ÉCHANGE DES PORTRAITS
cesse avec le cérémonial accoutumé, elle dut demander à sa mère la permission de les accepter, ce qui lui fut aussitôt accordé. Henriette se saisit alors du portrait et des lettres, et, s'il faut en croire les ambassadeurs, elle avait des larmes dans les yeux en lisant celle de Charles. Après l'avoir relue deux fois, elle la mit dans son sein, tandis qu'elle se contentait de renfermer dans son cabinet* la lettre du roi. Cela fit dire à ce dernier, lorsque ces faits lui furent rapportés : « La jeune princesse, en agissant ainsi, veut faire bien comprendre qu'elle aura confiance en moi et qu'elle aime mon Sis. Je devrais lui en vouloir pour n'avoir pas lu ma lettre sans le consentement de sa mère, mais je lui pardonne, puisqu'elle a si bien logé celle de mon fils*. >*
En retour de cette galanterie, on envoya une délicieuse miniature de la princesse à Charles, qui éprouva un véritable transport de joie, en contemplant ces charmes encore en germe, mais qui, à leur entier épanouissement , devaient faire d'Henriette- Marie la plus jolie reine connue dans l'histoire '. Le seul défaut qu'on pût reprocher à sa personne, à l'âge de quinze ans, c'était, comme nous l'avons dit, l'exiguïté de sa taille; mais les ambassadeurs faisaient remarquer au roi et à son fils que la princesse Christine était aussi petite qu'elle à son âge,
* Meuble fermant à clé. dont rnsofre a été remplacé plus tard par celui du secrétaire.
« Life of JSfenrietta-Maria, 1671.
' Miss Strickland.
et que depuis elle était devenue une très-grande et belle dame V Un jour, Kensington faisait tous ses eiforts pour obtenii* de la reine mère qu'elle lui accordât une entrevue particulière avec Madame Henriette, alléguant qu'il avait reçu un message du prince de Galles destiné à lui être transmis directement. Marie de Médicis , qui prenait plaisir à prolonger son entretien avec le spirituel ambassadeur, affectait d'hésiter à lui octroyer sa demande. « Il fallait absolument, écrit lord Kensington, qu'elle sût ce que j'avais à communiquer à sa fille. — Eh quoi! Madame, lui dis-je en souriant. Votre Majesté voudrait donc m'imposer une loi plus dure que celle que l'Espagne a fait subir à Son Altesse le prince de Galles à Madrid? — Le cas est bien différent, répliqua la reine-mère , car le prince y était en personne, et vous, vous n'êtes ici que son envoyé. — Oui, mais un envoyé qui représente sa personne. — Avec tout cela, reprit la reine, que pouvez-vous avoir à dire à ma fille? — Rien, assurément, répondis-je à mon tour, qui puisse choquer les oreilles d'une si vertueuse princesse. — Mais qu'est-ce enfin? s'écria-t-elle. — Eh bien! Madame, s'il est indispensable que vous le sachiez, en voici le sens : Votre Majesté ayant autorisé de ma part une plus grande liberté de langage que je n'en avais eu jusqu'à présent, j'obéirai aux ordres de mon prince, en offrant ses hommages à votre aimable et royale fille,. non pas
* Kensington, Corresp.