‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 44 sur 143 · UNE SORCIÈRE DU GRAND MONDE · texte numérisé non relu

UNE SORCIÈRE DU GRAND MONDE

Davis, procureur général du roi. L*étude des langues primitives et une croyance fanatique et absolue dans Fart de déchiffrer l'avenir lui avaient troublé la cervelle y au point qu'elle croyait que le manteau des prophètes était descendu sur ses épaules. Sous Tinfluence de ses rêveries, et à la grande indignation de Charles P', elle avait prédit la mort de son premier mari^ : comment put-elle en trouver un second? C'est ce que n'indique pas sa curieuse autobiographie ; mais elle est plus explicite sur ses autres inspirations. Voici comment l'auteur raconte la conversation étrange qu'elle eut avec la reine : « Deux ans environ après le mariage de Charles I", j*attendais, suivant ses ordres, le retour de la. reine qui était allée à la messe ou aux vêpres, pour connaître d'elle le service qu'elle exigeait de moi. A peine arrivée, elle me demanda si elle aurait jamais un fils. « D'ici à peu de temps, » lui répondis-je. La reine voulut alors savoir quel serait le sort du duc de Buckingham et de la flotte anglaise, qui étaient partis pour combattre le roi son frère et faire lever le siège de la Rochelle. Je lui répondis que le duc en rapporterait peu de gloire, mais qu'il en reviendrait sain et sauf de sa personne et cela promptement. Cette réponse ne satisfit guère les ennemis du duc, qui auraient été fort aises de pouvoir compter sur sa mort. La reine revint alors à son espérance d'avoir un fils; je lui assurai de nouveau qu'elle en aurait un

* Ballard's Celebrated women.

et qu'elle serait longtemps heureuse : « Pendant combien de temps? » demanda-t-elle. Je lui répondis : « Pendant seize ans. » L'arrivée de Charles P' nous interrompit : « Gomment! lady Eleanor, me dit le roi, n'est-ce pas vous qui avez prédit trois jours à l'avance la mort de votre mari? C'était comme si vous lui aviez brisé le cœur. » Beaucoup de maris ne seront-ils pas de Tavis du roi *?

La conversation de la reine avec la prophétesse en resta là, mais les filles d'honneur s'empressèrent autour de lady Eleanor, afin d'obtenir d'elle les informations qu'Henriette désirait avoir. Elle leur déclara nettement qu'en effet la reine aurait bientôt un fils, mais qu'il n'était pas moins vrai que cet enfant serait né, baptisé et enterré le même jour. Cette funeste prédiction , dictée peut-être par l'envie de se venger de l'intervention et des reproches du roi, ne s'empara pas moins de l'esprit de la reine, et devint l'une des causes auxquelles on put attribuer son indisposition et la perte d'un premier enfant. Ce qu'il y a .de certain, c'est que les couches eurent lieu avant terme , par suite du

* On raconte que le roi, de plus en ploa fatigué des commérages et des prédictions politiques et autres de cette pythonisse, lui envoya un de ses gentilshommes, pour rengager de la manière la plus formelle à se taire désormais, et surtout à ne plus se mêler de ce qui le regardait personnellement. Ce gentilhomme, nommé Kirke, après s'être acquitté de sa commission, n'eut rien de plus pressé que de consulter lady Eleanor pour son propre compte : il lui demanda si le second enfant de la reine serait on fila : « Oui, répondit-elle, ce sera un prince et un enfant vigoureux. • Le gentilhomme, en dépit de la mission qu'il avait reçue du roi, ne garda pas le secret de la. nouvelle prophétie et Ton en fit partout des réjouissances.

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s«usissement que causèrent à Henriette-Marie deux ^ands chiens qui se battaient dans la galerie du palais de Greenwich ' ; Tun d'eux , appartenant à lord Dorchester, se jeta sur elle avec fureur, au moment où elle passait, et mit sa robe en pièces^; on dut la porter sur son lit. La reine déjà souflranto avait éprouvé une violente secousse, et, en l'absence de tout secours médical, les assistants perdaient la tête. Enfin on alla chercher une pauvre vieille, qui remplissait les fonctions de sage-femme dans la ville de Greenwich ; cette malheureuse fut tellement effrayée de la responsabilité qui allait retomber sur elle, qu'elle s'évanouit en approchant du lit de la reine et qu'on fut obligé de l'emporter hors de la chambre. Au milieu delà confusion et des alarmes qui remplissaient le palais, Henriette mit au monde un fils, le 13 mai 1628, et, malgré la résistance du confesseur de la reine, Charles le fit baptiser par son chapelain ordinaire, le docteur Webb, selon les rites de l'Église d'Angleterre ; on le nomma Charles- Jacques. Né avant terme, l'enfant était d'une faiblesse excessive et mourut une heure après son baptême ; le docteur Laud ^ Tenterra avant mi-

* C« palais, très-ancieime résidence des rois d'Angleterre, s'élevait sur remplacement actuel de lliôpital maritime, qui fût construit en 1096.

* Letter of M' Beanlieu to sir Thomas Puckering, dans The Court and Times of CkarUt /, Londres, 1848.

