‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 30 sur 143 · PREMIÉBE ENTREVUE DES DEUX ÉPOUX · texte numérisé non relu

PREMIÉBE ENTREVUE DES DEUX ÉPOUX

Charles P' arriva le lendemain matin à dix heures ; il venait presque seul surprendre sa jeune épouse et la voir sans témoins : il tenait à saisir ainsi ses premières impressions. Henriette était à déjeuner, mais , quoique le roi lui eût fait dire qu'il attendrait la fin de son repas, elle se leva de table en toute hâte et descendit deux marches pour aller audevant de lui. Elle voulut se jeter à ses pieds et lui baiser la main, mais il la prit dans ses bras et la couvrit de baisers : « Sire, lui dit-elle dès qu'elle put recouvrer la parole, je suis venue en ce pays de Votre Majesté, pour être usée et commandée de vous*. » Sa force l'abandonna et sa voix s'éteignit dans un flot de larmes. L'émotion était bien naturelle dans un pareil moment , et le roi en fut profondément touché; il s'efforça d'étouffer sous ses baisers les pleurs de la jeune princesse, en lui déclarant qu'il ne s'arrêterait qu'avec les larmes, et lui prodigua les plus douces paroles que son attendrissement, un peu mystique, put lui suggérer : « Vous n'êtes point tombée ici, lui disait-il, entre les mains d'ennemis ou d'étrangers; ne tremblez plus et soyez sans crainte : vous êtes ici d'après les sages dispositions de Dieu, dont la volonté est que vous quittiez votre famille, pour vous attacher à votre époux. » Il ajouta que, s'il était le maître, il n'en restait pas moins son fidèle serviteur*. Ce mélangn diî douceur et de galanterie rassura la nouvelle reine , ses pleurs

* Ellia's Original Letterg, vol. III, p. 198. — Contemporary mws letters.

* Perrincbief, p. 61. — Life of Henrietta-Maria, 1671.

se séchèrent, ses yeux noirs reprirent tout leur éclat et elle se mit à causer familièrement avec son royal époux. Pendant cette conversation, Charles parut surpris de la trouver plus grande qu'il ne s'y attendait, et, remarquant qu'elle lui venait à Tépaule, il jeta les yeux sur ses petits pieds, pour reconnaître si sa hauteur n'était pas due à des moyens artificiels. Henriette lut dans sa pensée, et étendant un peu la jambe pour lui montrer ses souliers : « Sire, lui dit-elle, je m'appuie sur mes pieds et l'art n'y est pour rien : c est bien là ma taille, ni plus grande ni plus petite *. » Le cœur du roi s'était donné à Henriette dans cette première entrevue, et ce fut pour la vie.

La reine présenta ensuite à Charles les personnes de sa maison française, en les lui recommandant toutes par leur nom. Parmi elles et en première ligne se trouvait M"* de Saint-Georges, Tamio toute particulière d'Henriette et sa dame du lit ; l'esprit ombrageux du roi prévit-il en elle une rivale, dangereuse pour lui, dans l'affection de la reine? Nous l'ignorons, mais ce qui est certain, c'est qu'il conçut dès lors pour cette dame une antipathie, dont nous verrons plus tard les funestes conséquences *. L'accueil que Charles fit au duc de Chevreuse fut des plus aimables', et, le traitant en cousin, il le

« Miss Strickland, t. IV, p. 156. — Philarète Chasles , Charles /•', p. 48.

* lÀfe of Henrietta- Maria, Lond. 1671.

* Lorsqu'il fut sur le point de retourner en France, le roi lui conféra Tordre de la Jarretière.

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