LA REINE REFUSE DE SE FAIRE COURONNER
Charles V ; mais il était jeune et passionnément épris; c'est là son excuse. » Quoi qu'il en soit, la coupe était pleine , et un incident plus grave que les autres, en surexcitant la susceptibilité nationale, devait la faire promptement déborder.
Le 2 février 1626 était le jour fixé pour le couronnement du roi, et, d'après les usages séculaires du pays , la reine devait recevoir la couronne en même temps que lui; mais Henriette-Marie refusa nettement de prendre part à cette cérémonie. Ni les instances réitérées du roi, qui, sur un premier refus, la conjura du moins d'y assister au fond d'une tribune grillée, ni le plaisir qu'elle aurait dû éprouver èi éblouir les assistants par sa jeunesse et sa beauté, au milieu de cette pompe inconnue pour elle, rien ne put ébranler sa résolution. Soit que sa conscience ne lui permit pas de recevoir la couronne des mains d'un ministre anglican , soit qu'elle cédât seulement aux remontrances de son entourage catholique, elle n'en fut pas moins la première reine d'Angleterre qui n'eût pas été couronnée, et le peuple anglais ne lui pardonna jamais complètement cette marque de dédain *. Henriette se contenta de
* La situation était délicate et Richelieu, tridtant la question en cxisuiste, écrivait au comte de Blainville : « Il faut distinguer Tessence et la fomialité, la matière et la forme, Tonctioa et Timposition ée la couronne. L'onction ne peut être acceptée par la reine, puisque c'est un ministère purement ecdésisstique; la reine, en s'y soumettant, reconnoltroit Tautorité de TÉglise anglicane ; quant à l'imposition de la couronne, comme ce n'est qu'une démonstration de ce qu'on est, il n'y a pas d'inconvénient à la recevoir, même de rarchevéque de Cantorbéry. Mais la reine se gardera bien de rien promettre on de rien jurer, même en termes généraux, de peur que, par l'observation
se tenir à la fenêtre, au-dessus du grand portail de Whitehall, pour voir défiler le cortège, un peu mesquin du reste par suite du mauvais état des finances, qui se rendait à Tabbaye de Westminster. On prétendit que, pendant tout le temps de la cérémonie, les dames françaises avaient passé leur temps à danser et à faire mille folies dans sa chambre devant elle *. L'absence de la reine au couronnement motiva celle de M. de Blainville, qui déclara hautement qu'il aurait pu à la rigueur, en capitulant avec sa conscience, assister aux prières de rÉglise d'Angleterre, mais qu'il eût été inconvenant pour lui de prendre part à une cérémonie, à laquelle la sœur de son maître refusait jusqu'à sa présence*. Un affront aussi public, qui désolait le roi, augmenta encore ses embarras vis-à-vis du Parlement et envenima cruellement les rancunes religieuses. Au moment où les rapports entre Charles et la reine devenaient chaque jour plus difficiles, les puritains assurèrent que, si on avait épargné une vingtaine de prêtres catholiques condamnés à mort, c'était à la seule influence d'Henriette sur le roi qu'ils le devaient, tandis qu'en réalité, elle n'aurait pu obtenir de lui une faveur beaucoup moins importante^. Ces irritantes contestations, qui compliquaient encore les difficultés politiques et re-
des lois et privilèges da royaame, l'on n'entende qu'elle s'oblige à maintenir celles qui sont contre les catholiques. »
* Nemletters, Meade to StutevUle, 4 febr. 1626.
* TilU6res, Mém, ' Miss Strickland
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ligieuses, firent perdre au roi toute patience et Texpulsion des Français devint pour lui une question de vie ou de mort.
Le duc de Buckingham était arrivé, sur ces entrefaites, fort peu satisfait du résultat de son ambassade et n'ayant rien de plus pressé que de vaincre les derniers scrupules, qui arrêtaient encore le roi ; il sut donc lui persuader que tout son bonheur ne dépendait que d'une résolution un peu vigoureuse. Charles, poussé à bout, fit naître une querelle sur le sujet le plus futile, et Torage éclata. Un certain lundi de juin 1626, après le dtner delà reine, Charles était allé la voir dans son appartement, accompagné du duc de Buckingham ; il la trouva riant et folâtrant avec quelques-unes de ses dames françaises, et cette gaieté lui parut tout à fait hors de propos ; il s'approcha d'elle, la prit par la main et, l'emmenant dans sa propre chambre, il en ferma la porte à clé, après avoir congédié tout le monde. Alors, d'une voix tremblante de colère, il signifia à Henriette qu'il avait donné des ordres pour le bannissement des Français. « Je ne veux plus , s'écria-t-il , de ces gens qui vous entourent ; ils m'empêchent de vous posséder tout entière. » A ces paroles elle ne répondit que par des sanglots : se jetant aux genoux du roiy elle le supplia de lui laisser ses serviteurs qu'elle aimait et qui lui étaient dévoués, et protesta qu'ils ne lui avaient jamais donné un conseil contraire à ses désirs ni à son service. N'obtenant aucune réponse, elle le conjura au moins de ne pas les lui en-
lever tous : « Si vous avez trop d'aversion pour M"** de Saint-Georges , lui dit-eUe, laissez-moi au moins la comtesse de Tilliëres, à laquelle vous avez toujours témoigné tant de bonté. » Le roi fut inflexible, et avec cette dureté habituelle aux caractères faibles, une fois qu'une idée fixe s'est imposée à eux, il lui refusa même la consolation de dire un dernier adieu à ses serviteurs. Tandis que cette scène se passait dans la chambre du roi , lord Gonway, secrétaire d'État, signifiait à toutes les personnes qui composaient la maison française de la reine , qu'elles eussent à quitter Whitehall et à se rendre à Sommerset-house , pour y attendre le bon plaisir du roi. Les femmes se mirent alors à pousser des cris de détresse et à se lamenter comme si on les menait au supplice, mais larmes et protestations, tout fut inutile; les gardes, sur Tordre de lord Conway, les mirent dehors des appartements de la reine, et barricadèrent les portes derrière eux.
Toujours enfermée avec le roi, Henriette-Marie, apprenant que l'ordre de départ s'exécutait immédiatement, tomba dans un véritable accès de désespoir et voulut à toute force revoir ses amis encore une fois. Pendant ce temps-là, les femmes, malgré la résistance des gardes, se précipitant dans une petite cour qui touchait au logis du roi , appelaient leur maîtresse d'une voix désolée et la suppliaient de ne pas les abandonner. La malheureuse princesse n'y tient plus ; elle s'élance vers la fenêtre, et, comme