UNE LETTRE DU ROI A BUCKINGHAM
vint à retarder de jour en jour sou départ pendant tout le mois de juillet; on espérait encore que tout pourrait s'arranger : mais c'en était trop pour la patience du roi et, le 7 août 1626^ dans un mouvement de colère, il écrivit à Buckingham , la lettre suivante, dont il a dû plus tard se repentir, car elle n'est pas digne de lui ' :
« Steenie',
« J'ai reçu votre lettre par Dick Graham, voici ma réponse : je vous ordonne d'expulser tous les Français hors de la ville demain matin. Si vous le pouvez, employez la douceur, mais ne perdez pas de temps en discussions ; sinon, agissez par la force et chassez-les comme autant de bêtes sauvages, jusqu'à ce que vous les ayez tous embarqués et que le
* Steenie,
1 hâve received yonr letter hy Dick Grœme. This is my answer. 1 command yovL to send ail the French avay to morrow out of the tox^m, if you can, by fajr means, bat stick no long in disputing ; otherwise force fhem away, dri- TÎng tbem avay like so many vild beasts, nntil yoa hâve shipped them, and Bo the devil go with them. Let me hear of no ansuer but the performance of my command.
So I rest your faithful, constant and loving friend ,
Charles R.
* C'était on surnom écossais que Jacques I"* avait donné à Buckingham, parce que dans sa jeunesse Georges Villiers ressemblait, disait-on, à un portrait de saint Etienne, en anglais saint Stephen, d'où Tabréviation de Steenie.
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diable les emporte ! Ne répondez que pour me faire savoir que mes ordres sont exécutés.
« Votre ami fidèle^ constant et affectionné,
« Charles, R. * »
Bien que, dès le lendemain, toute une provision de carrosses, de charrettes et de barques eût été rassemblée à Sommerset-house , la colonie française se refusa tout d'une voix à partir. « Ils n'avaient pas été, dirent-ils, congédiés avec les formalités convenables. » Le roi alors leur envoya une troupe nombreuse de hérauts d'armes , avec des trompettes et un fort détachement de gardes : les hérauts et lestrompettes ayant solennellement proclamé le bon plaisir du roi devant les portes de Sommerset-house ,. les gardes s'avancèrent pour exécuter ses ordres, qui n'étaient autres, s'ils persistaient dans leur résistance, que de les jeter tous dehors par la tète et par les épaules. On n'en vint pas à ces extrémités , car les Français se décidèrent enfin à partir par la marée de ce jour. Toute cette mise en scène avait amassé dans le Strand une foule compacte, fort mal diëposée d'ailleurs à l'égard des étrangers. Au moment où sortait la belle M"* de Saint-Georges, gesticulant avec une extrême vivacité et pro lestant à haute voix contre l'atrocité qu'il y avait à la séparer de la reine, un des meneurs de la populace qui l'entourait lui
« Miss StrickUad, t. IV, p. 169.