‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 39 sur 143 · VIOLENTE SCÈNE CONJUGALE · texte numérisé non relu

VIOLENTE SCÈNE CONJUGALE

Charles s^oppose à ce qu'elle rouvre^ elle brise les vitres avec sa iéte, se prend des mains aux barreaux de fer, en appelant ses dames par leurs noms et le roi ne parvient à Tarracher de la fenêtre qu'en employant toutes ses forces, non sans déchirer sa robe et sans lui avoir écorché les mains. Peu après cette déplorable scène, le roi emmenait avec lui, malgré ses larmes, Henriette à Nonsuch. Tandis qu'il confinsdt ainsi son épouse dans ses châteaux royaux , les Français étaient maintenus sous bonne garde à Sommerset-house.

Peu de jours après ces événements, Buckingham décida Charles à faire une démarche étrange et tout-à-fait inusitée pour un roi , mais qui , en le compromettant personnellement vis-à-vis de la France, le lavait lui-même de tout Todieux de cette intrigue. Le roi , d'après ses conseils, alla visiter les Français prisonniers , en compagnie de son favori, de HoUand et de Carlisle, et leur parla en ces termes : « Vous n'aurez pas grand discours de moi, car j'ai grand'peine à parler : je veux vous dire seulement que je vous ai donné votre congé , parce que j'ai cru ne pouvoir posséder ma femme absolument , tant que vous seriez auprès d'elle et que, si quelqu'un de vous m'a offensé, je lui pardonne. » A cela, l'évêque de Monde répondit qu'il ignorait quelle pouvait être sa faute, que le roi manquait à tous ses engagements, que cette conduite pouvait

* Newtletter», from J. Pory to J. Mead. — EIlls's hUtorical Letters, ^TMé-

altérer la bonne intelligence entre la France et l'Angleterre, que nul, parmi les Français présents, ne l'avait offensé et qu'ainsi personne n'accepterait son pardon ni ne l'en remercierait. M"' de Saint- Georges fit alors un appel chaleureux à la reine absente : « Je ne nomme personne, » répliqua le roi, mais il insista péremptoirement sur l'ordre qu'il leur avait donné de retourner en France. Il leur promit pourtant que leurs appointements seraient payés, avec des gratifications jusqu'à concurrence de 22,000 livres sterling, et il sortit avec sa suite*. Ce ne fut pas la bonne volonté de Charles , mais l'argent qui manqua, pour remplir cette dernière promesse : il fallut que les officiers de la reine se contentassent de présents en nature; ainsi, l'évêque de Mende reçut un pendant d'oreille en diamants, d'autres bijoux furent donnés à M"* de Saint-Georges, au comte de Cjrpierre,. au comte et à la comtesse de Tilliëres. Ces présents furent refusés d'abord, mais ensuite, sur l'ordre exprès de la reine, on les accepta, comme des à-compte sur ce que cette, princesse devait aux personnes de sa maison, car elle était souvent à court d'argent, et ses serviteurs avaient été obligés de lui en prêter*. Il semble du reste que, de l'aveu d'Henriette, le chiffre des emprunts avait été singulièrement exagéré par ses créanciers.

Sous différents prétextes, la colonie française par-

« Tillières, Mém., p. 147.

* Mias Strickland, t. IV, p. 169.

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