

LETTRES D'hENBIETTE-MARIB. 523

ne perdent point d'occasion de publier tout ce qui peut estre à vostre désadvantage. Par cette occasion, je ne vous puis encore rien mander, en responce de tout ce que vous m'avés escrit, n*ayant encore pu avoir de responce de ceux qu'il falloit ; mais j'espère que, dans fort peu de jours, vous aurés la responce par un exprès, que je vous envoyeray. En attendant, ne croyés pas qu'il y ayt de ma faulte, ny aussy si vous ne recevés pas de mes lettres, car ce m'est une punition assés grande de ne pouvoir escrire, estant le plus grand contentement que j'aye à cette heure, et ne croyés point que ce soit un compliment; c'est une très-grande vérité : avec quoy je flniray, vous priant de baiser Charles et James pour l'amour de moy, qui suis à vous entièrement. Vous pourrés dire au prince Rupert ce queJermyn vous escrit en chiffres.

Paris ce ., novembre 1644.

(Harl. mt. 7379, fol. 92.)

AU MÊME

Je me sers de toutes les occasions que je puis pour vous faire savoir de mes nouvelles et ne le puis faire de ma main propre, à cause qu'il fault que tout soit en chiffres et ma teste ne me le permet pas encore, mais j'ay desjà escrit auparavant moy-mesme, et puis l'ay fait mettre en chiffres; aussy il ne fault pas que ce soit une main cognue, en cas qu'ils fussent pris, pour que ceux auxquels elles sont envoyées puissent dire que ce n'est point à eux. La semaine passée, je vous avois

524 LETTRES d'hENRIETTE-MAIUB.

promis de vous mander davantage cette semaine, mais je ne puis, n*ayant pu parler au cardinal Hazarin : seulement je vous envoycray bientost des armes et un peu d'argent. Le cardinal Mazarin me propose d'envoyer au duc de Lorraine, pour essayer si je ne luy pourrois persuader de vous mener ses troupes, ce que je vais faire. La France entreprend de les payer, estant un service pour la France, si Ton pouvoit le faire sortir du ser^'ice d*Espagne. Les Irlandois icy me font force propositions, mais jusques à ce que j'en aye fait part au cardinal Mazarin, je ne vous en manderay rien, ny de l'affaire du prince d'Orange; seulement asseurés-vous que je ne perds point de temps et que le seul plaisir que j'aye est de travailler pour vos affaires. Vous recevrés cette mesme lettre par un autre chemin ; ayés seing de me faire savoir de vos nouvelles souvent; il y a près de deux mois que je n'en ay eu. Écrives à la royne régente et au cardinal Mazarin, ainsy que je vous ay mandé par d'autres lettres, mais je le renouvelle, en cas qu'elles ne fussent pas arrivées. Il fault l'appeler mon cousin et au bas : Yostre affectionné cousin. Par le nombre de mes lettres, vous verres que je n'ay point perdu de temps.

Paris» 3 décembre.

{Ibid,, /0I.45.)

AU MÊME

Je n'ay pas trouvé moyen d'engager la France aussy avant dans vos intérests que je le pensois, pour vous assister d'hommes à présent, n'en ayant pas eux-mesmes

LETTRES D'flENRIETTE-MARlB. 5S5

pour leurs nécessités présentes, ayant beaucoup sur les bras; comme aussy dans la proposition d'une ligue que j*ay faite, ce à quoy je n*ay point encore eu de responce. Pour ce qui regarde les hommes, le cardinal Mazarin fera tout ce qu'il pourra, pour que Ton en puisse avoir, comme je vous Tay desjà mandé, par le duc de Lorraine, en cas qu'il veuille amener son armée à TOUS ser>ir; la France les payera : ou bien par les Irlandois ou les troupes du prince d'Orange; et pour cet effet je suis après despecher au duc de Lorraine, et en Hollande. Pour l'Irlande, je vous despecheray bien tost un exprès, pour vous porter des propositions: mais en attendant, je ne laisse pas de faire tout nostre possible pour une paix avec les Irlandois : je vous ay mandé cecy. Lord Jermyn vous mandera quelque autre sentiment; seulement je vous diray que leurs intentions généralement sont bonnes pour nous et qu'il n'y a rien qui les empesche, que leurs propres nécessités, de nous donner tout ce que nous saurions désirer.

