CXXXVIII
AU MEME
Mon cher cœur,
Pooley arriva hier; cette lettre est seulement pour vous dire que je suis bien ayse que vous soyés résolu à faire ce que vous me mandés, touchant les catholiques ; cela, j'espère, fera du bien. Vous pouvés croire que j'en useray fort bien. Pour ce qui est de l'agent irlandois qui est icy, c'est un coquin. Vous en ouyrés parler plus amplement par ce que je vous envoyeray exprès : soyés asseuré que je le cognois. J'envoye un exprès à Ormond sur cette affaire ; vous entendrés parler de ce coquin. L'homme est si pressé de partir, que je n'ay loisir que d'escrire ce mot et aussy que je ne me porte pas fort bien, mais je crois que c'est le printemps. II me tarde bien que je puisse escrire tout du long de la meschanceté de cette personne et de ses desseings; vous verres qu'il est fort inventif et fin.
Adieu, mon cher cœur.
Paris, ce 2 avril 1645.
{iéid., fol. 486.
542 LISTTRES D*UENRIETTË-MAR1E.
AU MÊME
Cette lettre est seulement pour vous asseurer que Dieu m'a voulu encore laisser en ce monde ^ pour vous rendre quelques services, et que» hormis un grand rhume que ma flebvre m'a laissé et mon vieux mal, je me porte assés bien. Les médecins me font espérer que le printemps me guérira parfaitement, ce que je souhaite plus tost pour vous revoir, devant que de mourir, que pour Tamour que j'ay pour le monde; car tout ce qui me tourmentoit dans i^a maladie estoit de mourir esloignée de vous ; autrement je ne m'en souciois pas beaucoup. J*espère que Dieu me donnera encore cette joye ; je l'attends avec beaucoup d'impatience. Je me remets à Jermyn à vous escrire beaucoup de choses, ne le pouvant encore faire moy-mesme. Adieu, mon cher cœur.
Paris, ce 17 mai 1645.
(Ibid., 7379, fol. 83.
AU DUC D'ORLÉANS Monsieur mon frère, l'obligation que je vous ay desji
« Daai !• mois d'avrU 1645, la reine avait été dangereusement malade, et on avait dû la saigner deux fois. Plein d'inquiétude, Charles I'' écrivait à lord Jermyn : « Parles-moi surtout de la santé de ma femme : quel que soit son état, j'ai besoin de le connaître, pour m*empécher de le croire pire qu'il n'est. Si elle est bien, chaque mot sera une joie pour moi. » Dès qu'elle put tenir une plume, la reine lui écrivit cette lettre»
LETTRES D*HENRlETTË-ltABIE. 543
dans la façon obligeante que vous m'avés tesmoignée par la lettre que vous avés escrite à mon cousin le prince d*Orange, touchant rafTaire des vaisseaux, et, depuis vostre retour, le désir que vous ni*avés fait paroistre de me vouloir assister, en ce que vous pourries, me fait continuer à m*adresser à vous et vous représenter Testât de mes affaires en Angleterre, lesquelles, comme vous savés desjà, sont en si mauvais estât que je n'attends qu'une mine entière, si ce n*est que la France nous assiste. Je sais bien que c'est une chose fort malaysée, ayant de très -grandes affaires sur ses bras ; mais la bonté de la royne madame ma sœur et de monsieur le cardinal, mon cousin, envers moy est si grande, que j'espère, par vostre moyen, obtenir quelque chose pour nos affaires. Je m'adresse à vous comme à une personne en qui j'ay, et, avec raison, entière confiance ; ce que je désire est que vous vouliés proposer à la royne et à monsieur le cardinal, à cette heure que la campagne est quasy achevée et que l'on va prendre les quartiers d'hiver, s'il ne soroit point possible de détacher quelques troupes pour passer en Angleterre. Si cela estoit faisable, je vous aurois des obligations qui ne se peuvent exprimer par paroles ; je remets à vous à juger le temps propre pour parler de cette affaire. Je vous prie de ne le point perdre, nous sommes bien près de nostre fin, et de me pardonner ces importunités» lesquelles ne sont aussy que pour me pouvoir rendre capable de vous faire voir, par quelques services, l'entière afiTection que je vous ay vouée, et ma recognoissance des obligations que je vous ay.
Ce 1" janvier 1646.
(Ârch. des aff. étr. )
544 LETTRES D*HEMRIETTE-MAItIE.
GXLI
AU CARDINAL MAZARIN
Mon cousin,
Je manque de paroles pour vous dire de quelle manière je suis sensible des excès de bonté que vous avés pour moy. Je suis si peu satisfaite de tout ce que je vous puis tesmoigner dans ce présent rencontre , que c*est avec peine que je vous en entretiens. Je vous prieray seulement de croire que je ne seray jamais capable de manquer aux obligations que je vous ay, ny aux ressentiments que je vous en dois, et que toutes mes actions vous feront paroistre plus tost que mes paroles combien véritablement je suis et veux estre, toute ma vie, mon cousin, vostre bien afTectionnée cousine.
SaintOennmin, c« 18 janvier 1646.
