‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 47 sur 143 · PORTRAIT DE CHARLES · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE CHARLES

qui fait la joie et la douceur de la vie sur cette terre; elle put se dire , en toute vérité : « Heureuse comme épouse^ comme mère et comme reine \ » Ce bonheur resta pour elle comme un de ces parfums exquis qui pénètre encore les années lointaines , tandis que la fleur qui Fa donné s'est flétrie avant le temps«

Charles I^ avait alors près de vingt-sept ans; son teint était brun, et ses traits, que Tart a immorlalises, étaient d'une beauté régulière ; sa physionomie respirait à la fois la douceur, la gravité et la mélancolie : Tœil était vif, les cheveux ch&tains et longs. Robuste et bien fait, quoique de petite taille, il était en état de supporter les plus rudes fatigues. Toute sa personne avait un grand air de dignité , c'était bien là un gentilhomme et un roi; sa mine était de celles qu'il suffit de voir une Sois pour ne les oublier jamais '. Son esprit était oiltivé-; il avait lu et étudié, et, comme son père, il se plaisait aux dissertations théologiques. Il écrivait bien pour un roi ; son style était laconique, le sens énergique et ferme. Il parlait plusieurs langues avec une grâce particulière , quoique parfois , en s'échauffant dans la conversation, il fût légèrement enclin à bégayer'. Quant à son caractère, plusieurs historiens, sans lui refuser quelques-unes des qualités qui font un bon et même un grand prince, lui ont reproché une duplicité froide et de parti pris en toute occasion , et

« M-* de llotteviUe, Mémmret.

* Daniel Mytent, peintre flamand, cité par P. Chasles.

^ M" O. Freire Owen, Bemnetta-Maria of France. — P. Chasles, Charles f»^

ils onl dit que cette déloyauté avait été la cause principale de ses malheurs *. Nous croyons qu'il y a là erreur ou partialité. Absorbé par un mysticisme à la fois politique et religieux, Charles P' considérait la prérogative royale et TÉglise établie d'Angleterre, lesquelles à ses yeux ne formaient qu'un faisceau indissoluble, comme un dépôt sacré qu'il ne se reconnaissait le droit d'aliéner à aucun prix. De là, sa résistance inébranlable sur ces deux points. D'un autre côté, son irrésolution^ ses scrupules même en face d'événements terribles, devaient faire de lui la victime des favoris, des ennemis cachés, des intrigants ou des conseillers ineptes; rien, en pareilles circonstances, ne ressemble plus à la duplicité que la faiblesse. Son courage personnel, d'ailleurs, et ses aptitudes militaires n'ont jamais été contestés par personne.

S'il avait un goût prononcé pour les sciences , il ne s'entendait pas moins bien à tous les arts ', et il sut rassembler , en objets rares de tous genres, les plus riches collections d'Europe : outre une admirable réunion de médailles, c'étaient des tableaux des

• Notamment Macaulay, BUtory of England, tome I, page 82, et M. Oaixot, Histoire de la Révolution d'Angleterre.

* « Charles I*' était le prince de son temps, du meilleur goût et du jugement le plus droit, surtout en peinture, en sculpture et dans toutes les branches de l'architecture, témoin les sommes considérables qu'il donna à Rnbens et h son disciple Van Dyck, témoin encore le grand cas qu'il faisait de l'inownparable Inigo Jones, le premier Anglais qui, dans ce siècle, ait su ce que c'était que de bâtir. J'ai entendu Auzout dire, après avoir vu la salle des banquets, à Whitehall, qu'il la mettait au-dessus de tout ce qu'il avait vu de ce cûté des Alpes. » Martin Lister, Voyage à Paris^ public, des Bibliophiles.

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