Je ne sais si vous avés receu aucune de mes lettres ; voicy la dixiesme que j'ay escrite depuis que j'ay eu des vostres, et toutes les nouvelles que j'ay, c'est seulement par les Gazettes de Londres. Dites au prince Rupert que je ne saurois luy escrire par ce chemin, à cause qu'il fault que partout ce soit en chiffre et qu'il ne fault pas qu'il n'y ayt qu'une lettre, laquelle est renvoyée toute ouverte à Paris. Ainsy dites à Digby, Golepepper et Ashburnham *

pMÎt, C9 18 décembre.

(/Md., fol. 90.)

4 XjA lia de cette lettre inaii()ue.

526 LSmBS D*HE5BIETTE-]CAEIE.

AU MÊME

Mon cher cœur,

J'ay receu une de vos lettres, il y a trois jours, datée du 26 novembre, style ancien. Il y avoit plus d'un mois que je n'en avois receu : je ne sais si vous avés receu aucune des miennes, en ayant escrit neuf depuis Ned. Yilliers ; si vous en avés receu, il me semble que, par la mesme voye, vous pourries respondre. C'est une cruelle peine de ne rien savoir que par les iiùprimés de Londres, et aussy une chose fort préjudiciable à vostre service, car il fault qu'ils croyent icy, ou que j'ay fort peu d'intelligence, et par conséquent que Ton ne se soucie guère de moy, ou que Ton est si peu spirituel que de ne trouver pas des inventions : et l'un et l'autre nuisent à vos affaires icy, car, s'ils ne croyent pas que j'aye crédit auprès de vous, ils ne se sauroient fier à moy, et, pour l'autre, la conduite de tout ce qui s« fait en Angleterre leur est représentée si estrangement qu'ils croyent qtie ceux, qui sont auprès de vous, ne souhaitent pas vostre pouvoir, comme aussy ils ne désirent pas vostre ruine, et j'ay grand'peine à leur persuader le contraire, et aussy qu'ils n'ont pas fait toutes les inventions du monde à vous servir. Lorsqu'ils voyent que je suis ignorante de ce qui se fait par delà, cela leur fait- croire que Ton n'a pas envie que je le sache*. Ce que je vous dis est seulement pour vostre

* On voit que la reine insiste fortement sur cette idée qu'on lai cache quelque chose. Dans sa réponse, le roi lui dit : Ii:.agin«r que quelqu^un veuille te cacher ce qu'on veut faire, c'est (passe-moi Texpression) une telle folie que je ne croirai jamais que personne puisse en avoir la pansée, même s'il

LETTRES d'hëNRIETTE-MARIE. 5^7

service, car moy qui ay assés de raisons pour estre satisfaite de Tainilié que vous me portés, je n'ay pas ces imaginations ; mais cela ne satisfait pas ceux à qui j'ay affaire.

Je croyois vous envoyer par ce porteur de l*argent, mais ce ne sera pas pour cette fois ; il vous en dira les raisons, comme aussy beaucoup de choses, qui seroient trop longues à escrire, et du bon traitement que je receois icy de la royne et de M. le cardinal, qui me tesmoignent une très-grande affection, pour vous en particulier. Je ne diray donc davantage que vous conjurer d'avoir plus de seing de -vous^-mesme que vous n*avés; vous vous bazardés trop; cela me fait mourir quand je Tentends, et, dans la foiblesse où je suis, beaucoup moins que cela me peut faire grand mal. C'est pourquoy, si ce n*est pour Tamour de vous, que ce soit pour moy que vous vous conserviés. J'espère avec le printemps recouvrer ma santé ; les médecins me le font espérer, et jusque-là ils disent qu'il fault avoir patience. J'ay toujours cet engourdissement par tout le corps , quoyque je marche assés bien, et, pour cet assoupissement de teste, je ne l'ay que fort rarement, mais je suis fort foible. Je croyois que l'air de France me guériroit, mais il fault aussy un peu de celuy d'An-^ gle terre.

