NOCES ROYALES EN ANGLETERRE
à prendre sans scrupule les viandes que le roi lui présentait ^ Le soir même, le mariage fut célébré dans l'église de Saint-Augustin, selon le rite anglican, et les deux époux se retirèrent dans leur appartement, sans que Charles consentit à subir les bizarres coutumes, qui accompagnaient alors les mariages royaux en Angleterre, telles que de faire ' rompre le g&teau des noces, d*offrir un breuvage mélangé de lait et de vin , d'ôter les bas , et autres boufTonneries du même genre, tout à fait antipathiques aux goûts raffinés de Charles I". Il se hâta de fermer la porte au nez de la troupe profane, qui s'attendait à le suivre dans la chambre nuptiale eU renvoyant même ses plus intimes serviteurs, il verrouilla sept portes de sa propre main, afin do s'assurer une entière liberté.
Quant à la reine, madame de Chevreuse ne la quitta pas de la soirée : elle lui donna la chemise et la mit au lit *. Le lendemain Charles fut le premier à rire du désappointement de ses courtisans, en leur déclarant qu'il avait eu plus d'esprit qu'eux ; mais on ne laissa pas que de lui en vouloir, de dédaigner ainsi les vieilles coutumes nationales, que leur antiquité même aurait dû, disait-on, lui rendre respectables '. Le couple royal alla loger le jour suivant chez la duchesse de Lenox, près de Gravcsend, et ils
« Ufe ofSemietta-^Maria, Lond. 1671.
* Brienne. Mémoire» j 1. 1, p. 227.
* Newtletter* of Jiuie, 27, 1625. Ces scènes se renouvelèrent aux noces rejnles qui suivirent, et on n'y renonça définitivement qu'au maria(g;e de Georges III avec la reine Caroline.
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y passèrent la nuit ; le matin ils se rendirent dans cette dernière ville, où ils devaient s'embarquer pour Londres.
Charles 1*\ pour l'entrée solennelle de la nouvelle reine dans sa capitale, avait choisi la vaste et superbe voie de la Tamise, bien faite pour lui inspirer une haute idée du pays où elle était appelée à régner. Le roi d'ailleurs évitait ainsi la traversée par les rues étroites et malsaines de Londres, où la peste sévissait alors avec une telle intensité qu'il n'y mourait pas moins de deux mille personnes par semaine ^ Malgré les lugubres préoccupations du moment, rien n'avait été épargné pour donner à la réception de la jeune reine tout l'éclat désirable. En arrivant à Gravesend , où reposait à l'ancre , prête à cingler vers les côtes d'Espagne, cette magnifique flotte qui a toujours fait l'orgueil des Stuarts et que Charles était fier de montrer à la fille de France, cette princesse fut conduite vers la barge royale, dans laquelle le roi entra aussitôt avec elle. Une foule d'embarcations, appartenant à la noblesse ou au commerce de Londres et surchargées de monde, n'attendaient que ce moment pour s'élancer à la suite de la reine et lui servir de cortège, tandis que, des vaisseaux de guerre bril-
* Whitelocke, MtmoriaU, etc.