(Arch. dei êtt» étr,)
A LORD COLEPEPPER
Milord Colepepper, je despeche ce gentilhomme à mon fils, estant fort estonnée de n'entendre point de vos nouvelles, pour luy porter une copie d*une lettre, que j'ay receue du roy, par laquelle vous verres comme il croit nécessaire que mon fils vienne icy ^ Devant
* Pour soustraire aux dangers de la guerre civile le jeune prince de Galles, on avait cru devoir le séparer de son père et le faire passer aux lies Sorlingues. La reine« ne trouvant pas cet asile assez sûr, avait demandé au conseil de son flls de l'envoyer près d'elle en France ; mais, le conseil n'y montrant peu disposé, Henriette obtint du roi Tautorisation qu'elle désirait et qui motiva cette lettre impérative à lord Colepepper. Le jeune prince arriva en effet à Paris peu de temps après*
LETTRES D*UBNRIETTE-MARIE. 545
vostre départure, je vous avois desjà dit assés sur ce subject, pour ne rien dire à cette heure, mais cette lettre et aussy les nouvelles de Londres me font encore vous presser d'amener mon fils. Car si le roy est allé trouver les Escossois, ou bien allé en Irlande, comme le bruit est, car certainement il est party d*Ozford, ou qu*il ar«> rivast qu'il fust pris, sa vie n'est pas en seureté, si la personne de mon fils n'est hors de danger d'estre prise. Je crois que le conseil de mon fils n'ira pas contre cela, et de plus qu'ils obéyront aux ordres du roy, et promptement. Il n'est plus temps de remettre : il fault venir à l'exécution des commandements du roy. U y va, outre obéyssance, de la vie du roy, du bien de mon ÛU et du royaume ; c'est pourquoy il n'y a plus à disputei^ là-dessus. Je n'escris qu'à vous, mais c'est afin que vou» le monstriés au conseil de mon fils et c'est pour vous tous que j'escris. Je crois avoir assés dit pour entendre, à la première nouvelle, que mon fils est arrivé en France, et le commandement que le roy m'en fait est assés ample pour cela. Je finiray en vous asseurant que je suis
Vostre bien bonne amie.
Saint-Oermain, ce 17 may 1646.
(Clarendon State papen, vol. Il, p. 231.)
GXLIII AU CARDINAL MAZARIN Mon cousin.
Je ne fais point de doute que l'occasion ne s'offre à cette heure pour que je ne vous importune plus sur le subject de monsieur l'évesque d'Ângoulesme \ vu qu'un
* Jacquet dn Perron, grand aumônier de la reine et neveu du célèbre cardinal de ce nom.
546 LETTRES d'hGNRIETTE-MABIE.
des éveschés, dont vous avés Tautre jour donné asseurance à Jermyn pour luy, se trouve à cette heure vacant par la mort de Tévesque d'Evreux et de plus que c*est Tévesché de tous les autres, où, je crois, se doit rencontrer moins de difficultés, en ce que c*est un qui n'est que de peu de valeur plus que celuy de monsieur Tèvesque d*Angoulesme et dont il sera fort accommodé. Ces circonstances se rencontrant avec Tasseuranceque je vous donne de Tobligation sensible que ce me sera de voir une personne, qui m'a servie si longtemps avec des despenses si grandes et qui m'a rendu et à la religion catholique de si bons services, advantagée en ma considération, font que je ne doute de nulle manière que vous luy accordiés cet évesché d'Evreux et que je ne vous en prie avec plus de paroles. Âussy n'en dirois-je davantage que de vous asseurer que je suis véritablement, mon cousin, vostre bien affectionnée cousine.
Saint-Germain, ce 23 juillet 1646. .
(Arch. des aff. étr.)
Mon cher cœur,
Je n'ay point receu de vos lettres cette semaine, ce qui me met fort en peine, car nous entendons de Londres que les Escossois sont résolus de vous délivrer entre les mains du Parlement. J'espère toutefois que la venue de Montreuil les empeschera, quand ils verront que la France prend vos intérests, comme Montreuil a l'ordre de leur tesmoigner. Il est vray que Bellièvre mande qu'il les fault contenter dans ce qui touche les évesqucs» la^
LETTRES D'hENRIETTË-MARIË. 5i7
quelle chose, je sais, est tout à fait contre vostre cœur et, je vous jure, contre le mien aussy, si je voyois un seul moyen de les sauver et de ne vous pas perdre. Mais si vous estes perdu, ils le sont sans ressource, ou, si vous vous pouvés encore mettre à la teste d'une armée, nous les remettrons; et pour nioy, si je croyois que cela n*en estoit pas le moyen, je n'en parlerois jamais. Conservésvous la milice et ne l'abandonnés jamais, et par cela tout reviendra, et Dieu vous envovera les moyens de vous remettre, comme il commence desjà à y avoir quelques espérances ; car Mazarin m'ayant asseurée que la paix générale seroit faite devant Noël, et cela est<int, on vous assisteroit puissamment. Je despeche en Irlande, pour tascher d'y composer les nouveaux désordres qui y sont, et j'en ay très-bonne espérance. Milord Crawford est arrivé, qui m'a porté de fort grandes offres de la part de vostre party en Escosse : nous ferons tout ce qui sera nécessaire là-dessus. L'ambassadeur de Suède, qui est arrivé depuis peu, m'a fait de grands tesmoignagcs d'amitié de la part de sa maistresse. Il y a toutes les apparences du monde, que, si vous voulcs estre constant, comme vous avés esté et comme je crois que vous sercs dans la milice et vos amis, et ne point aller à Londres, sans pouvoir en sortir, nos affaires iront bien. Il faut tascher à avoir les Escossois pour nous, sans pourtant prendre le Covenant, ny rien faire qui soit déshonorable. Je sais les peines dans lesquelles vous estes et j*en ay une pitié qui me fait autant de mal qu'à vous; mais, puisque nous avons tant souffert, il se fault résoudre d*achever avec honneur. Prenés garde d'accorder les propositions qu'ils vous font, devant que vous pensiés l'avoir fait, et soyés bien résolu là-dedans, quoy que Ton vous puisse promettre. Nos espérances sont gran-
