‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 33 sur 143 · ENTRÉE DE LA REINE A LONDRES · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE LA REINE A LONDRES

lamment pavoises , tonnait une salve de quinze cents coups de canon'. Il était indispensable alors de posséder des nerfs à Tépreuve de toutes les émotions, car Tusage était pour un salut royal de tirer à boulet, ce qui ne manquait pas de temps à autre d'occasionner les plus fâcheux accidents *.

Ce fut à cinq heures, par un après-midi chaud et orageux, que la i^ine arriva en vue de Londres. La pluie tomba bientôt à torrent, ce qui n'empêcha point de nombreuses barques de la ville, ornées de riches tentures, de venir encore se grouper aufour de la gondole royale, au bruit des canons de cinquante autres navires, dont les coups se répétaient à mesure que le cortège défilait devant eux. Bientôt s'y joignit le fracas de toute l'artillerie de la Tour de Londres, et certainement, nous assure un témoin oculaire, la reine n'avait jamais rien entendu de pareil. Charles I" et Henriette-Marie étaient tous deux vêtus de vert, et chacun pouvait les reconnaître, car, malgré la violence de la pluie, les fenêtres de leur gondole étaient restées ouvertes. La foule les accueillait par une immense acclamation d'enthousiasme, à laquelle la reine répondait, en étendant ses bras au dehors et en saluant de ses deux mains. Au moment où la barque royale venait de passer sous le pont de Londres, en se dirigeant droit sur Sommerset House, palais qui faisait partie du douaire de la reine, un accident produisit tout à coup

* ffistoriaU letten, edited by air Henry ECUis.

* Miu Strickland.

une vivo alarme panni les assistants. Les bords de la rivière, privés de quais, étaient encombrés sur plusieurs rangs, de barques, de bateaux de toutes sortes et de pontons sur lesquels se pressaient d'innombrables spectateurs ; un de ces navires sombra tout à coup , entraînant dans Teau une centaine d^assistants, qui poussèrent des cris de détresse. Heureusement les nombreuses embarcations, qui croisaient sur la rivière en tous sens, se hâtèrent de sauver les infortunés curieux ; ils en furent quittes pour un simple plongeon \

L^allégresse de la foule croissait de minute en minute, à mesure que circulait le bruit de Taccueil plein de grâce et d'affabilité fait par la reine à ses nouveaux sujets et aussi la rumeur, moins bien fondée, de ses bonnes dispositions en faveur du protestantisme. On racontait qu^un de ses officiers anglais n'ayant pas craint de lui demander si elle voudrait bien supporter les services d'un Huguenot, elle avait répondu : « Pourquoi pas? mon père ne l'a-t-il pas été '? » Ces nouvelles se répandant de proche en proche avaient exalté tous les esprits et la joie publique éclatait bruyamment dans toute la ville de Londres, en dépit de la terrible épidémie qui la ravageait ; les cloches sonnèrent jusqu'à minuit, des feux de réjouissance s'allumèrent dans tous les quartiers, et Ton but et mangea, autant que le permettait Tétat de la santé générale. Les fêtes durèrent plusieurs

« Misa Strickland, t. IV, p. 159.

« Rllis'8 hUtorieal letters.

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