ARRIVÉE DE BUCKINGHAM A PARIS
quelle aussy estoit toute couverte de riches tapisseries, excepté que M. le duc de Chevreuse et MM. les deux ambassadeurs marchoient devant le roy.
« Estant tous arrivez à la porte du chœur, les dicts sieurs due de Chevreuse et ambassadeurs firent de grandes révérences au roy, aux roynes, puis s'en allèrent à Tarchevesché durant que Ton disoit la messe. (Le duc de Chevreuse agissait comme Taurait fait le roi protestant d'Angleterre.) Dans le chœur, au-dessus d'un grand parterre en chairpenterie relevé de trois marches et couvert de très-riches tapis, estoit tendu un daiz semé de fleurs de lis d'or, sous lequel le roy se mit, ayant à sa droite les trois roynes et les princesses du sang.
« Au sortir de la messe, il y eut à l'archevesché un festin royal de la plus grande magnificence, où la nouvelle royne d'Angleterre fut servie par les maréchaux de Bassompierre et de Vitry. Pendant ce temslà, il y eut des feux de joie dans tout Paris, coups de canon et boettes faisant un tel bruit qu'il sembloit que la terre et le ciel se voulussent joindre ensemble. »
Le 24 mai, arrivait en poste le duc de Buckïngham, accompagné du comte de Montgommery et de plusieurs autres seigneurs anglais : Charles I" l'avait chargé de lui ramener sa nouvelle épouse. On le logea dans l'hôtel du due de Chevreuse , le plus richement meublé qui fût alors en France. George \illiers parut à la cour avec un édat plus que royal ; l'effet qu'il y produisit donna de l'admiration au
peuple, de la joie et quelque chose de plus aux daines, de la jalousie aux galants' et encore plus aux maris ^ Pendant les sept jours qu'il passa à Paris, le jeune et brillant favori fascina tout le monde par Télégance de son maintien, le charme de sa personne, la magnificence de ses habits et le luxe de sa suite*. Chaque jour fut marqué par une nouvelle fête, où Ton rivalisa de richesses et de splendeurs : le cardinal de Richelieu s'y distingua par un festin où rien ne fut épargné et qui coûta des sommes énormes *.
Il fallait plus que tout cela à l'audacieuse vanité du duc de Buckingham : frappé de la grâce et de la beauté de la jeune reine de France, il eut la prétention d'ajouter une couronne aux nombreux trophées de ses galanteries. Cette intrigue fut, dît-on, favorisée par la complaisance de la duchesse de Chcvrcusc , surintendante de la maison d^Anne d'Autriche , à l'instigation de lord Kensington , maintenant comte de HoUand, qui éprouvait pour elle, comme nous l'avons dit, une inclination vive et partagée *. On sait quel fut à Amiens le dénoû-
« Laporte,- Mémoires.
* « Buckingham avait emporté d* Angleterre vingt-sept habits complets, couverts de broderies, de velours, de dentelles, d'or et de perles ; un seul de ses habits , avec manteau et pourpoint de velours blanc , garni de diamants, aigrette de diamants sur la toque et boutons de diamants d'une dimension gigantesque, valait, dit la chronique, 80,000 livres sterling; les aiguillette» du manteau et du pourpoint en diamants mal attachée), laissaient tomber, quand il plaisait au duc, quelques-uns de leurs trésors, moisson brillante destinée aux dames de la cour. » Philaréte Chasles, Charles /*'', p. 44.
» Mercure français.
* Victor Cousin, M** de Chevreuse, p, 16.