LES ARTICLES DU CONTRAT
amendes à ceux qui les avaient déjà payées , et donna l'ordre de surseoir à Texécution des lois pénales contre les insoumis * . Les négociateurs parvinrent aussi à s'entendre, non sans peine, sur d'autres dispositions du contrat, stipulant que la dot de la future reine serait de 800 mille écus , moyennant quoi elle devait renoncer solennellement, pour elle et pour ses descendants, à tout héritage provenant de la couronne de France '. Son douaire fut fixé à 18 mille livres sterling par an, et sa maison dut être composée avec autant d'importance et avoir un aussi grand nombre d'officiers que celle d'aucune autre reine d'Angleterre.
Ces officiers devaient être tous Français et catholiques, à moins que le roi de la Grande-Bretagne ne consentit à admettre quelques Anglais, mais toujours catholiques. La reine eut droit à une chapelle dans toutes les maisons royales et en quelque lieu des États du roi de la Grande-Bretagne qu'elle se trouvât; elle devait avoir à sa cour, outre un évèque qui serait son grand aumônier, vingt-huit prêtres ou religieux, pour desservir ses chapelles. Une autre clause, grosse d'orages pour l'avenir, et bien faite pour choquer de la façon la plus grave les sentiments des puritains et d'une grande partie de la nation anglaise, établissait que « tout le seing et éducation des enfants, qui proviendront de ce mariage, appartiendra à Madame leur mère jusques
* MUb Strickland, t. IV, p. 1 19.
* Dodd, Chureh hittory, vol. V.
en Vàge de treize ans, comme aussy le choix des personnes qui leur seront nécessaires jusques audict aage, et les susdites personnes seront comptées au nombre de la famille et jouiront des mêmes privilèges et droicts que les autres officiers *. »
Avec le zèle religieux si fervent d'Henriette-Marie, c'était là indiquer clairement que ses enfants seraient élevés dans la foi catholique. La lettre qu'elle écrivit à son frère Louis XIII, pour le remercier d'avoir décidé son mariage , ne peut laisser aucun doute à cet égard, puisqu'elle lui dit expressément qu'elle s'engage à ne confier ses enfants qu'à des catholiques, afin de les préserver du contact de l'hérésie : aussi la politique astucieuse de Richelieu ne prévoyait-elle pas sans une secrète satisfaction les embarras que ces engagements devaient créer à l'Angleterre , et qui empêcheraient cette puissance de rien tenter de sérieux contre la France. Charles I" rompit plus tard, il est vrai, cette clause trop dangereuse pour lui, mais le coup avait porté et les protestants ne le. lui pardonnèrent pas. Le traité fut ratifié solennellement le 12 décembre 1634, non sans que le cardinal, qui connaissait le faible du roi Jacques, eût recommandé au marquis d'Effiat de l'assurer que la France mettrait tout en œuvre, pour faire recouvrer à son gendre Frédéric ce Palatinat tant désiré. Richelieu faisait, en même temps, toutes •sortes d'avances au duc de Buckingham , en attisant
* .Vrchives du ministère des affaires étrangères, Angleterre, 1624.
OPPOSITION d'urbain VHI. i3 *
■sa haine contre l'Espagne , et il l'invitait à venir à Paris pour assister aux prochaines fiançailles de Madame Henriette, ainsi que le duc en avait exprimé le désir.
Toutes les dispositions politiques et civiles étaient donc prises pour le mariage, mais la dispense du pape Urbrin VIII tardait toujours à venir. Le père •de BéruUe, pressé par le gouvernement français, répondait en se louant beaucoup de la réception qui lui avait été faite , mais en se plaignant aussi des lenteurs de la cour de Rome. Urbain VIII était trèsopposé à cette union, dont il redoutait les conséquences dans Tavenir et qu'il considérait comme fort périlleuse pour sa jeune filleule. Cette opinion du Saint-Père était fondée sur la connaissance qu'il avait du caractère de la nation anglaise, ainsi que sur les rapports que lui adressaient le père Ange de Raconis et ses missionnaires, qui travaillaient avec •ardeur à faire des prosélytes dans la Grande-Bretagne. Le pape était trop éclairé pour ne pas prévoir que, si la famille royale des Stuarts consentait à adoucir les peines sanguinaires édictées contre les catholiques, il était à craindre, dans l'état présent des esprits, qu'elle ne compromît gravement sa couronne. Si, d'un autre côté, Jacques I" et son fils autorisaient la persécution, Henriette-Marie pourrait-elle Jouir d'un instant de bonheur ou même de tranquillité sur le trône? S'appuyant sur des motifs aussi légitimes, le Pape différait de jour en jour l'envoi de la dispense, dans l'espoir qu'il parviendrait
ainsi à empêcher raccomplissement du mariage *. Ces retards ne faisaient pas le compte de la reine Marie de Médicis, dont Timpatience était assez vive pour qu'elle allât jusqu'à menacer Urbain YIII de suivre l'exemple donné par le mariages de Marguerite de Valois avec Henri IV, et de célébrer celui de sa fille, sans attendre la permission de Rome. Le Pape, sous cette pression et par suite des instantes démarches du père de BéruUe , se décida vers ]a fin de décembre 1624, à envoyer le bref de dispense au nonce Spada, mais avec ordre de ne le remettre à Louis XIII qu'après que l'article du contrat, relatif à la tolérance envers les catholiques, aurait été confirmé par une déclaration publique du roi d'Angleterre. Nous connaissons les obstacles politiques qui s'opposaient à ce que cette condition fût remplie, et le nonce dut garder la dispense.
MARUGE d'hENRIETTE-MARIE.
Les choses en étaient là lorsque, le 27 mars 1625, mourut le roi Jacques , et que Charles P' monta sur le trône. Le jeune roi s'empressa de reprendre les négociations pour son propre compte, avec une ardeur plus vive encore, et l'époque des fiançailles fut enfin
* Dodd, Chureh histwy.