‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 134 sur 143 · AU DUC DE LORRAINE · texte numérisé non relu

AU DUC DE LORRAINE

Mon cousin,

Milord Taaffe, une personne de qualité et de grand mérite, ayant esté despeché d'Irlande vers le roy mon fils par le marquis d'Ormond et par tous les catholiques de ce royaume et estant arrivé icy après le partement de mon fils pour TEscosse, j'ay cru qu'il valoit mieux le retenir quelque temps, jusques à ce que j'eusse appris de quelle manière ceux de sa religion seroient receus dans ce païs. J'ay envoyé une partie de ses despeches par une autre personne, ce qu'il a trouvé mieux de faire, et il n'ira pas luy-mesme , jusques à ce que nous ayons des nouvelles. Entre autres choses, il m'a communiqué une négociation' qui vous concerne et pour laquelle il a maintenant recours à vous. Un grand advantage peut en ressortir pour les affaires du roy mon fils, et il me semble, d'après ce que j'ay compris à ce subject, que vous y trouveriés la satisfaction, qui vous avoîtesté promise par ceux qui vous avoient parlé là-dessus de nostre costé. Je m*en rapporte à milord Taaffe pour vous en faire cognoistre les particuliers, et je me contenteray de vous recommander cette affaire et luy-mesme, qui mérite toutes les civilités que vous luy pouvés faire. Vous pouvés vous fier entièrement à luy et aux asseu-

^ Il s'ftfcissait d'obtenir de Charles, duc de lorraine, de quitter le service de TEspagne pour embrasser avec son armée la cause royale en Angleterre. Cette négociation, déjà entamée avant la mort de Charles I"; b^amena aucun résultats

LETTRES D UENRIETTE-MARIË. 559

rances que je Tay instamment prié de vous donner, mon cousin, que je suis

Vostre bien affectionnée cousine.

Paris, ce 4 octobre 1650.

(Clarendon Papers. )

AU CARDINAL MAZARIN

Mon cousin,

J'ay veu par la lettre que j'ay receue de vous, en responce de la mienne, la continuation de vostre affection en tout ce qui me touche. Si je pouvois vous dire plus que je n'ay desjà fait, pour vous en faire voir mes ressentiments, je le ferois ; j'espère que vous croyés assés en ce que j'ay desjà dit, pour ne le redire. Je me contenteray de vous donner compte à cette heure du partement de mon fils le duc d'York, lequel, comme je vous avois mandé, je croyois envoyer en Hollande, pour n*estre point à charge icy, mais, ayant eu la nouvelle de la desfaite des Escossois, je ne crois pas la Hollande un lieu propre pour aller, dont Montagne vous en a fait entendre les raisons. Je luy ay persuadé, puisque la royne .avoit cette bonté pour luy de luy permettre d^aller servir dans Tarmée , d'y aller ; il fault confesser mon peu de pouvoir avec luy ; il a voulu aller en Flan-» dre et sans me vouloir dire son desscing, disant qu'il estoit engagé de serment à ne le pas faire, mais il m*a promis de ne point prendre d'emplôy contre la France. Je devrois estre honteuse d'avouer cette affaire entre le duc d'York et moy, tnais avec vous je veux user de la franchise, dans toutes mes affaires

propres, dont je vous ay toujours fait profession, et vous proteste que c'est fort contre mon gré qu'il est allé en Flandre. Je vous prie d'en asseurer la royne de ma part et de me croire, ]comme je suis, véritablement, mon cousin,

Yostre bien affectionnée cousine.

Paris, ce 8 octobre 1660.

(Arch. des aff. étr.)

AU MÊME

Mon cousin ,

Les affaires du roy mon fils, dont ce porteur vous fera part, l'obligent à partir d'icy le plus promptement que se peut, à quoy il est fort résolu. Il n'attend que les moyens, en quoy je vous prie de contribuer, comme vous avés toujours fait à tout ce qui nous touche. Ce porteur vous dira comme les affaires d'Angleterre et d*Escosse nous donnent lieu d'espérer quelque grand advantage par la présence du roy mon fils en Escosse, à quoy il se portera suivant l'occasion qui se présentera, avec beaucoup de résolution, et impatiente fort son partement d'icy, qui ne dépend que des moyens que ce porteur vous proposera, qui n'a pas besoin d'autre croyance. Je fais si grand fond sur vostre amitié que je ne puis qu'espérer une despeche bien prompte en cette occasion , si importante pour nous. Je ne diray davantage, sinon que je suis, mon cousin,

Vostre bien affectionnée cousine.

( Arch. des aff. étr. )

LETTRES d'hENRIETTB-MARIE. 561

Page 1