Adieu, mon cher cœur.

le disait. Pour cette afHrmatioii de ma part, ce n'est pat la perte d'une lettre on de deux qui peut te la faire mettre en doute. » Dana une autre lettre, il ajoute : • Je proteste k Dieu que je n'ai jamais entendu parler de toi qu'avec les plus hautes expressions d'estime pour ton amour pour moi, et particulièrement pour les soins diligents que tu prends pour m'assister, et Traiment, si je pouvais trouver une faute en toi, ce serait de ne pas prendre autant de «oins de t* propre sxuité que de mon assistance. » King's Cabinet opea^, pp. 15 et t3. .:f ...

528 LKTTRËS d'uBIIRIETTË-MAREE.

Il est nécessaire que vous renvoyiés ce porleur aussy tost qu'il se peut, pour vous reporter de Taisent: il vous dira pourquoy vous ne Tavés pu avoir à cette heure.

Paris, oe ^ décembre 1<M4.

(HarL ma. 7876, fol. 95.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

Trouvant cette occasion du D' Golladon, lequel me prie aussy de vous escrire, pour que vous luy vouliés donner la place du D' Chambre, qui est mort, je crois qu'il y a assés de justice, puisqu'il est desjà à mon fils et aussy que je le crois fort bon médecin, de quoy vous manques fort à cette heure. Autrement je ne vous le recommanderois pas. Il vous dira Testât de ma santé. Je vous ay escrit, il y a deux jours, par Pooley fort au long, sur cela. Pour ce que j'ay à dire, c*estque j'ay oublié de vous mander que la royne a envoyé donner un commandement à Augier^ de sortir hors de France présentement. J'ay de si grandes obligations t, la royne et à M. le cardinal, ils ont tant de bontés pour vous et pour moy, qu'il ne se peut davantage.

Adieu, mon cher cœur.

Faites-moy savoir le plus souvent que vous pourrés de vos nouvelles, n'ayant point de joye en ce monde sans cela.

Paris, ce V décembre.

{Ibidi, fol. 84.)

* L'Huai envoyé ea JRr*ace par le Parîemeat

LETTRES D^MENRIETTE-MABIË. Sît

AU MÊME

Je vous fais responce à ce que j'entends par les lettres que je receois du secrétaire Nicholas, n'en rece^ vaut point de vous; quoyqu'il me semble que je le pourrois faire par les mesmes chemins. J'entends que vous avés envoyé à Londres le duc de Richmond et le comte de Southampton pour traiter d'une paix* et que vous avés donné le titre de Parlement d'Angkterre, Quoyque j'approuve la chose, néantmoins je ne laisse pas de m'en estonner, me souvenant que, lorsque vous estiés résolu de faire un petit conseil de quatre, vous me montriés un papier, dans lequel il y avoit plusieurs choses, à quoy vous ne vouliés jamais vous relascher : cecy estoit la première. Néantmoins vous l'avés fait, ce qui me donne subject de craindre que tout le reste s'ensuivra de mesme, ce qui ne vous seroit pas fort honorable, ce me semble ; aussy que vous ne m'en avés pas advertie et que, sur ce que vous m'avés dit, j'ay toujours asseuré icy que vous ne le fériés jamais ; cela est chose fort préjudiciable à toutes vos affaires icy, que Ton voye que vous faites le contraire de tout ce que je dis, et que Ton me croye si peu de crédit, que je ne sache rien de vos résolutions. Je crains que cela ne me rende incapable de tirer d'icy les advantages que j'espérois et me fera appréhender de rien dire doresnavant, puisque vous n'estes pas résolu dans vos desseings, ce qui est la chose du monde qui vous a desjà le plus nuy icy, ayant cette réputation que je taschois à ester, de tout mon

* Cest cette négociation qai se termina par le traité d'Uxbridge.

