JALOUSIE DU COMTE DE SOISSONS
Tandis que Kensington, en exaltant les louanges de la jeune princesse, cherchait à enflammer de plus en plus le cœur si tendrement romanesque de Charles, il ne se lassait pas de vanter à la cour de France la richesse et la beauté du pays dont Henriette-Marie deviendrait la souveraine, ainsi que la réception à la fois magnifique et enthousiaste qu'on luipréparait. Il peignait aussi à Henriette elle-même, sous les couleurs les plus flatteuses, le mérite, la grâce et les talents de son jeune maître ; il fallait qu'ils fussent épris l'un de l'autre avant la première entrevue. Le succès fut complet des deux côtés, et l'heureux ambassadeur n'eut qu'à s'applaudir des résultats obtenus. Chacun le comblait de prévenances et d'attentions; seul le comte de Soissons l'accueillit de la manière la plus désobligeante, lorsqu'il vint lui faire sa révérence, comme à l'un des princes du sang; il lui rendit dédaigneusement son salut, en détournant la tête. Le comte de Gramont, confident des chagrins du jeune prince, lui conseilla pourtant de ne pas laisser voir aussi ouvertement son déplaisir : «Celte négociation pour le mariage d'Henriette, répondit le comte de Soissons, me touche tellement au cœur que, s'il ne s'agissait pas d'un aussi grand roi, je couperais la gorge à son ambassadeur. Qu'un prince de Savoie, de Mantoue ou d'Allemagne, fût venu en personne demander sa main, j'aurais joué ma vie contre la sienne*. » On voit que le bonheur
' Z,»7> ùf HenrieUa-Maria^ 1671, p. 8. — KensingtoD, Corresp. fév. 1621.
3i HENRIETTE-MARIE DE FRANCE.
futur de Charles Stuart ne laissait pas que de faire des jaloux.
Dès que, par les soins de lord Kensington, il fut bien établi que le mariage était agréable aux deux familles royales, Jacques P' se hâta d'envoyer à Paris un ambassadeur extraordinaire dans Timpertinente personne de Tun de ses favoris, Hay* comte de Carlisle, courtisan qui s'était fait surtout remarquer par son adresse à accrocher sur son habit pour quarante mille livres sterling de pierreries. Carlisle n'étant qu'une simple marionnette politique, la partie -sérieuse des affaires resta entre les mains de Kensington, qui avait reçu de son côté des pouvoirs officiels pour les suivre ^
Quand la nouvelle en arriva à Madrid, le comte d'Olivarès jeta feu et flammes : « Si le pape accorde la dispense, s'écria-t-il, nous enverrons une armée à Rome, et nous mettrons à Jeu et à sang le patrimoine du Saint-Siège*. » La France et TAngletern» ne parurent se soucier que médiocrement de ces menaces, et Ton continua avec un sang-froid parfait ù discuter les articles du contrat de mariage. Dans cette nouvelle phase, le côté sentimental n'avait pas été plus négligé qu'auparavant. Carlisle avait apporté deux lettres pour Henriette-Marie : Tune du roi Jacques P% l'autre du prince de Galles, accompagnée de son portrait. Lorsqu'à la première audience des deux ambassadeurs, ils les présentèrent à la jeune priu-
* Miss Stricidand.
■ Iiord Kensington to the Duke of Buckinghaïu. dans la Corregp. déjii citée.