‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 29 sur 143 · ADIEUX D*HENRIETTE-HARIE A SA MÈRE · texte numérisé non relu

ADIEUX D*HENRIETTE-HARIE A SA MÈRE

posé sa vie et est mort saint et fidèle parmi les infidèles. N'écoutez et ne souffrez jamais qu'en votre présence on dise rien de contraire à votre croyance en Dieu et en son fils unique, notre Rédempteur.

« Je supplie la sainte Vierge, de qui vous portez le nom de Marie, de daigner être mère de votre âme, en rhonneur de ce qu'elle est mère de notre Dieu et de votre Sauveur. Adieu encore et plusieurs fois : vous êtes à Dieu, demeurez à Dieu pour jamais; c'est ce que vous désire du plus profond de son cœur,

« Votre bonne et affectionnée mère,

« Marie. »

A Amiens, le 15 de jain 1625.

La jeune reine, émue par ces adieux si nobles, si touchants et qui répondaient si bien aux sentiments religieux qui l'avaient animée depuis son enfance, ne s'arracha des bras de sa mère, qu'en versant d'abondantes larmes. Qui sait si les splendeurs du rideau, qui lui cachait l'avenir, ne s'écartèrent pas im instant devant elle , pour lui laisser entrevoir les sombres perspectives de sa vie de reine?

L'embarquement devait d'abord se faire à Calais ; mais, cette ville étant alors ravagée par la peste, on se décida à partir de Boulogne ; Monsieur, frère du roi, accompagna jusque-là la reine d'Angleterre, mais il survint tout-à-coup un nouveau motif de retard. C'était une fantaisie extravagante du duc de

Buckingham , qui, sans tenir compte de son insuccès, voulait ajouter une nouvelle page à son roman sentimental avec Anne d'Autriche. Feignant donc d'avoir reçu des dépèches importantes du roi Charles, il repartit de Boulogne à franc étrier pour Amiens, où le ridicule de sa dernière entrevue avec la reine acheva de le perdre à la cour de France. Henriette- Marie se montra vivement offensée d'être ainsi retenue par la folie d'un homme dont Tunique devoir était de rester à ses ordres et conserva de ce mauvais procédé une véritable rancune*. Le roi d'Angleterre, qui, avant ce dernier délai, s'était rendu à Douvres pour y recevoir la royale voyageuse, était retourné à Cantorbéry, brûlant d'impatience de recevoir la nouvelle de son arrivée; l'absence de son favori dura trois jours.

La flotte royale de France était mouillée devant Boulogne, et le 33 juin, de nombreuses salves d'artillerie tirées de la côte, auxquelles répondait le canon des navires, annoncèrent l'embarquement de la jeune reine sur le vaisseau amiral. La traversée s'effectua en moins de sept heures par un temps couvert, mais parfaitement calme*. A peine Henriette-Marie eut-elle mis le pied sur le rivage d'Angleterre au moyen d'un pont volant, lequel , dit la chronique , ne servit plus à un autre usage , qu'il s'éleva une tempête d'une telle violence que la flotte royale retournant en France ne parvint à gagner le

« M-« de Motteville, Âfém,

• Brienne, Âfémoires, 1. 1, p. 223.

ÉTAT DE LÀ XÂISON DE LA REINE D'aNGLETERRE. 61

port qu'au prix des plus grands dangers K Charles P', qui, par un sentiment délicat des convenances, était resté à Cantorbéry pour laisser à la reine 1(^ temps de se remettre de ses fatigues, fut averti de Tarrivée de cette princesse par un de ses pages, nommé Tyrwhitt, qui franchit, dit-on, à cheval, en trente-six minutes, les dix-neuf milles qui séparent Douvres de Cantorbéry *.

La maison française qu'Henriette emmenait avec elle en Angleterre se composait de cent six personnes, y compris les domestiques de toutes sortes '. A la tête du clergé, formé en grande partie de pères de rOratoire, se trouvait Daniel du Plessis, évêque de Mende, grand aumônier, et le père de Bérulle, confesseur de la reine ; M"' de Saint-Georges, fille de M"' de Montglat et l'amie d'enfance d'Henriette, était dame du lit; les comtesses de Tillières et do Cypière, dames d'honneur; son chambellan était le comte de Tillières, ancien ambassadeur en Angloterre, et son grand écuyer le comte de Cypière. Il faut ajouter à ceux que nous venons de nommer un certain nombre de gentilshommes et de demoiselles, après lesquels venaient les gens de service de la maison. La reine était de plus accompagnée des deux ambassadeurs de France, le marquis d'Effiat et M. de la Ville-aux-Clercs , ainsi que de plusieurs seigneurs et dames de la cour, parmi lesquels

« Mercure, 1625.

* Miss Strickland.

> Bassompierre, Ambassade en Angleterre, p. 56.

était la maréchale de Témines ^ et qui lui formaient une brillante escorte d'honneur. Henriette avait également avec elle le duc de Chevreuse et la belle duchesse, qui n'avait voulu accompagner son mari en Angleterre, que pour y retrouver le comte de Holland qu'elle aimait encore; elle s'était fait suivre dans ce voyage par Boisrobert, le bel esprit à la mode de la cour de France'.

L'arrivée sur le sol anglais causa à la suite de la reine une déception, que rendaient plus désagréable encore le mirage trompeur des magnificences annoncées par lord Holland, et le souvenir des fêtes de Paris. Les gentilshommes français, au lieu de rencontrer ces festins somptueux et ces merveilles qu'on avait fait miroiter à leurs yeux, durent s'en aller modestement manger où ils purent dans la ville et payer leur écot, ou s'en passer^. D semblait qu'aucun préparatif sérieux n'eût été fait : tout ce monde se trouvait fort à l'étroit et très-pauvrement logé dans le vieux château de Douvres : on augura mal de ce début pour l'avenir*. La reine, après quelques moments d'un repos dont elle avait grand besoin, se mit à table, soupa et se retira bientôt pour se coucher.

* Marie de la Noue, fille de la Noue Bras de Fer, née en 15%, morte en février 1652.

* Tallemant raconte k ce sajet que Boisrobert se fit une mauyaise afi'aire avec les comtes de Carlisle et de Holland, pour avoir qualifié TAngleterre de -climat barbare.

' Mercure françoU, année 1625.

* TiUières, Introd., p. xxviii.

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