‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 35 sur 143 · INTRIGUES CONTRE LA REINE · texte numérisé non relu

INTRIGUES CONTRE LA REINE

la légalité, il crut devoir s'adresser au Parlement, qui siégeait toujours à Oxford : il lui exposa que les catholiques étant les auteurs de tous les maux du pays, il devenait urgent de rendre encore plus sévères les lois promulguées contre eux, et avant tout d'ordonner l'expulsion d'Angleterre des Français de la maison de la reine. Le Parlement ne fut pas la dupe de ce beau zèle et répondit qu'il fallait exécuter les promesses faites au roi très-chrétien et que, si elles étaient contraires au bien et aux lois du royaume, il fallait châtier ceux qui les avaient accordées *

Cet échec ne découragea pas Buckingham ; il résolut au contraire d'agir plus vigoureusement encore sur Tesprit toujours oscillant de son maître : confident de ses soucis amoureux, au lieu de chercher à les calmer, il lui remontra que la froideur de la reine à son égard était visible aux yeux de tous, qu'elle affectait en toute occasion de repousser ses avances et que sa dignité royale en souffrait autant que son amour. On ne se faisait pas, disait-il, d'illusions sur le dédain d'Henriette-Marie pour les usages du pays, dont elle se refusait absolument à apprendre la langue : tout cela était le fruit des perfides conseils de madame de Saint-Georges et de toute la colonie française. « Sire, disait de son côté le comte de Carlisle, l'âme damnée du favori, si vous n'êtes le maître de votre femme, vous n'êtes pas

* Tillières, Mém.y p, 96.

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capable de gouverner votre royaume. Il faut la réduire au petit pied, et vous n'aurez point de courage, si vous ne la gourmandez^ »

Attaqué ainsi dans ses sentiments les plus intimes, Charles P' se présenta un soir inopinément chez la reine ; elle était souffrante. « Le duc de Buckingham et le marquis de Hamilton, lui dit-il, m'assurent que, si vous étiez leur femme, ils useraient de leurs droits de maris bien plus souvent encore que je ne le fais. Pour le peu que j'exige de vous , vous faites la difficile , mais ce n'est pas en cela seulement que j'ai à me plaindre de vous ; il y a bien d'autres choses, et j'attends que vous soyez guérie pour vous en faire la réprimande. » La jeune reine lui répondit qu'elle était toute à sa disposition, mais qu'elle le conjurait de lui faire désormais connaître lui-même toutes ses volontés*. C'était une allusion aux visites répétées que lui avait faites le duc de Buckingham, venant, disait-il, de la part du roi, pour régler leurs intérêts communs et donner à Henriette de bons conseils. Dans ces entrevues, il ne lui épargnait pas les reproches sur sa conduite envers son époux, ajoutant qu'il se souciait peu qu'elle le vit lui-même de mauvais œil, puisqu'il jouissait de la bonne volonté de son maître et que, s'il le voulait, il les mènerait tous deux par les oreilles '. Il lui affirmait du reste que si elle ne changeait

• Tillières, Mém., p. 109.

• Ibid.

• M" O. Kreiro Owen, Queens of England, p. 248.

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