530 LETTRES D*UENRIETTB-HARIE.

possible. Cette affaire a desfait tout ce que j'avois ùdt; permettés-moy de vous dire que vous ne vous pouvés pas excuser sur ce que les chemins sont si difficiles; toutes les semaines je receois des lettres du secrétaire Nicholas, et aussy par Petit vous pourries le mander. Croyés que je n*escris que par peur de ne pas réussir icy , comme j*espérois , et par nostre faulte propre, et que je pense que vous-mesme estes aussy fasché que moy, si c'est faulte d'intelligence. Mais vous voyés qu'il y a un chemin, et à cette heure que vous le savés , je n'en doute point que cecy n'arrivera plus. Ayés soing de vostre honneur, qui est de demeurer constant dans les résolutions que vous aviés prises, et, après cela, ne songes à personne ; c'est tout ce que je désire.

Adieu, mon cher cœur,

Paris, ce 30 décembre.

{Ibid,, fol. 82.)

GXXX

AU MEME

J'ay receu une de vos lettres datée de Marlborough, en ayant desjà receu plusieurs autres plus fraisches de date, auxquelles j'ay respondu. Je ne diray rien touchant celle-cy, mais seulement sur l'affaire de Goring' ; si ce n'est pas fait, il est temps, et tout à fait à propos en ce moment, ce que je ne croyois pas devant. J'entends que les commissaires sont arrivés à Londres ; je n^ay rien à dire» sinon que vous ayés soing de vostre honneur et que^ si vous avés une paix, elle soit telle

< Sans doute sa nomination comme domte de Nonrich.

LETTRES d'uëKIRIETTë-MARIE. 531

que vous puissiés- la tenir ; et, s'il en arrive autrement, que vous n'abandonniés pas ceux qui vous ont seny, ' de peur qu'Us ne vous délaissent dans vos besoings. Aussy je ne vois point comment vous pouvés estre en seureté sans un régiment des gardes; pour moy, je pense que je ne le serois point, voyant la malice qu'ils ont contre moy et ma religion ; j'espère que vous aurés soing de l'une et de l'autre. Mais, dans mon opinion, la religion pourroit estre la dernière chose sur laquelle vous ayés à traiter ; car, si vous tombiés d'accord pour la sévérité contre les catholiques, cela les descourageroit de vous servir. Si plus tard il n'y avoit point de paix, vous ne pourries jamais attendre de l'assistance ny de l'Irlande, ny d'aucun prince catholique, car ils croiroient que vous voudriés les abandonner, après vous estre servy d'eux.

J'ay despeché un exprès en Escosse à Montrose pour savoir la condition dans laquelle il est, et ce qui peut estre fait dans ce pais. Cette semaine j'envoye à M. de Lorraine et en Hollande. Je ne perds point de temps ; si j'avois plus de vos nouvelles, tout iroit mieux.

Adieu, mon cber cœur.

Paris, janvier 1645.

KiHff'ë Cabinet opeaedt p. 30.)

AU MÊH£

Mon cher cœur,

Tom Elliott^ il y a deux jours, m'a apporté beaucoup de joye et de tristesse; la première de savoir le bon

532 LETTRES D*HERRIETTE-)IAR1E.

estât dans lequel vous estes, Tautre, la, crainte que vous n*alliés à Londres'. Je ne puis comprendre où estoit rintelligence de ceux qui vous ont donné ce conseil, à moins que ce ne soit pour bazarder vostre personne, en sauvant la leur. Mais, Dieu mercy, aujourd'huy j*ay receu une de vos lettres par l'ambassadeur de Portugal, datée de janvier, qui m'a beaucoup consolée, en voyant que le traité sera fait à Uzbridge. Pour Tamour de Dieu, ne vous confiés pas dans les mains de ces gens, car, si vous allés jamais à Londres, avant que le parlement ne soit finy, ou sans une bonne armée, vous estes perdu. J'entends que la première proposition pour la paix doit estre de desbander l'armée ; si vous consentes à cela, vous serés perdu ; ils ont tout le pouvoir de la milice. Ils ont fait et feront tout ce qu'ils voudront.

