UNE FAUSSE REINE D*ANGLETERRE
testante comme sa mère, avait épousé James Stanley, fils du comte de Derby, et sa religion ainsi que sa parenté avec Guillaume, prince d'Orange, la rendait moins antipathique au peuple anglais que toute autre dame étrangère , attachée au service d'Henriette *.
Au moment où cette princesse commençait ainsi à savourer les douceurs d'un amour partagé, l'opinion publique en France, surexcitée par les plaintes des* Français expulsés et par l'entreprise des Anglais à la Rochelle, était en proie à la plus vive inquiétude sur le sort de la jeune et charmante fille de Henri lY ; on la considérait comme une victime torturée par un monarque hérétique; ce n'était partout qu'anxiétés, plaintes et lamentations sur la malheureuse existence qu'elle traînait en pays ennemi. Les tètes s'échauflTèrent à ce point, qu'une jeune fille, poussée par une étrange hallucination, se présenta un jour dans un couvent de femmes à Limoges, pour y demander l'hospitalité, en déclarant qu'elle était la reine martyre, qui avait pu s'échapper des mains de Charles I" et de l'Angleterre, où elle avait été persécutée pour la vraie foi. Cette fille montrait dans sa tenue et dans ses paroles une véritable distinction et décrivit d'une manière assez plausible la cour d'Angleterre, les lords et les grandes dames de la
« Miss Strickland, t. II, p. 179. Charlotte de la TrémoUle, née en 1601,
avait épousé à la Haye, en 1626, James Stanley, fils du comte de Derby.
Son époox périt victime de son dévouement pour la famille des Stoarts.
Elle se rendit elle-même célèbre, pendant la guerre civile, par l'héroïque
défense de son château de Latham. Elle mourut en 1664.
iiO HENRIETTE-MARIE DE FRANGE.
maison d'Henriette; le bon peuple de Limoges, convaincu de la véracité de ses assertions, accourut en foule pour voir et saluer la reine infortunée. Louis XIII, qui savait au même moment sa scBur heureuse et satisfaite en Angleterre, s'irrita de cette imposture et fit donner Tordre au lieutenant-général de Limoges de faire subir à cette fille un jugement public. Pendant tout le procès, elle joua son rôle avec une convenance parfaite et signa froidement son interrogatoire : Henriette de Bour^ bon. Elle n'en fut pas moins condamnée à faire amende honorable, c'est-à-dire à confesser son mensonge un cierge à la main , en marchant à la suite d'une procession religieuse, et à rester en prison, selon le bon plaisir du roi. On ignore ce qu^elle devint plus tard *.
Pendant que ces étranges manifestations se produisaient en France, Henriette allait devenir bientôt mère, mais, emportée par cette ardeur d'imagination qui la caractérisait, elle n'eut plus de cesse qu'elle n^interrogeftt une prophétesse, pour connaître la destinée de son enfant à venir et la sienne propre. Celle qu'elle voulut consulter n'était ni une jongleuse bohémienne ni une sorcière vieille et sordide, mais bien une grande dame de la cour et l'une des figures les plus extraordinaires de son époque : en un mot lady Ëleanor , fille du comte de Gastle- Haven, et femme en secondes noces de sir John
« Cauet calibres.