LE ROMAN AVANT LE MARUGE. M
cuper d'un prince, qui n'avait pas encore officiellement demandé sa main. Elle se plaidait que la reine et les autres dames eussent le droit d'aller trouver Tambassadetu*, d'ouvrir le médaillon et de contempler le portrait aussi longtemps que bon leur semblait, tandis qu'elle-même, qui devait y trouver l'inlérêt le plus vif, ne pouvait qu'à grand'peine y jeter un regard à la dérobée. Elle se souvint alors que la dame, chez laquelle je demeurais, avait été à son service, et la pria d'emprunter le portrait, afin qu'elle pût le considérer avec autant d'attention et aussi longtemps qu'elle le voudrait. Cela fut fait, et, dès que cette dame le lui eut apporté, la princesse se retira dans sa chambre, en lui disant de l'y accompagner, et resta seule avec elle. Elle ouvrit alors le médaillon avec un empressement qui dénonçait sa passion, tout en rougissant de sa faute, et, après l'avoir gardé une heure dans sa main, elle le rendit, en faisant mille éloges de votre personne. Ceci, monseigneur, exige un secret absolu, et je sais que vous n'en donnerez connaissance qu'au roi votre père, au duc de Buckingham et au comte de Carlisle. Ce secret touche en effet à mon honneur, et j'aimerais mieux mourir mille fois que de le voir divulguer, puisqu'une telle preuve de confiance m'a été donnée par une jeune princesse, qui est un ange de beauté et de boutée »
Dans une autre de ses lettres, toujours adressées
* Curreapomdance of lord Ketuington {afieneardê Earl of MolUmd) wiih Charleê I. Impr. dans le recueil vagi. The Cabala (february 1623-1624).
au prince de Galles, Fambassadeur insistait aussi sur les charmes et les agréments de la jeune Henriette : (< C'est, lui disait-il, une dame qui par sa beauté et sa douceur est digne de votre affection, autant que femme qui soit sous le ciel ; c'est en vérité la plus charmante créature de France et le plus joli objet de la nature ^ Sa taille est un peu petite, à cause de son âge, mais sa sagesse le devance infiniment. Je l'ai entendue Tautre jour s'entretenir avec sa mère et les dames de leur suite : elle montrait une vivacité et une discrétion extraordinaires; elle danse et, j'en suis témoin, avec autant de grâce qu'aucune femme que j'aie vue ; on dit que, lorsqu'elle chante, sa voix est d'une douceur extrême, et j'en suis persuadé. » Quelques jours après, il put en juger en toute connaissance de cause et il ajoutait « On m'avait dit, et j'ai reconnu que c'était la vérité même, que ni son maître de chant, ni personne, homme ou femme en France ou en Europe, ne chante aussi admirablement qu'elle ; sa voix dépasse toute imagination ; je ne saurais vous en dire davantage*. »
* Voici, en effet, le portrait séduisant qae nous fait, de cette princesse, on de ses historiens : « Elle n*avoit pas encore seize ans , sa taille étoit médiocre, mais bien proportionnée. Elle avoit le teint parfaitement beau, le visage long ; les yeux grands, noirs, doux. Tifs et brillants ; les cheveux noirs, les dents belles, la bouche, le nex et le front grands, mais bien faits, Tair fort spirituel, une extfiéme délicatesse dans les traits, et dans toute sa personne quelque chose de noble et de grand. C*ostoit, de toutes les princesses ses sœurs, celle qui ressembloit le plus à Henri IV, son père. Elle avoit comme luy le cœur élevé, magnanime, intrépide, remply de tendresse et de charité, Tesprit doux et agréable , entrant dans les douleurs d*autruy et compatissant aux peines de tout le monde. » Cotolendi. p. 10.
* Lord Kensington, ewrtxp, déjà citée.