J'ay receu hier des lettres du duc de Lorraine, qui me mande que, si ses services vous sont agréables, il vous mesnera dix mille hommes. Le D' GoCTe, que j'ay envoyé en Hollande, traitera avec luy à son passage sur cette affaire, et j'espère très-promptement vous envoyer de bonnes nouvelles de cela et aussy de l'argent. Asseurésvous que je ne manqueray à rien de ce que vous désirerés et que je hazarderay ma vie, c'est-à-dire en mourant de faim, plustost que de ne vous rien envoyer. Mandés-moi toujours par qui vous recevés mes lettres, car j'escris à la fois par l'ambassadeur de Portugal et par le résident de France. Surtout ayés soing de ne pas

* Charles I*', qui craignait que la reine n'ajoutât foi aux rumenra, répandues à dessein par ses ennemis^ qu'il consentirait à acheter la paix avec les rebelles par des concessions humiliantes, lui avait fait part des basée réelles sur lesquelles il voulait traiter. Il terminait en disant : « C'est une vérité abedue, que ni le danger de mort, ni la misère* bien pire à mes yeux, ne me fera rien faire qui soit indigne de ton amour. » Kùtg't Cabinet openeil, p. 11.

abandonner ceux qui vous ont servy, aussy bien les évesques que les pauvres catholiques. Adieu.

Vous me pardonnerés, si je me sers d*un autre pour escrire, n'estant pas capable encore de le faire moymesme en chiffres. Montrés à mon nepveu Rupert que je vous prie de luy faire part de tout ce que je vous escris, afin qu*il sache la raison pourquoy je ne luy escris pas; je ne sais comment envoyer de grands paquets.

(King'ê Cabinet opened, p. 31.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

J*ay receu vostre lettre par Tom Elliott, et, depuis luy, d'autres par l'ambassadeur de Portugal, à la dernière desquelles je feray responce, et je vous prie qu'elle puisse servir aussy à celle de lord Digby, à cause du temps qui presse. Je vous diray seulement que T6m Elliott, pour ce qui concerne le parlement, m'a satisfaite, et, pour ce que vous dites que ma dernière lettre vous accuse de ne pas escrire, lorsque j'ay escrit, j'avois quelque raison de me plaindre, ne recevant point de vos lettres, mais depuis j'en ay receu plusieurs qui me font voir qu'il n'y avoit point de vostre faulte. Jevous conjure de continuer, estant la seule consolation que j'ay.

Je vous despecheray un exprès dans cinq ou six jours pour vous porter la copie de lalettre que le ducde Lorraine

* Cette lettre est écrite entièrement en cbiflVes et de la main de la reine.

m'a escrite, avec celle de Vie à lord Jermyn, par où vous verres les raisons que nous avons d'espérer du secours de ce costé-là. Tout ce que j'ay à vous dire est que vous ayés soing de ne pas faire un traité désadvantageux, car jamais vous ne vous remettrés en la condition que vous estes, si vous le faites. Souvenés-vous que j'ay toujours eu peur de l'assemblée d'Oxford, et je l'ay encore; les finesses, ce semble, ne servent plus de rien, il y a longtemps. Je vous recommande les évesques et ceux qui sont vos serviteurs, qui ont souffert pour vous, de ne point licencier vostre armée, que tout ne soit conclu, et de ne point aller à Londres que le Parlement ne soit finy.