* William Laud, né en 1573. 11 devint archevêque de Cantorbéry et fut ud des oonseillers de Charles I*' qui eurent le plus d'influence sur lui. 11 essaya de réunir les trois royaumes dans une même religion , qui, par sa forme, se rapprochait du catholicisme; mais son caractère opini&tre et violent ne réussit qu'à amener les plus grands malheurs sur son maître et sur lui. Il Alt décapité par ordre du parlement en 16i5.

ïié HENRIETTE-MARIE DE FRANGE.

nuit. Ainsi fut accomplie de point en point la prédiction qui avait si tristement frappé Tesprit d'Henriette-Marie.

Pendant que ces événements se passaient à la cour d'Angleterre, le duc de Buckingham, battu devant la Rochelle par Toyras* et Schomberg, ramenait avec peine sa flotte décimée , dont les équipages, qui avaient cruellement souffert par le feu et par les privations de tous genres, étaient à demi révoltés. Inutile de dire que l'impopularité du due s'en était sensiblement accrue; le Parlement et lo peuple ne dissimulaient plus leur irritation ; le commerce languissait par suite de la guerre, et, non sans motif, on rendait le roi en partie responsable des fautes dispendieuses et sanglantes de son favori : ce malheureux prince combattait son beau-frère et ne regagnait pas pour cela le cœur de ses sujets. Cependant, toujours constant et chevaleresque dans ses attachements y il n*abandonna pas son ami tombé du faite de ses espérances, et, en le soutenant conti*e le Pariement, il compromit encore la prérogative royale*, déjà si sérieusement menacée. Les puritains ne lui savaient aucun gré d'avoir voulu protéger les calvinistes de France, pour la plus grande gloire de son ministre, et l'insuccès honteux de l'entreprise

* J. du Caylard de Sabt-Bonnet, maréchal de Toyras, né en 1585, tué en 1636 à la bataille de la Fontenelle, en Milanais. U défendit victorieoeenient rUe de Ré contre Buckingham et l'empêcha de s'y établir, en lui infligeant de grandes pertes.

* Philarète Chaalesi Charlei /", sa cour, son peuple et son parlement^ page 82.

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excitait leur colère au plus haut degré. Seul, le héros de cette triste aventure ne se décourageait pas ; il lui fallait à tout prix réunir de nouvelles forces pour retourner à la Rochelle, et cette fois vaincre ou mourir. Il alla donc s'établir à Portsmouth, afin de réorganiser sa flotte et de rassembler une seconde armée qui, cette fois, devait ^uver la Rochelle, écraser les Français et le conduire luimême en triomphe jusqu'à Paris. Le Parlement, de plus en plus exaspéré, refusant tout subside, le roi, sur le conseil du favori, prit le parti de le dissoudre et d'en convoquer un autre ; mais le remède fut pire que le mal, et le nouveau Parlement ne se montra ni plus docile ni plus généreux. Buckingham, pour poursuivre son entreprise, dut y engloutir presque tout son patrimoine \ Ses amis cherchaient à le détourner de cette expédition, où tout semblait conspirer contre lui ; « Oui, leur disait Buckingham, le roi lui-même voudrait m'empêcher de partir; mais, si je , ne laisse mon cadavre dans les fossés de la Rochelle, ce peuple ingrat ne croira pas que je suis sincère * !» Il allait en France , pour tâcher de conquérir l'Angleterre.

Le moment si désiré de reprendre la mer arrivait enjfin, lorsque la main d'un fanatique vint mettri^ à néant tant de travaux, d'agitations et de rêves étincelants. Un jeune officier écossais, John Felton, puritain exalté , qui avait fait partie de l'expédition

* Phil. Chaales, Charles I^, p. 86.

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précédente et qui en avait rapporté une haine profonde contre son général, Passassina d'un coup de dague, au mois d'août 1628, pendant une de ses audiences publiques. Le duc n'avait que trentesix ans. Arrêté aussitôt, le meurtrier allégua uniquement pour sa défense que Buckingham avait été déclaré ennemi de TÉtat par les Communes , dans une remontrance présentée au roi, et qu'ainsi le meurtre n'était que justice. Felton fut pendu, sans montrer le moindre repentir de son action \

Ainsi s'éteignit subitement ce brillant météore, aussi fatal à son roi qu'à son pays et à lui-même ; Charles versa d'abondantes larmes sur la perte de son dangereux ami , sans songer que la haine qui poursuivait Buckingham avait été le plus sérieux obstacle à toute bonne intelligence entre lui et ses sujets '. Son aveuglement même était tel qu'au lieu de renoncer à l'expédition projetée, il donna l'ordre à la flotte de cingler de nouveau vers les côtes de France, sous les ordres du comte de Lindsay. On sait que l'estacade construite par Richelieu devant le port de la Rochelle déjoua tous les efforts des Anglais ; ils durent encore une fois reprendre tristement le chemin de leur pays , sans avoir pu porter le moindre secours aux révoltés , qui , aussitôt après leur départ, se soumirent au roi Louis XIII '.

< Perrinehief, Vie Oê Charieê /« p. 86.

* 11" Praire Owen, Hemietta-Maria of Franeê^ p. 251.

* C*68t le 30 octobre 1628 que le roi et Richelieu firent leur entrée dans In vilUe de In Rochelle. Le cnrdinnl demnndn nn mnire Jenn Ooltoo, son intrépide défenaeor, 8*il Toolnit devenir siget de l'Angleterre : « n Tant

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