UN AIMABLE AMBASSADEUR
les I" ; de son côté, Buckingham trouvait dans ce mariage une arme sûre, pour se venger personnellement du comte d'Olivarès et de Philippe IV. Le roi Jacques, qui considérait toute autre alliance que celle de France ou d'Espagne comme indigne du prince de Galles, avait également conservé un bon souvenir de l'ambassade du maréchal de Cadenet et des efforts tentés par le comte de Tilliëres, pour le soustraire à rinfluence de Madrid ; aussi , avant même de rompre définitivement avec Philippe IV, avait-il envoyé à Paris Henry Rich, lord Kensington, qui devint plus tard comte de Holland, avec une mission de confiance. Il s*agissait de s'assurer adroitement si le prince Charles avait encore des chances réelles pour obtenir la main d'Henriette-Marie. Kensington, créature de Buckingham, jeune et beau, souple, insinuant et avide de tous les succès, devait agir dans le sens de ce mariage sur Tesprit de Marie de Médicis, dont le pouvoir était sans bornes depuis la mort prématurée de son ennemi le connétable de Luynes. A peine arrivé, le brillant ambassadeur avait mis à exécuter ses instructions tout le zèle dont il était capable, et bientôt le but de ses démarches ne fut plus un secret pour personne à Paris. Il ne manqua pas en même temps de s'éprendre de la belle duchesse de Ghevreuse, fort influente à la cour; il sut lui plaire, et la mettre aussitôt dans les intérêts de l'Angleterre ^ L'ambassadeur d'Espagne, le marquis
* Victor Coasin, Madame de Chet^reuae, p. 15.
de Mirabel , poussa les hauts cris contre une pareille entreprise : « La bigamie est-elle donc permise en France, demandait-il, puisque le prince Charles est déjà presque marié avec notre Infante * ?» La reine mère, promptement gagnée à cette alliance pour sa fille , se bornait à dire : « Que la demande se fasse en règle ; c'est à Thomme dé faire la cour et à la femme de l'agréer*. »
Bientôt ce fut parmi les dames un empressement sans pareil, pour accabler l'aimable ambassadeur de questions sur la figure, le mérite et les agréments du jeune prince; il ne savait plus à laquelle entendre : inutile d'ajouter que la jeune Henriette- Marie, la plus intéressée dans raffaire, mettait tout en œuvre, pour se renseigner sur celui qui briguait l'honneur de devenir son époux. Kensington, charmé de la tournure que prenaient les choses, écrivit alors au prince de Galles une lettre tout imprégnée du parfum des romans à la mode; on croit lire une page de YAstrée : <c Je portais au cou suspendue par un ruban une boite d'or, qui renferme la miniature de Votre Altesse ; à peine entré aux audiences du Louvre, les dames m'entouraient pour me supplier de leur laisser voir le portrait du futur époux de leur jeune princesse. Ce portrait avait donc été vu de toutes, excepté de celle qu'il devait toucher plus particulièrement, mais les lois de l'étiquette ne permettaient pas à madame Henriette de paraître s'oo-
• Misa Strickland, t. IV, page 145,
* Miss Strickland, ibid.