Songes à l'Irlande. Il y a un secrétaire des catholiques, qui en est venu, qui dit que la paix n'est point faite, comme vous croyiés. Dites à Digby que je ne suis point faschée avec luy, comme Ton le luy voudroît persuader à Oxford. Il y a autant de bruits à Paris, si j'y voulois croire, qu'en aucun lieu du monde, et surtout prenés garde de ne point vous ayder vôus-mesme à vous tromper dans le traité, comme nous avons fait si souvent en plusieurs choses, de quoy après l'on s'est repenty, mais trop tard, comme du perpétuel Parlement. Cette paix est aussy dangereuse, si vous n'y prenés garde de bien près, et pour moy, car, selon qu'elle sera, je fixeray mon retour ou non , qui est la seule espérance qui me fait vivre que celle de vous revoir.

Adieu, mon cher cœur.

Paris, ce H février 1645.

(Hari. ma. 7379, fol. «!.)

LETTRES D'HENWETTE-MARIE. 535

AU MÊME

Mon cher coeur,

J'ay receu vostre lettre datée du 10 janvier par l'ambassadeur de Portugal ; par Sabran j'en ay seulement receu une depuis que je vous ay escrit par luy, le mois dernier; quoyque j*aye toujours escrit aussy souvent par luy que par l'ambassadeur de Portugal, excepté les deux derniers ordinaires. Je commence, aussy bien que vous, à avoir des soupçons, par ce que vous m'escrivés sur Tintelligence du cardinal avec le Speaker * et je tascheray de le descouvrir; mais je le crois, car ils prétendent icy que c'est pour vostre service de rester bien avec les parlementaires, et que, pourveu qu'ils fassent ce que vous désirés, il n'y a pas grand danger. Prenés soing de conserver les évesques et l'espée que Dieu a placée dans vos mains, c'estrà-dire de ne pas la quitter jusques à ce que vous soyés un roy. Pour les forteresses, et particulièrement la Tour de Londres, mettés-les seulement entre les mains de ceux qui sont véritablement à vous ; car, si la milice et quelques-unes des forteresses sont placées dans les mains de quelquesuns des parlementaires, vous aurés fait seulement la guerre pour ruiner vous-mesme et vostre resputation, et pour moy, je seray perdue, puisque je ne pourray pas me fier à ces gens. Aussy, touchant ceux qui sont exceptés du pardon, si vous pouviés permettre à quelques-uns de nostre costé d'estre ainsy et pas un de

* Lentball, le président de la Chambre des communes, se piquait d'être d*acconl avec le cardinal Maiarin, Jlf Sv^reU Green,

536 LETTRES 1>*HRII1UETTE-MARIC.

Tautre, je ne serois pas estonnée qu'il y ait autant de traistres.

Talbot n'est pas arrivé, ny Mackworth, ny le secrétaire de Digby. Mandés-moy si IPetit est arrivé. Pour ce que Digby escrit à Jermyn de son désir d'estre ambassadeur extraordinaire, je ne puis comprendre d'où Digby a pris cela, car ny moy, ny Jermyn, nous n'y avons jamais pensé, bien loing de là. Néantmoins je garderay la commission quand elle viendra, et, quand je croiray à propos de le faire, je vous le feray savoir; mais à présent il nous sert mieux autrement. Adieu, mon cher cœur; je vous renvoyé à lord Jermyn pour beaucoup d'autres choses.

Paris, ce 10 février 1645.

(/6tVI., fol. 8.)

AU MÊME

J'ay rcceu en mesme temps trois de vos lettres, par Bcnnet, I^gg, Talbot, et par Petit un paquet de Digby, mais point de lettre de vous, ce qui me fait croire que j'ay esté oubliée à Oxford. Mandés-le-moy, je vous prie. J'attends avec impatience ce qui arrivera de ce traité.

