AU MARQUIS DE MONTROSK
Mon cousin,
J'ai reçu votre lettre par Pooley et Tassurance que vous m'y donnez que vous étendez au roy, mon fils, l'affection que vous avez toujours montrée pour le service du feu roy, mon époux, dont le meurtre, commis sur sa personne, doit exciter dans tous ses serviteurs une inclination passionnée à venger par tous les moyens une mort si abominablement exécutée. Gomme je suis persuadée que vous serez bien aise de trouver une occasion de le faire *, et que vous n'omettrez rien de votre côté pour cela, je vous prie de vous joindre à tous vos compatriotes, qui gardent une juste indignation contre ce meurtre, et d'oublier tous les anciens différends. Je ne puis vous donner un meilleur conseil que celui-là, et
< Traduit de Tanglais.
* On dit que le marquis de Montrose, en apprenant la mort du roi, tomba en syncope et resta comme mort sur la place. Il ne sortit enfin de cette crise que pour jurer qu'il vengenût le père et rétablirait le fils ou qu'il mourrait pour eux. On sait qu'il a tenu son serment.
556 LBTTRES d'HENBIETTE-MàRIB.
croyez moi, mon cousin, comme je suis véritablement et demeurerai toujours
Votre très-bonne et affectionnée cousine et amie.
Paris, ce 10 mars 1649.
( Montrose and his times, vol. XI, p. 372. )
AU MARQUIS DE NEWCA8TLE
Mon cousin,
J*entends par milord Jennyn que, nonobstant toutes les extrémités auxquelles vous estes réduit, vous ne songerés pas à faire aucun accommodement pour vous sauver de ces grandes misères, sans Tapprobation du roy mon fils et la mienne. Je suis suffisamment asseurée de vostre affection et fidélité pour vous dire que je pense que le roy ne peut pas estre mescontent que vous fassiés ce que le feu roy son père a permis à ceux qui le servoient, quand il n*estoit pas en situation de les assister, ne doutant pas que, quand vous en aurés Toccasion, vous montrerés que c'estoit seulement la force qui vous a obligé de faire ce que vous avés fait. Je ne puis m'empescher de vous plaindre, sachant bien' vostre répugnance de traiter avec ces abominables scélérats. J'escriray au roy là-dessus et croy.és que, partout où vous serés, Tasseurance que j'ay de vous ne m*empescherapas dé vous montrer en toute occasion que je suis véritablement, mon cousin,
Vostre très-bonne et affectionnée cousine et amie.
Paris, ce 16 avril 1649.
(Harl. ms. 7003, fol. 15.)
AD DUC DE HAMILTON* Mon cousin,
Voulant chaque jour pendant longtemps vous despecher Rainsford, je ne Tay pas fait jusques à présent, quoyque mon sentiment de la perte de mon feu cousin le duc de Hamilton, m'y eust engagée depuis longtemps, pour exprimer le chagrin que j*ay eu de sa mort et quoyque mon inexprimable perte m'ayt rendue incapable de ressentir aucune autre chose qui puisse m*arriver en ce monde, néantmoins cela ne m'a pas rendue insensible i la perte de vostre frère, tant pour son propre compte que pour le vostre. Pour des consolations, il ne m'est pas aysé de vous en offrir, estant incapable d'en prendre pour moy-mesme. Il fault nous tourner vers Dieu et les recevoir de luy, car ce monde ne peut nous en donnée ; cependant, si de prendre une part dans vostre affliction peut en quelque façon diminuer un peu vostre douleur, je suis asseurée que vous y trouvères un soulagement, et je désire que vous croyiés que personne ne vous souhaite plus de bonheur que moy, qui tascheray en toute occasion de vous le faire paroistre et que je suis avec toute sincérité, mon cousin,
Vostre bien bonne et bien affectionnée cousine.
Paris, ce 22 avril 1649.
( Buroet's Duke» of HamiUon^ p. 414. )
• James, duc de Hamilton, ayant été décapité pour son attachement à la cause de Charles !•',- son flrère William, comte de Lanark, lui avait succédé, et c'est à lui que cette lettre est adressée. Il mourut lui-même de ses blessures après la bataille de Worcester. où il avait combattu U côté de Charles II.
558 LKTTRBS D'hENBIETTË-MARIË.