‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 131 sur 143 · CXI.VI . AU MftME · texte numérisé non relu

CXI.VI . AU MftME

Mon cher cœur,

J'ay receu vostre lettre datée du 14 nov, avec vostre responce aux propositions de Londres, qui m*ont fort surprise de voir que vous avés accordé la milice pour dix ans entre les mains du Parlement et non pas selon que vous nous aviés escrit si souvent, qui estoit de leur permettre la nomination des personnes ; ainsy le pouvoir eust demeuré toujours entre vos mains et à cette heure ils Tout tout entier, Et par cela aussy vous leur avés confirmé le Parlement pour dix ans, qui est autant à dire que nous ne verrons jamais une fin à nos malheurs; car, tant que le Parlement durera, vous n'estes point roy, et pour moy je ne remettray pas le pied en Angleterre. Avec le biais que vous avés accordé la milice, vous vous estes coupé la gorge, car, leur ayant donné ce pouvoir, vous ne leur pouvés plus rien refuser, pas mesme ma vie, s'ils vous la demandent, mais je ne me mettray pas entre leurs mains. J'oserois dire que, si

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VOUS aviés suivy nos adyis, vos affaires seroient dans un autre estai qu'elles ne sont. J*espëre que vos offres ne les satisferont pas à Londres, et, si nous sommes si heureux que cela soit, je vous conjure pour la dernière fois de ne plus rien accorder du tout. Si vous tenés bon, je vois une apparence de retour à nos affaires, mais absolument il ne fault plus accorder ce que vous avés fait, puisqu'il n'y a plus moyen de le rappeler, et s'il est encore possible de rappeler la milice hors des mains du Parlement, et que ces propositions ne soient pas encore parties, ne le pas faire ; mais si elles le sont et soient refusées, de ne plus bazarder de les leur donner de cette façon, quelque condition que vous puissiés jamais avoir pour cela. Je vous ay escrit tant de fois là-dessus de ne plus rien accorder, et insensiblement vous vous engagés à le faire. Croyés-vous que, lorsque je vois que vous estes si résolu dans l'affaire des évesques et si peu dans ce qui vous concerne et vostre postérité, je n'aye pas de grands désespoirs, après vous avoir si souvent adverty, comme je l'ay fait, et que cela ne produise rien? Voicy pour la dernière fois que je vous diray encore que, si vous accordés davantage, vous estes perdu et je ne relourneray jamais en Angleterre, mais j'iray prier Dieu pour vous. Vous demandés mon opinion pour l'affaire d'Irlande, je vous en ay escrit desjà plusieurs fois : il ne fault point abandonner l'Irlande, si premièrement vous ne voyés une paix et advantageuse et asseurée, mais dire la responce que nous vous avons mandée. Je m'estonne que les Irlandois ne se donnent à quelque roy estranger; vous les y forcerés à la fin, se voyant offerts en sacrifice. Je me remets à lord Jermyn et à lord Golepepper à vous dire davantage et aussy à M. de Bellièvre, qui recevra des ordres de France très-advantageuses pour

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VOUS. Et si VOUS voulés estre aussy résolu dans TafTaire de la milice, que vous estes pour les évesques, j*espère que tout ira bien encore. Pour le Covenant, je ne vous puis donner conseil de Timposer à personne. Je crois qu'il y a autant de mal à le faire prendre aux autres qu*i soy-mesme, et je crois que vous ne le pouvés prendre, sans vous perdre. Soyés donc constant là-dedans, comme aussy de ne vous fier à nulle promesse que Ton vous puisse faire pour la seureté de vos amis, que par un acte d'oblivion. Je finis, ayant pris médecine, priant Dieu de vous assister. Adieu, mon cher cœur.

Paris, ce décembre 1646.

/6ÛI., vol. Il, p. 300. )

AU CARDINAL MAZARIN

Mon cousin.

Ce porteur s*en allant vous trouver pour les affaires dlrlande, j*ay bien voulu l'accompagner de cette lettre, pour vous prier de vous ressouvenir de ce que je vous ay desjà parlé sur ce subject. Il vous entretiendra de la proposition d'accommoder les Ëscossois et les Irlandois ensemble; vous la trouvères assés importante pour le bien du royaume dlrlande et les affaires du roy, mon seigneur, pour que vous y vouliés contribuer. Ce qu'il désirera de vous, de cecy comme d'autre chose qu'il vous plaira faire pour ce païs-là, je vous en auray une obligation très-grande, vous priant d'excuser toutes ces importunités que je vous donne. En cela et en beaucoup

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d'autres choses, je vous asseureray que je suis, mon cousin,

Vostre bien affectionnée cousine.

SÛBt-Oermain^ Mil may 1647.

(Ârch. des aff. étr.)

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