‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 15 sur 143 · LE PRINCE DE GALLES A MADRID · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE GALLES A MADRID

pas de bonne foi : décidée à ne pas se dépouiller du Palaiinat, elle se bornait à laisser aux Anglais Tespoir vague, que peut-être, le mariage accompli, rinfante ferait de cette province un don de joyeux avènement. De là des scènes orageuses entre Buckingham et Olivarës, qui ne faisaient qu'aigrir les esprits, sans résoudre le problème. Jacques P' n avaitil pas juré qu'il ne consentirait jamais à marier son fils avec une dot formée des larmes de sa fille, dépouillée de ses États *? « De son côté, engagé dans cette recherche matrimoniale par crainte seulement cl non par inclination, le cabinet espagnol y trouvoit son intérêt dans la feinte et non dans Teffet, puisqu'il est vrai que, concluant cette alliance, il lui eût fallu restituer le Palatinat; au lieu que, le faisant seulement espérer, il désarmoit nécessairement les Anglois, qui attendoient toujours Tissue de ce traité, et couloit ainsi le temps, jusqu'à ce que toutes les filles de France fussent mariées'. »

Les manœuvres de la cour de Madrid étaient donc dirigées à la fois contre la France et contre l'Angleterre, dont elle voulait avant tout empêcher l'alliance, sans qu'il lui en coûtât rien. Le prince de Galles, dont les yeux s'étaient ouverts et que Buckingham, désormais l'ennemi juré d'Olivarès, ne cessait d'exhorter à quitter la place, ne pensait plus qu'à employer la ruse, pour se ménager une retraite hono-

' Perrînchi«f.

' HUtress Preire Owen, Htnrieita-Maria of Franee.

* Aabery, Histoire du eardinal de RiehelieH.

rable et sûre. Aussi, bien qu'il eût écrit à son père de lui envoyer des vaisseaux pour le ramener en Angleterre, ne laissait-il pas de poursuivre ses assiduités près de llnfante, « en faisant le passionné plus quà Tordinaire^ », autant du moins que le lui permettait la rigoureuse étiquette espagnole. (( Alors, nous raconte M*"^ de Motteville qui apprit dans la suite ces détails par Henriette-Marie , ayant trouvé la reine d'Espagne* à son gré, il avoit quelquefois cherché l'occasion de lui parler sans truchement, car, quoique Françoise, elle n'osoit lui parler françois, et, lui ayant dit quelques mots en cette langue, elle lui répondit tout bas : « Je n'oserois vous parler en ce langage sans permission, mais je la demanderai. » L'ayant obtenue, elle lui avoit seulement parlé une fois, où elle lui dit qu'elle auroit

souhaité qu'il eût épousé sa sœur Depuis cette

conversation et quelques marques qu'il donna peutêtre d'aimer à la voir à la comédie, on lui fit dire doucement de ne plus parler à elle ; que c'étoit la mode en Espagne d'empoisonner les galants des reines. Depuis ce charitable avis, il ne lui parla plus et ne la put voir à découvert, car elle n'alla plus à la comédie que dans une loge toute fermée '. »

On le voit, la position n'était pas tenable; il n'y avait plus pour Charles qu'un parti à prendre : quitter Madrid au plus vite, sans rompre officiellement

* Perrinchief.

* Elisabeth de France, fille de Henri IV.

* M» de Motteville, Mém,, t. II, p. 88. Ëdit. de 1822.

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