AMOUR ET TRACASSERIES
de manière d'être, elle ne serait plus traitée en reine, mais comme elle le méritait^; un jour même il s'emporta jusqu'à s'écrier : « Ne l'oubliez pas, il y a eu des reines d'Angleterre décapitées. »
Parfois, lorsqu'il eut reconnu combien ses insolentes menaces avaient peu de prise sur le caractère vigoureusement trempé de la fille de Henri lY, il se radoucissait, protestait de son dévouement à sa personne, lui demandait la faveur de prendre pour dame du lit sa propre femme, la duchesse de Buckingham, sur laquelle, assurait-il, elle pouvait compter: il osa même, dit-on, lui parler d'amour'. Aux prières comme aux menaces, la jeune reine se bornait à répondre invariablement, avec une prudence qu'on n'aurait pu espérer de son âge, qu'elle ne dépendait que du roi et qu'il n'y avait nul besoin d'un intermédiaire entre elle et lui.
On voit de quelles amertumes était mélangée cette lune de miel et combien durent souffrir dans ces premiers temps le cœur et la fierté de cette fille de France, adulée jusque dans ses moindres caprices à la cour de sa mère. Un funeste malentendu, aggravé par les rêveries du roi et par l'ambitieuse outrecuidance de sonfavori, pesait donc lourdement sur l'existence de ces deux époux, qui n'avaient rêvé que d'être heureux l'un par l'autre. La passion du roi devenait chaque jour plus ombrageuse et plus susceptible ; il souffrait plus qu'elle encore. La reine cherehait-
• TaUères, Mém.
elle à lui témoigner sa tendresse, ce changement n'était dû à ses yeux qu'aux prudents conseils des Français , qui semblaient faire ainsi Taumône à son amour : cette pensée exaspérait Charles contre eux. M"' do Saint- Georges surtout lui devenait chaque jour plus odieuse; aucune avanie ne lui était épargnée ; un jour même, à Hampton-court, il la repoussa de la main, au moment où elle montait dans le carrosse de la reine, selon le privilège de sa charge. Nous avons déjà vu que cette question d'étiquette était devenue entre elle et le roi une véritable pierre d'achoppement; il ne voulait tolérer près de la reine que des dames anglaises , et Henriette n'osait prendre ouvertement le parti de son amie , de peur de mettre le feu aux poudres.
Les rapports s'aigrissaient également entre les officiers des deux nations, qui faisaient partie de la maison de la reine; une altercation violente eut même lieu entre le comte de Holland et l'évêque de Monde, au sujet des droits respectifs de leurs charges. Les intrigues de Buckingham portaient enfin leurs fruits, et, comme nous l'avons dit, le premier acte d'hostilités ouvertes du roi contre les Français fut le renvoi à Paris du père de Sancy. sous le prétexte d'une mission insignifiante à remplir près de la cour de France. Il fallait à Henriette ce courage et ce don de bonne humeur qu'elle ne perdait jamais, afin de supporter des tracasseries incessantes qui paraissaient, quoiqu'il n'en fût rien, devoir lui fermer pour toujours le cœur du roi.