JACQUES I** ET SON FOL
c était un symptôme de Tétat des esprits ; on prétendit que le roi d*£spagne, s^autorisant de quelques exemples précédents, n'hésiterait pas à se saisir du prince de Galles et à le garder en captivité à Madrid; c'est, disait-on, un principe reconnu parmi les princes, que celui d'entre eux qui met le pied sur la terre de l'autre, sans sa permission, devient son prisonnier ^ On ne s'occupait à la cour que de cette prétendue nouvelle, mais personne n'avait osé en parler au roi Jacques, à cause du chagrin qu'elle pouvait lui causer. Seul, son fol nommé Archee, qui était fort avant dans ses bonnes grkceSf se hasarda, un jour qu'il le vit en belle humeur, à l'interpeller directement : « Je suis venu, lui dit-il , pour changer de bonnet avec toi. — Et pourquoi cela? répondit le roi. — Parce que tu as envoyé ton fils en Espagne, d'où il ne reviendra peut-être jamais. — Que dirais-tu, répliqua Jacques I", si tu le voyais revenir? — Ah! dit Archee, si cela arrivait, je reprendrais le bonnet de fol que j'ai posé sur ta tète et je l'enverrais en Espagne, pour le mettre sur celle du roi, qui aurait laissé Toiseau s'envoler. » A ces mots, on assure que le roi resta tout interdit et que depuis il ne cessa de redouter un événement qu'il n'avait pas prévu •. Rien n'était cependant plus chimérique que ces craintes : ni Philippe IV, ni le comte d'Olivarès', n'avaient la moin-
* Perrinchief, Abrégé^ etc., p. 39.
' Perriocfaief, ihid,
' Oaspar de Gosmaii, comte d^Olirarés et duc de I^enna, miniitre de Phi-
are intention de faire de leur hôte un prisonnier. Charles avait su d'ailleurs, par sa bonne mine, son air chevaleresque et l'agrément de sa conversation, conquérir les bonnes grâces de l'Infante, tandis que, par l'habileté de sa conduite, il gagnait l'estime et la bonne volonté personnelles du roi. Les articles du contrat de mariage furent même signés de part et d'autre et scellés par le serment solennel des deux parties intéressées'. Tout semblait donc marcher pour le mieux, et le poète de la cour, Lope de Yega, rimait en Thonneur du prince étranger le quatrain suivant, que Charles se chargea de traduire en anglais et qui fut bientôt chanté sur toutes les guitares de Madrid :
Carlos Estuardo soy Que siendo amor mi guia, Al cielo de Espaâa voy Por ver EstreUa Maria *.
On paraissait certain d'obtenir la dispense du pape, nécessaire pour cette union entre deux religions différentes, et Charles lui avait écrit à ce sujet une lettre pleine de respect ^ Mais l'Espagne n'était
lippe IV ; il était né à Rome en 1587. Voulant relever la paissance espagnole, dont le déclin était visiblef il lutta sans succès contre la France, fdna prospère et plus forte chaque jour; il mourut exilé en 1643. C'était on homme de beaucoup d'esprit, mais trop léger pour réussir dans la tAche si ardue qu'il, avait entreprise.
* Perrinchief, p. 43.
' Je suis Charles Stuart,
Qui prenant Tamour pour guide Vais an ciel de TEspagne Pour y voir TÉtoile Marie.
(Misa Strickland, t. IV, p. 144.)