‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 48 sur 143 · LES COLLECTIONS ARTISTIQUES · texte numérisé non relu

LES COLLECTIONS ARTISTIQUES

plas grands maîtres^ donnés par le roi d*Espagne, achetés à Manioue, ou recueillis par les soins de Rubens et de Van Dyck ; des marbres antiques, des tapisseries, des meubles précieux \ Il les recherchait partout avec le zèle et le discernement d'un véritable amateur. Tandis que le roi de Bohème, son beau-frère , sollicitait l'appui de Gustave-Adolphe , pour reprendre possession du Palatinat, Charles 1" ne convoitait que les statues et les peintures que les Suédois victorieux pourraient ravir de Munich*. On ne connut vraiment les trésors renfermés dans ses galeries que quand, après sa mort, le Parlement en eut ordonné la vente. Ce fut alors pour le monde comme un éblouissement, et les étrangers s'arrachèrent ces merveilleuses richesses que l'infortuné monarque et Henriette-Marie avaient tant aimées '. La France en eut sa part, grâce aux soins de Mazarin; et, parmi d'autres perles achetées en Angleterre, on peut encore admirer au Louvre la Vénus du Titien et l'Antiope du Corrége, qui avaient fait la g;loire des galeries d'Hampton-court *.

Charles avait.su conservera sa cour Van Dyck, qui paya sa royale hospitalité, en donnant à cette noble et malheureuse famille la consécration de l'art, dans oo

' IntrodtietioH à l'Inventaire de» meuhie» du ettrdinal Mazarin en 1653.

* E. de Parieu, ffùt. de Gustave-Adolphe, 1 vol.

* En 1650, TéUt des tableaux mis en vente k Sommenet-honae et qui étaient pour la plupart Toeuvre des plus grands peintres, les porte au dùCfre de 35t. Archive» de» affahrea étrangère».

^ L'Angleterre a conservé les admirables cartons de Raphaël ; quant aux médailles, elles Airent achetées en grande partie par la reine Christine de «««de.

qu'il a de plus élevé et de plus poétique *. Au châ.teau de Windsor , la salle qui porte le nom de ce grand peintre ne renferme pas moins de quatre portraits, dont trois en pied, d'Henriette-Marie; le plus important nous la représente avec son époux en costume royal, assis chacun sur un trône, et deux de leurs fils, le prince de Galles et le duc d'York. La reine tient le second dans ses bras, tandis que son regard est fixé sur le prince Charles. Au premier plan sont deux petits chiens de l'espèce si connue, qui porte encore aujourd'hui le nom de leur ancien maître, et dans le fond on distingue le château de Windsor. Une autre peinture nous montre la reine seule, à l'âge de dix-huit à vingt ans, mince et d'une distinction suprême : elle est vêtue de satin blanc; ses traits sont fins et délicats, le teint un peu pâle, avec ces yeux noirs incomparables, qui ont fait l'admiration unanime de ses contemporains. C'est à ce portrait que font allusion les deux strophes suivantes du poète lauréat, qui se nonmiait Edmond Waller. Ce qu'il y a de curieux , c'est que l'auteur de cette poésie de cour était le proche parent de Cromwell, dont la famille tout entière, à une exception près, professait le plus pur royalisme.

On the Queen's portrait by Van Dyek,

Well fare the hand, which to our humble sîght Présents that beauty, which the dazzling light

* Toat le monde connaît ce magnifique portrait en pied de Charles I"% qui est maintenant au Louvre.

vah dyck et le chevalier iely. 423

Of royal splendour hides from weaker eyes And ali access, save by this art, dénies.

The gracious image, seeming to give leave,

Propitious stands vouchsafing to be seen ,

And by our muse saluted. Mighty queeni

In whom the extrêmes of power and beauty move,

The queen of Britain and the queen of love ^ !

Yan Dyck ne s'était pas borné à illustrer par son ^énie cette cour si brillante alors ; il avait formé un élëve digne de lui, im Allemand devenu Anglais, qui continua Fœuvre de son maître avec plusieurs de ses grandes qualités, et qui sut donner à ses modèles cette élégance et cette ampleur qu'il tenait de lui. Ce sont les portraits peints par cet élëve , sir Peter Lely * , qui nous ont transmis ces types de brillants cavaliers, aux ricbes costumes de velours et d'or, aux longs cheveux blonds, aux yeux bleus énergiques et fiers, qui combattirent en paladins

^ Sur le portrait de la Reine peint par Van Dyck :

Salut à la main, qui à nos humbles regards Offre cette beauté, qae la lumière éblouissante De la splendeur royale cache à nos faibles yeux, St prêt de laquelle l'art seul nous donne accès.

Cette gracieuse image semble permettre,

Avec une bonté parfaite, à tous de la voir.

Et à ma muse de la saluer. Puissante Reine !

En qui respire Tapogée du pouvoir et de la beauté,

C*est la Reine d'Angleterre et la reine d'amour !

