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LE PAPE CONSENT AU MARIAGE

déterminée. Ce fut alors qu'Urbain VIII, reconnaissant qu'il n'était plus en son pouvoir de rien empêcher, consentit à faire remettre la dispense, non sans manifester les appréhensions qu'il éprouvait pour les suites de cette union , et déclarer qu'il ne donnait son autorisation, qu'afin d'éviter le scandale de voir une fille de France mariée sans la bénédiction pontificale *. Il fit partir pour Paris le cardinal Barberini, qui devait officier au mariage, et qui était, en outre, porteur d'une lettre pour le roi Louis XIII, dans laquelle le Saint-Père lui affirmait que, si le caractère de sa sœur ne lui donnait l'espoir que, devenue reine d'un pays hérétique, elle serait l'ange gardien et la sauvegarde de ses coreligionnaires, il n'aurait jamais accordé le bref de dispense. En écrivant aussi à la jeune princesse, il l'encourageait à devenir TEsther do son peuple opprimé , la Clotilde qui soumit au Christ son victorieux époux, l'Audeberge dont le mariage implanta en Angleterre la foi chrétienne. « Dans cette circonstance, ajoutaitil, les regards du monde terrestre, aussi bien que ceux du monde spirituel, sont fixés sur vous '. »

Henriette répondit au Pape par une lettre ' où, après l'avoir remercié de ses bons et prudents conseils, elle protestait de la manière la plus formelle de sa ferme volonté d'élever ses enfants dans la foi catholique, et de pourvoir au bien et à la

• MsB. Barberini.

• George IV, Ma., n* 323, p. 1062.

s Voir plus loin les lettres d* Henriette-Marie.

liberté de ses sujets, appartenant à cette religion. Rien ne s'opposait donc plus à Tunion des deux époux, desquels Louis XIII écrivait au marquis d'Effiât : « Il seroit malaisé de trouver deux personne» d'égal mérite, pour se posséder, comme il se rencontre en la personne dudit prince et de ma sœur, dont le mariage, si bien acheminé par leur recherche et par mon désir qui y couroit , promet en ce siècle des choses grandes pour moi et pour eux. »

Le duc de Chevreuse , de la maison de Lorraine , proche parent de Charles I" par Marie Stuart, sa grand'mère , fut choisi pour représenter La personne de ce monarque à la solennité des fiançailles, qui fut fixée au 8 mai 1625. On n'épargna rien pour donner à cette première cérémonie et ensuite à celle du mariage tout l'éclat et la magnificence imaginables. Voici la relation du Mercure français * : « Le roy, dans sa chambre, ayant près de luy la royne, Monsieur, son frère unique, les ducs de Nemours et d'Elbeuf, les maréchaux de Vitry et de Bassompierre , et autres seigneurs de la cour, envoya quérir Madame , qui estoit assistée de la royne sa mère, mesdames les princesses de Condé et do Conty , et les duchesses de Guyse , de Chevreuse et d'Elbeuf, et plusieurs autres grandes dames. Sa robbe estoit de toile d'or et d'argent , à fleurs de lis d'or et enrichie de plusieurs diamans et autres pierres précieuses. La queue de la dicte robbe estoit portée-

* Année 1625, page XrS.

CÉRÉMONIES DES FIANÇAILLES. Al

par mademoiselle de Bourbon, fille de M. le prince de Condé.

« Comme elle fut entrée dans la chambre du rov avec une majesté digne de sa naissance , messieurs de Carlisle et HoUand, ambassadeurs extraordinaires pour le roy de la Grande-Bretagne, y entrèrent aussy tost, vêtus avec le plus bel advantage qui se puisse dire, donnant au roy le contract de mariage, qui fut leu tout haut par M. le chancelier. Après que Sa Majesté eut agréé les convenances, les ambassadeurs se retirèrent en la chambre du duc de Chevreuse, au-dessus de celle du Roy, et lui ayant fait entendre les accords , il fut trouver aussi-tost Sa Majesté , accompagné des dicts sieurs ambassadeurs et plusieurs autres seigneurs de marque, estant vestu d*un habit noir à bandes toutes garnies de diamans, mesme les fers de ses aiguillettes en estoient enrichis.

« Arrivé devant Sa Majesté, il luy présenta sa procuration du pouvoir d'espouser que luy avoit donné le roy de la Grande-Bretagne , qui fut inséré au bout dudict contract de mariage, que le roy signa, Madame, les roynes et les dicts sieurs duc de Che- \Teuse et ambassadeurs. Cela fait et arresté , le cardinal de la Rochefoucauld fit les fiançailles à la manière accoustumée.

« Ayant esté arresté que le mariage se feroit en Téglise Nostre-Dame, Tarchevesque de Paris prétendoit de le faire, mais M. le cardinal de la Rochefoucauld remporta sur luy, tant à cause de sa di-

gnité, que comme grand aumosnier et curé primitif de la cour.