Je ne laisse pas de travailler pour vos affaires, et j'espère bien, pourveu que vous ne gastiés pas'ce que je fais; je despeche le docteur Goffe aujourd'huy en Uollande^ pour la conclusion de tout. Je vous envoyeray ses instructions par un exprès, dans un jour ou deux. Aussy icy, il y a une affaire asseurée, qu'on nous donnera quarante mille pistoles, que je vous eusse envoyées.

LETTRES d'hE5RIETTE-MARIE. 537

si j'eusse eu mon navire revenu avec Testaim; je n'oserois les bazarder dans un autre navire. Dans cette affaire de Testaim, j*ay esté si maltraitée, que cela m'oste mon crédit icy et empeschera tous les marchands de se fier à moy, et par conséquence nostre service demeurera en suspens, et, si Taffaire eust réussy devant, à cette heure vous eussiés eu de l'argent. Lord Jermyn dira davantage là-dessus; seulement je vous diray que, si, après que Ton m'a promis une chose, Ton ne la tient pas, je ne puis pas vous servir ; car, dans le particulier de cette affaire, si ce n'eust esté pour vostre service, j'eusse mieux vescu de l'argent que j'ay hazardé là que de celuy qui m'en reviendra, car le surplus estoit seulement pour vous l'envoyer.

Vous m'escrivés que je n'aye point trop de commerce avec les commissaires d'Irlande; cela me met fort en peine, car je crains que vous n'ayés pas l'intention de faire une paix avec eux, ce qui est ruineux pour vous et pour moy ^ Maintenant toute l'assistance que je tire de France pour vous envoyer est des catholiques, comme une espèce de queste pour assister les catholiques anglais, dans l'espérance que je donne que vo\is aurés soing des catholiques, moyennant qu'ils vous assistent, et les quarante mille pistoles que vous auriés desjà, si Golster avoit esté retourné, m'ont esté données par une compagnie de dévosts à Paris, qui m'en promettent bien davantage dans peu de temps. Pour la France, ils ont affaire de leur argent et ils payeront le duc de Lorraine ; tellement que je ne vois point d'assistance que

* A cela 1« roi répondît qu'il ne désirait rien tant que la paix avec l'Irlande et qu*il n'avait jamais vouln empêcher les rapports de la reine avec les commissaires : « Seulement, ajoutait-il, j'ai voulu te mettre en garde contre quelques Irlandais en France, que je croyais alors et que je sais maintenant n'être que des coquins. » King't Cabinet opened.

538 LETTRES D*HE1VRIETTE*MAIUE.

par les catholiques, et, si vous ne voulés pas que j*aye commerce avec les Irlandois et que vous ne fassiés pas la paix avec eux, je crains que ces gens icy feront peu pour vous. Je ne diray davantage par cette occasion, que vous mander combien j*ay receu de vos lettres c*est: 1. i. A. 5. 6. 8. 9.10. 11. 13. 14. 15. 16. 19. Je manque du reste. Mandés-moy ce que vous avés receu. Adieu, mon cher cœur.

t$ febYiier 164S.

(/6W„fol, 23.)

AU MÊME Mon cher cœur.

Je vous ay escrit par Petit ; néantmoins, envoyant cet homme, je ne veux perdre nulle occasion d*escrire. J'es« père que, à cette heure que nous avons Weymoutb, nous aurons plus souvent des nouvelles. Si celles que nous avons d'Ëscosse sont vraies, je crois que ce sera h vous à espérer la paix, comme les parlementaires ft cette heure la voudroient avoir. J'ay escrit au prince Rupert que vous luy diriés les despêches que je vous envoyé; je crois qu'il est fort nécessaire qu'il le sache. Vous m'escrivés que vous désirés savoir Testât de ma santé; elle n*est pas encore telle que je la puisse dire bonne, ayant toujours Vendofmmement à un bras et aux jambes et quelquefois quelque petite ressouvenance de ma teste, mais je ne cesse pas de brusler. Je m'en vais avoir une consultation de médecins, pour voir ce qu'il y aura à faire ce printemps. Le prince Rupert m'a escrit pour vous faire ressouvenir de Will, Legg, poqr le faire de

LETTRES D*HENBIETTE-1IARIE. 539

vostre chambre du lit : je vous en ay aussy parlé devant que de partir ; si vous n*avés des raisons contre cela que je ne cognois point, vous obligerés vostre nepveu, en le faisant. Adieu, mon cher cœur.