' Pierre Von der Faes, dit le chevalier Lely, né en Westphalie en 1618. U PMsa en Angleterre, étudia sous Van Dyck et devint peintre de Charles I*'. Ce fbt loi qui fit le portrait de ce monarque, lorsqu'il était prisonnier à ^^ptoD-court. Il fut également peintre de Charles II et mourut à Londres

pour la cause de leur roi , et qui , après une série de victoires enlevées à la pointe de leurs épées , vinrent se briser enfin contre le fanatisme discipliné des Indépendants de Cromwell.

L'architecture était aussi Tun des goûts favoris de Charles I" : il se plaisait à voir Inigo Jones ' bâtir ou restaurer ses palais et transporter sur les rives de la Tamise Tart classique de Palladio. La reine partageait en cela les plaisirs du roi ; et si ce prince surveilla avec amour les travaux de la magnifique salle des banquets à Whitehall, Henriette montra, par les restaurations qu'elle fit exécuter plus tard sur ses propres dessins à Sommersethouse, combien elle savait apprécier Tart de bien bâtir. Inigo Jones était aussi chargé de peindre les décorations et de dessiner les costumes des pastorales et des ballets en masques , dont Beaumont et Fletcher versifiaient les paroles. La reine s'était amusée dès son enfance à ces pièces de théâtre, pour lesquelles elle avait conservé un goût trèsvif : son caractère plein de gaieté et d'entrain se prêtait à merveille à ces représentations, où elle figurait toujours avec une intelligence et une grâce aimable, qui enlevaient tous les suffrages*. Charles

* Il était né en 1572, k Londres, où il mourut en 1661. On ravait surnommé le Yitruve de l'Angleterre, Après un voyage en France et en Italie, où il étudia particulièrement les chefs-d'œuTre de Palladio, il devint surintendant des bâtiments de la couronne, sous Jacques I" et Charles I*'. Ses principaux ouvrages sont : le portail de Saint-Paul, la Bourse, rHôpital de Greenwich et la salle des Banquets de Whitehall.

• Pieterial England, t. 7, p. 106.

PHYSIONOMIE DE LA COUR. • i!25

si> prêtait volontiers à ces plaisirs, dont son caractère mélancolique ne se serait guère accommodé sans cela , parce que c'était le meilleur moyen qu'il pût trouver pour faire faire à Henriette de véritables progrès dans la langue anglaise. La leçon, du reste, était parfois un peu fatigante, et la reine s'en plaignit piteusement aux auteurs, un peu prolixes, des paroles. On raconte que la représentation de Tun de ces ballets, la Pastorale de la reine, ne dura pas moins de huit heures, tant les rôles d*Henriette et de ses dames furent cruellement longs. Ce poème était Tœuvre , assez médiocre d'ailleurs, de Walter Montague, le second fils du comte de Manchester' : c'était alors un joyeux et aimable courtisan, qui, plus tard, devenu prêtre austère et grand aumônier de la reine, figurera plus d'une fois dans le cours de ce récit.

L'éclat de ces divertissements, le goût parfait et Félégance artistique de la cour avaient fait école : la noblesse anglaise rivalisait à grands frais avec ses souverains ; ce ne fut partout que bâtiments magnifiques, vaisselles d'or et d'argent , fêtes splendides ; les mœurs se raffinèrent et les arts se réunirent pour faire de cette époque l'une des phases les plus brillantes de l'aristocratie d'Angleterre. On doit comprendre, d'un autre côté, combien tout ce luxe et ces amusements frivoles devaient faire horreur &u puritanisme farouche des sectaires. Aussi les

* Min Strickland.

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libelles les plus amers pleuvaient-ils à profusion sur la cour : c'était à qui se montrerait le plus dur et souvent le plus grossier. Prynne , l'un de ces écrivains y outré du goût de la reine pour le théâtre , composa contre elle un pamphlet virulent^ intitulé VHistrionuzstix, où il la traitait de la manière la plus insultante. Le roi s'en montra d'autant plus offensé qu'on ne s'adressait pas à lui, et, n'écoutant que sa colère, il tira de l'auteur une vengeance qu'on n'aurait pas attendue de la mansuétude habituelle de son caractère : faisant revivre, pour la circonstance, une des lois barbares promulguées par Henri YIII, il fit couper les oreilles au malheureux folliculaire, qui, à la suite de cette punition cruelle * , fut gardé prisonnier pendant deux ans au château fort de Montorgueil, dans l'île de Jersey. Plus tard, Prynne, dont les opinions s'étaient avec le temps sensiblement modifiées, se montra pour lui-même plus sévère encore qu'on ne l'avait été : « Le roi Charles, disait-il, aurait dû m'ôter la tête, au lieu de se contenter de mes oreilles '. » Rendons à Henriette-Marie cette justice, que ses ennemis eux-mêmes ne lui ont pas refusée, qu'elle fit tout au monde pour épargner ce châtiment impitoyable à celui qui l'avait si brutalement outragée '.

Les deux résidences que la reine affectionnait

< EUe était encore en usage légal du temps de la reine Anne, où on l'ûiigea à l'auteur de Robinaon Crusoé, Daniel de Foe, pour avoir fait imprimer un pamphlet contre la corruption dealers. — Miss Strickland.

• Miss Strickland, t. IV, p. 194.

* Lingard, Letter of gênerai Ludlow to doctor ffollingsworth,^ JAnnBry 1690.

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