648 LETTRES D*HENRIETTE-MàBIE.
des; pourveu que vous soyés constant et résolu, nous serons maistres encore et nous nous reverrons avec plus de joye que jamais. Adieu, mon cher cœur.
g Ce octobre. ^
(Clarondon Siatê papert» vol. II, p. 271.)
AU UÊME
Mon cher cœur,
Depuis ma dernière lettre par l'ordinaire, j>y receu une des vostres, par laquelle vous mandés que W. Murray vous demande de nouveaux pouvoirs et vous persuade de prendre le Go venant. J*ay esté ravie de voir que vous estes si résolu à ne le pas faire. Car pour moy, je suis d'avis que vous estes ruiné, si vous le faites. C'est pourquoy je vous conjure de continuer ferme dans cette résolution. Etprenés garde aussy dans autres choses de vous laisser aller petit à petit, comme sont les espérances de ceux de Londres, et s'en tiennent asseurés que vous leur accorderés toutes leurs propositions insensiblement. J'appréhende, et avec raison, que leur desseing est de se servir de moy pour nostre ruine, et de me faire travailler auprès de vous autant que se peut : car ils sont bien asseurés que je n'iray plus loing que ce qui, je crois, ne vous peut pas faire de mal, comme j'ay fait, considérant le temps où nous sommes. Mais eux, sous ombre de cela, prétendent gaigner le reste de tout ce qu'ils désirent. C'est pourquoy soyés toujours sur vos gardes, et prenés une constante résolution de ne plus rien accorder du tout plus que ce que vous avés fait par W. Murray, quoyque Ton vous puisse
LBTTHBS d'hENRIETTE-MàRIE. 549
persuader, si ce n'est dans le gouvernement Presbytérial, dans lequel, je crois, vous devés contenter les Escossois, pourveu qu'ils se veulent joindre avec vous, ou pour une bonne paix, ou pour une guerre. J'avoue que je ne le voudrois pas donner pour rien, comme vous avés fait pour trois ans, et permettés-moy de vous dire que si je me pouvois dispenser d'une chose que je croirois contre ma conscience pour trois ans , et pour rien, je n'irois plus loing pour sauver mon royaume. Mais pour toutes autres choses, n'accordés plus rien : vous n'âvés desjà que trop accordé en la donation de toutes les places : vous déviés garder cela, pour en tirer quelque profit à la fin de tout, et vous le leur avés donné à cette heure pour rien, ainsy quis les évesques pour trois ans. J'entends que W. Murray désire que vous authorisiés leur grand Sceau, qui est une chose que vous ne devés jamais faire, car, en ce faisant, vous confessés et attirés sur vous les malheurs d'Angleterre. Et si, dans une conclusion du tout, il estoit trouvé à propos de le faire, il fauldroit que ce soit pour quelque chose de fort advantageux, que je ne vois point encore. Mais c'en est fait de l'un, il ne fault pas faire l'autre, et taschés à remédier à ce qui esl fait, qui est de ne plus rien accorder davantage. J'oserois dire que, quand vous avés fait ce message que vous avés fait, rien n'est plus désadvantageux pour vous, et que vous avés esté trompé. CTest pourquoy il fault avoir un grand seing. Yoicy le dernier coup de la partie et sans ressource, songés-y toujours, et je répète encore de ne plus rien accorder et tout souffrir plus tost que de donner la milice autrement que vous avés fait, ou d'abandonner vos amis, sous ombre de leur faire du bien, comme l'on vous pourra persuader, ny l'Irlande : je la considère comme une ressource ;
550 LKTTRES D*UKNRIETTB-MÀIUR.
de ne point prendre le Govenant, de ne point approuver leur grand Sceau, ny nullifler le vostre. Adieu, mon cher cœur.
Vous ne devés non plus imposer le Govenant aux autres, que le prendre Vous-mesme, car tous ceux qui le prendront jurent de punir tous ceux qui sont délinquants, et cela est tous ceux de vostre party, et moy la première.
^® «A novembre 1646.
rtiitt.. vol. H, p. 291.