INSUCCÈS DU PRINCE DE GALLES
les négociations, au moins jusqu'à nouvel ordre ; une rupture ouverte avant son départ pouvant amener de sérieux embarras. Il prit donc congé du roi, en laissant, entre les mains du comte de Bristol, une procuration en règle à don Carlos, frère du roi, pour épouser Tlnfante en son nom, dès que la dispense du pape serait arrivée. Le prince partit ensuite avec toute la rapidité possible pour Santander, où Tattendaient les vaisseaux envoyés par le roi Jacques, et, dès qu'il se vit en sûreté sur le pont de son navire, il se hâta d'expédier un courrier à l'ambassadeur anglais, pour lui défendre de livrer la procuration, sans un ordre de sa part. Il fit voile aussitôt vers l'Angleterre; Tout cela n'était peut-être pas bien noble, ni digne d'un aussi grand prince, mais il sentait qu'il s'était fourvoyé dans une impasse, et il fallait s'en tirer à tout prix. L'infante Marie, cette nouvelle Ariane, en apprenant son malheur, protesta qu'elle voulait entrer en religion, ce qui ne l'empêcha point, peu de temps après, de devenir impératrice d'Allemagne *.
A peine débarqué à Portsmouth le 5 octobre 1623, Charles se rendit auprès du roi, qui se trouvait alors à Royston. L'amoureux éconduit y fut reçu avec de grandes démonstrations d'allégresse , et tout le royaume célébra cet heureux retour par le son des cloches, par des feux d'artifice et des réjouissances publiques ^ Le roi, informé de tous les détails de l'expédition, approuva ce qui avait été fait et la
! * EUa épousa, en effet, Temperenr Ferdinand II, alors roi de Hongrie. * Perrinchief.
28 UENRIETTE-HARIE DE FRANGE.
rupture avec TEspagne fut consommée. Les deux chambres du Parlement se réunirent, et, stimulées par réloquence chaleureuse de Buckingham, elles se montrèrent plus irritées encore que le roi de la déconvenue de son fils et de la duplicité de l'Espagne, en demandant à grands cris qu'on lui déclarât la guerre ; elles offrirent en même temps à Jacques P' tous les subsides dont il pourrait avoir besoin pour la soutenir et pour recouvrer le Palatinat. Le prince de Galles était aussi entraîné dans cette voie belliqueuse par Buckingham, qui lui répétait sans cesse qu'il ferait de lui le prince le plus puissant de la chrétienté*, et, à force d'importunités, il obtint du roi qu'il consentit à cette guerre, si opposée à son caractère éminemment pacifique. On comprit alors en Angleterre que, dans cette lutte contre la puissance espagnole, il fallait se créer de nouvelles forces et que l'alliance française était le meilleur contre-poids qu'on pût lui opposer*. Le mariage projeté avec une Infante semblait d'ailleurs avoir accoutumé le peuple anglais à l'idée d'une reine catholique, et l'union avec une fille de Henri FV, ce héros qui avait été protestant, blessait moins le sentiment national que si on avait vu monter sur le trône la petite-fille de Philippe II. Les puritains n'en étaient pas encore venus à cette exagération d'intolérance, que développèrent plus tard les dissensions religieuses du règne de Char-
< Harris, lÀfe ofCkarlet /.
■ Perrinchief.