INSTRUCTIONS DE MARIE DE MÉDICIS
d^hui une couronne sur la tète et vous établit en Angleterre, où vous devez croire qu'il veut que vous le serviez et y fassiez votre salut. Qu'il vous souvienne, ma fille, chaque jour de votre vie, qu'il est votre Dieu, et qu'il vous a mise sur la terre pour le ciel et vous a créée pour lui-même et pour sa gloire. Le feu roy votre père a trépassé et n'est plus ici-bas qu'un peu de poudre et de cendre, cachées à nos yeux ; un de vos frères a fait de même dès son enfance. Dieu, qui l'a retiré de bonne heure, vous a réservée au monde, pour vous y combler de ses bienfaits ; mais comme il vous a avantagée de cette sorte, il vous oblige aussi de lui en rendre plus de reconnoissance, étant juste que vos devoirs augmentent en proportion que les grâces et les faveurs sont plus signalées. Donnez-vous bien garde d'abuser de celles qu'il vous fait ; pensez que la grandeur, la bonté et la justice de Dieu sont infinies, et employez toute la force de votre esprit à adorer sa puissance suprême, aimer son incroyable bonté et craindre son exacte et rigoureuse justice, laquelle il fait ressentir à ceux qui sont indignes de ses grâces.
c< Recevez, ma fille, ces instructions de ma bouche : commencez et finissez chaque journée en Votre oratoire par ces bonnes pensées, et là en vos prières prenez résolution de conduire le cours de votre vie, selon les lois de Dieu et non selon les vanités du monde, qui n'est à un chacun de nous qu'un moment, duquel dépend une éternité que vous devez passer ou en paradis avec Dieu, si vous faites bien,
OU en enfer avec les esprits malins, si vous faites mal. Souvenez-vous que vous êtes fille de l'Église par le baptême, et que c'est la première et principale qualité que vous ayez et que vous aurez jamais ; c'est celle qui vous donne entrée au ciel. Les autres dignités, comme venant de la terre, ne passent point la terre; mais celle-ci, comme venant du ciel, remonte à sa source et vous y élève. Rendez grâces à Dieu chaque jour de ce qu'il vous a faite chrétienne et catholique ; estimez ce bienfait comme il mérite et considérez qu'ainsi qu'il vous est acquis par les travaux et le sang précieux de son fils unique Jésus- Christ notre Sauveur, il doit être aussi conservé par nos peines et même au prix de notre sang, s'il est besoin. Ofl'rez votre âme et votre vie à celui qui vous a créée par sa puissance et rachetée par sa bonté et miséricorde, priez-le et le faites prier incessamment qu'il vous conserve le don précieux de la foi et de la grâce, et qu'il lui plaise que vous perdiez plutôt la vie que d'en décheoir. Vous êtes petite-fille de saint Louis ; je veux que vous receviez de moi, en ce dernier adieu, la même instruction qu'il recevoit de sa mère, qui lui disoit souvent qu'elle aimeroit mieux le voir mourir que de le voir offenser Dieu, qui est notre tout et notre vie. C'est cette instruction qui a commencé à le faire saint et qui l'a rendu digne d'employer sa vie et sa couronne pour le bien de la foi et l'exaltation de son Église. Soyez à son exemple ferme et zélée en la religion qu'elle vous a enseignée, pour la défense de laquelle le saint, votre bisaïeul, a ex-