« L'église Nostre-Dame et la salle de l'archevesché furent tendues des plus riches tapisseries royales d'or, d'argent et de soye qui se puissent voir : dans le chœur estoyent celles des actes des apostres , et dans la nef les triomphes et les victoires de Scipîou sur les Carthaginois. De l'archevesché sortoit une galerie à huit pieds haut de terre, soustenue de plusieurs pilliers , laquelle conduisoit au théâtre de devant l'église où se dévoient faire les espousailles : cette galerie estoit couverte par le haut de satin violet tout parsemé de fleurs de lis d'or, et par le bas d'une belle toile de lin cirée. Depuis le théâtre, tout le long et au milieu de la nef, estoit une autre galerie en pente jusqu'au premier pas de l'entrée de la porte du chœur, et au milieu du chœur estoit un grand parterre relevé de trois degrez, et le days royal au-dessus , semé de fleurs de lis d'or.

« Le dimanche ensuivant, onzième de may, jour pris pour les cérémonies du mariage, Madame partit du Louvre, environ les neuf heures du matin, pour aller s'habiller à l'archevesché.

« Sur les onze heures, le carrosse de la royne régnante arriva au Louvre pour M. le chevalier de Vendosme (représentant le grand maistre, en l'absence de M. le comte de Soisson^) \ lequel alla

* « Le comte de Soissons fit supplier Sa Migesté de le dispenser de faire sa charge de grand maître, ne pouvant oublier qu'on lui avait autrefois fait espérer de parvenir à ralliance de Madame, et le roi permit à ce prince

CÉRÉMONIES DU MARIAGE. i9

prendre lesdicts sieurs comtes de Garlisle et de Holland, logés aux fauxbourgs de Saint-Germain, en rhostel des ambassadeurs extraordinaires. De là, ils furent prendre Tambassadeur ordinaire de Messieurs les États des Provinces unies , qui tous ensemblement allèrent quérir M. le duc de Chevreuse eu son hostel , et puis s'en allèrent rendre à Tarchevesché de Paris , où estant descendus ils furent saluez de Madame, qui estoit à la fenestre en une chambre. Et estant montés à la grande salle, ils s'assirent sur des chaises qui estoient là apportées exprès pour les y recevoir en attendant le roy, les roynes et la cour.

« Cependant MM. les présidents du Parlement et les conseillers, avec leurs robbes d'écarlate, s'acheminèrent à l'église Nostre-Dame pour assister à cette cérémonie, comme aussi les autres cours souveraines; M. le Prévôt des marchands et les eschems, lesquels prirent tous leurs places, selon qu'il se pratique en telles cérémonies.

« Sur les quatre heures de relevée , le roy et les roynes, les princes et les princesses et toute la cour partirent du Louvre, pour se rendre aussi à Farchevesché. Une heure après, M. le chevalier de Vendosme et M. de Rhodes, grand maistre des cérémonies, ayant plusieurs gentilshommes devant eux, conduisirent de la salle de Teu^chevesché sur le théâtre du mariage, dressé au-devant du portail de

d'envoyer son bâton an grand prieur qui remplit sa place. » Mémoires du «»«« de Brienne, t. I, p. 212.

50 HENIUETTE-HAHIE DE FRANGE.

Nostre-Dame , M. le duc de Chevreuse , vestu d'un habit noir tout coupé et doublé d'une toile d'or, avec une tocque aussi de velours noir, ornée d'une enseigne de diamanSy une escharpe toute couverte de roses de diamans , un capot tout brodé d'or et semé de pierreries.

« Et MM. les comtes de Carlisle et de HoUand, tous deux couverts de toile d'argent battu , avec la tocque , marchoient aux deux costez dudict sieur de Chevreuse.

« Un quart d'heure après , le roy s'achemina avec un habit en broderie d'or et d'argent, accompagné par toutes les grandes chargés de l'État, qui formoient son cortège.

(( Quant à la dicte royne de la Grande-Bretagne, elle avoit sa couronne sur la teste ; la queue de sa robe estoit portée par mesdames les princesses de Gondé, de Gonty et de Soissons, et la queue de son manteau royal porté par M. de Yiileserain, son «scuyer

« Gette royale troupe estant arrivée sur le théâtre préparé pour faire le mariage, au-dessus duquel estoit élevé un grand daiz d'une valeur inestimable, le roy et Monsieur son frère mirent la Toyne de la Grande-Bretagne, leur sœur, entre les mains de M. le duc de Chevreuse, et alors le cardinal de la Rochefoucauld les espousa selon les cérémonies ordinaires de l'Église; lesquelles parachevées, on entra en mesme ordre que dessus dans l'église, par la galerie qui alloit respondre à la porte du chœur, la-

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