Paris, ce 13 mars 16S5.

(Ilrid., foL 91.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

Depuis ma dernière lettre, j*en ay receu une de vous, marquée 16, par laquelle vous m*informés du receu de mes lettres par Pooley, et qui m'a un peu surprise, car il me semble que vous m'escrivés, comme si je vous avois mandé quelque chose qui vous auroit desplu : si cela est, j*en suis bien innocente dans mes intentions. J'ay cm seulement qu'il estoit nécessaire que vous seussiés tout. Il y a une autre chose dans vostre lettre, qui me peine beaucoup, c*est que vous voudriés que je garde pour moy-mesme vos despeches, comme si vous croyiés que je serois capable de les montrer à personne, excepté à lord Jermyn pour les deschiffrer, ma teste ne me permettant pas de le faire moy-mesme; mais, s'il vous plaist, je le feray et personne dans le monde ne les verra. Soyés bon pour moy, ou vous me tuerés. J'ai desjà assés d'afQiction à souffrir, que, sans vous, je ne pourrois supporter; mais vostre service surmonte tout. Adieu, mon cher cœur; regardés la marque que vous désirés d'avoir, pour savoir quand je souhaite quelque chose avec ardeur, et je vous prie de commencer par vous souvenir de ce que je vous ay dit, touchant Jack

540 LETTRES d'hENRIETTE-MARIE.

Barclay, pour le faire nuuier of the wards. Je ne suis point engagée et ne le seray pas pour les places de lord Percy et des autres : faites en conséquence.

Paris, ce 13 mars 1645.

{King'M Cabinet opened, p. St.)

AU MÊME

Mon cher cœur,

J*ay receu encore une de vos lettres par Garnîer, une autre par Gboquen et celle par l'ordinaire du Portugal. Vous pouvés vous asseurer que je ne perds point de temps pour vostre assistance. L'on est fort long en ce pals-cy, aussy bien qu'aux autres lieux. Je n'ay rien de nouveau à vous dire, n'y ayant que deux jours que j*ay escrit très-amplement par deux exprès, sinon que cette semaine le duc de Lorraine m'asseure toujours de ce qu'il m'a promis, et la France est tout ayse de cette affaire et toute preste à payer l'argent qu'il demande. Si le docteur Gofîe réussit dans ses deux voyages en Hollande, il ira tout droit vous trouver en Angleterre, pour vous porter la conclusion de tout. II ne fault pas publier l'affaire du mariage S à cause que les rebelles pourroient bien croire que cela ne se fait pas sans une grande assistance de la Hollande, et se tiendroient plus sur leurs gardes. J'espère que nous aurons bientost une petite flotte, et, quoyque l'affaire du prince d'Orange vînt à

* La reine avait enlaraé, par rentremise do docteur, une négociation avec le prince d'Orange pour le mariage de sa AUe avec le prince de Galles, sous la condition expresse que la dot de la jeune princesse serait payée immédiatement. Cette combinaison n'eut pas de suite.

LETTRES D*HERRIETTE-HARIE. 541

manquer, elle ne laisseroit pas d*estre preste pour aller tascher à surprendre les premiers navires parlementaires, qui s*en iront aux Dunes, devant que toute la flotte sorte; ce qui ne sera pas une petite affaire, si Dieu la bénit, et qu*il vous conserve. C'est le souhait de celle qui est entièrement à vous. Adieu, mon cher cœur.

Paris, ce 21 oian.

(Harl. ma. 7379, fol. 03.)

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