HENRIETTE-MARIE PART POUR L*ANGLËTERRE
ment de cette aventure , qui devait avoir une influence funeste sur les rapports politiques des deux nations : la fatuité du favori de Charles I" ne pouvait pardonner son échec à la France.
Le 9 juin 1635 eut lieu le départ de la nouvelle reine d'Angleterre ^ Rien de plus pompeux ni de plus magnifique que le cortège de cette jeune souveraine, lorsqu'elle quitta Paris : tout le corps de ville, les députations des grands corps de l'État, une foule de seigneurs dans les plus riches costumes et montés sur des chevaux superbes, enfin les deux reines de France, entourées de leurs maisons royales, escortaient Henriette-Marie. Cette princesse était assise dans une litière, couverte de velours cramoisi en broderies d'or et portée par deux beaux mulets couverts de housses aussi en velours cramoisi, avec de belles et grosses aigrettes blanches, que conduisait à cheval le muletier royal, non moins magnifiquement habillé. Seul, le roi Louis XIII, retenu par la maladie, fut contraint de renoncer à accompagner sa sœur jusqu'à la mer'.
Sur la route, ce ne furent partout que théâtres en plein air, arcs de verdure, riches tentures, musique et réjouissances populaires : on se pressait de toute part pour acclamer les trois reines, et le voyage ne fut qu'un long triomphe. Dans Tune des représentalions destinées à fêter ces illustres personnes, figu-
^ Avant de se mettre en route, elle était allée passer quelques jours aux Carmélites, avec la mère Madeleine de Saint^oseph. Cotolendi, p. 12. ' Mercure, année 1625.
raient les trois filles de France qui avaient déjà régné en Angleterre ' : l'intention était bonne assurément, mais ce groupe royal risquait fort d'éveiUer de tristes pensées pour l'avenir; toutes ces princesses s'étant fait remarquer par l'éclat de leurs infortunes I Pouvait-on prévoir du reste, que celle qui était en ce moment l'objet des hommages et des souhaits de bonheur de deux grandes nations, dépasserait toutes ces douleurs passées, autant par les grandeurs de l'adversité que par celles du courage? La ville d'Amiens se distingua entre toutes par la brillante réception qu'elle fit à la jeune souveraine ; au-dessus de ses portes, ornées de fleurs, était écrit l'anagramme de son nom : En amis. Toutes les jeunes filles de la ville, richement vêtues et escortées par les notables, vinrent complimenter Henriette- Marie ; les rues et les places étaient pavoisées, et sur un transparent se lisait ce distique, tout à fait dans le goût de l'époque :
En ta face sont les cieux, Et les astres tes yeux.
La population tout entière montra une allégresse indicible *.
* DiaraeW s Commentaries. Ces princesses étaient: Marguerite de France, fille de Philippe le Hardi ; Isabelle de France, fille do Philippe le Bel ; et Catherine de Valois, fille de Charles VI.
* Mercure, 1G25. Panni les représentations , qui signalèrent rentrée de la reine Henriette dans Amiens, Tune d'elles, d'un sens un peu alambiqué, figurait le Parnasse tout entier, avec ces deux vers inscrits au-dessous :
Cette reine qui passe Fait suer le Parnasse.