LA COUR PAR AMBASSADEUR
SOUS la forme d*uii simple compliment, mais tels qu'ils lui sont inspirés par Famour et la passion que ses beautés extérieures et intérieures ont allumés dans son cœur. Il est résolu à employer tous ses efforts pour conduire à bien une alliance, dont il considère la réussite conmie le plus grand bonheur, qui puisse lui arriver en ce monde. Telle doit être, avec quelques paroles plus tendres encore, la communication que je dois faire à Son Altesse Madame. — Allez, aUez, s'écria la reine en riant, il n'y a pas grand danger à cela \je me fie à vous *. » Je n'ai point abusé de cette confiance, poursuit Tambassadeur, car, dans mon entretien avec Madame Henriette, je n'ai guère employé que les mêmes termes, en les amplifiant un peu , il faut Tavouer. La princesse but mes paroles avec une joie extrême et les accueillit par le salut le plus aimable, disant qu'elle avait une obligation infinie à mon prince , et qu'elle se regarderait comme fort heureuse de trouver une occasion, qui lui permit de mériter une place dans son affection et dans ses bonnes grâces *. » Le flatteur avait d'avance protesté au prince Charles que sa réputation d'être le prince le plus accompli d'Europe , dans sa personne et dans SCS manières, avait fait germer dans le cœur de la gracieuse Madame un attachement sans bornes pour lui *. N'oublions pas que le Louvre confinait à l'hôtel de Rambouillet et qu'on y respirait le même air.
* Les mots en italique sont en français dans la lettre de rambassadeor.
* Kensington, Corretp, id.
» Ilrid.
Si Ton voguait ainsi à pleine voile sur le fleitve du Tendre, sans crainte dV rencontrer des écueils, il n'en était pas de même, quand il s'agissait des articles du contrat de mariage, où il fallait toujours louvoyer, avec des peines infinies, au travers d'un dédale de récifs apparents ou cachés. Richelieu avait été nommé secrétaire d'Etat le 28 avril 1624, et peu après, par suite de la disgrâce du marquis de la Vieuville, il devenait premier ministre; les affaires reçurent alors une direction énergique, inconnue on France depuis la mort du grand Henri. Le cardinal, après avoir exposé au roi Louis XIII, avec celte hauteur de vues qui le caractérisait, les intérêts respectifs de l'Angleterre, de l'Espagne et de la France, avait conclu en faveur de l'alliance projetée. Restait à traiter la question religieuse , hérissée de difficultés de toute nature, qui semblaient presque inextricables de part et d'autre ; mais Richelieu , qui avait son plan , ne désespérait pas de les résoudre, pour le plus grand avantage de la France. Il envoya à Londres, en novembre 1624, le marquis d'Effiat * et le comte de Rrienne% connu alors sous le nom de M. de la Ville aux Clercs, pour négocier directement avec le roi Jacques les articles les plus délicats, sur lesquels les ambassadeurs anglais n'a-
* Antoine Coiffler, dit Riué, marquis d'Effiat, père de Cinq-Mars. Il fut plus tard maréchal de France, et mourut en 1632.
* L'auteur des Mémoires , Henri-Au^ste de Loménie, né en 15d4 : il avait obtenu, en 1615, la survivance de la charge de secrétaire d'État de la maison du roi, que son père Antoine de Ix>ménie avait occupée sous le rc^nr de Henri IV.