DISSENSIONS POLITIQUES
Nous voici maintenant parvenus au seuil de l'adversité, pour la famille royale d'Angleterre. Devant nous s'ouvre cette ère de luttes incessantes et mor-
* M*' de Motteville.
• Miss Strickland, t. IV. p. 20D.
l'orage s'amoncelle. 145
leJles, de trahisons et de faiblesses^ qui aboutit au régicide. HenrîëltïT 'descendit résolument dans Tarêne, à côté de son époux ^ et il ne tint pas à elle, ses lettres en font foi , qu'elle ne parvînt à le sauver de ses perfides conseillers et de ses funestes irrésolutions. Il n*y avait plus à reculer : les choses en vinrent bientôt à ce point, qu'il fallut vaincre ou mourir ; car en face du roi s'étaient rangés sectaires fanatiques ou adroits politiques, démagogues ou partisans de l'oligarchie froidement résolus aux extrémités les plus violentes , tels enfin que Bossuet nous a peint le plus grand de tous : Cromwell.
Nous serons contraints, au milieu de cet effroyable conflit, d'avouer quelquefois de la part d'Henriette un peu de légèreté et d'imprudence ; mais, ce que nous pouvons affirmer, c'est que son courage ne faillit jamais à ce que lui commandaient son dévouement et son cœur. Plus tard, lorsque, retirée au monastère de Chaillot, elle dictait, en essuyant ses larmes , à M"'"' de Motte ville l'histoire de ses malheurs, elle n'hésita jamais k s'accuser de ses fautes avec cette sincérité qui caractérise les grandes &mes ; mais, en même temps, elle constatait, non sans amertume, que sa cause avait rencontré des ennemis partout, même dans sa propre patrie.
Richelieu, « suivant en cela les maximes d'une politique qui consulte plutôt l'intérêt que la justice i3t la charité pour le prochain \ » avait envoyé
* Madame de MotCeviUe, Jfémoirei, t. II, p. 43, édit de 1822.
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comme ambassadeur le marquis de Senneterre, avec ordre de répandre de plus en plus l'argent et les promesses parmi les mécontents de Londres, et d'irrilcr à toute force les esprits contre le roi : c'est ainsi qu'il avait agi pour TEcosse. Les troubles religieux de ce royaume, qui nécessitèrent en 1638 la présence do Charles à la tète d'une armée, et que ce prince avait non pas vaincus, mais ajournés par un de ces traités boiteux, dont le résultat est d'exaspérer le mal au lieu de le guérir, étaient dus pour une forte part à ces intrigues. Le roi avait conclu, sans coup férir, la paix à Berwick avec des sujets rebelles, qui tenaient encore les armes à la main, et cela malgré l'opposition de la reine * , de Laud, alors archevêque de Canlorbéry, et du comte de StraJFord ', ministre et vice-roi d'Irlande , le plus ferme appui du trône. Charles, qui, dans cette circonstance, avait cédé à de pernicieuses suji:gestions, découragea ainsi ses plus fidèles sei-viteurs et rendit plus menaçante encore l'attitude des fac-
* M On dit que dans cette circonstance la reine Henriette insista d'une faron toute particulière sur la nécessité de mettre à mort le comte de Ixiudon, un des seigneurs écossais les plus compromis. « C'était, disait-elle, un exemple nécessaire. >* On ajoute qu'elle poussa l'obstination à ce point que le marquis de Hamilton dut lui faire observer qu'elle n'était qu'un sujet, tout comme lui. Elle céda alors. » Oldmixon, History of England. Ce récit est-il vrai? nous n'avons pu en contrôler Texactitude, mais le caractère bien connu de la reine nous permet d'en douter.
* Thomas Wentvorth, comte de Straflford, né h Londres en 1593. Il avait été l'antagoniste de Buckingham et l'ardent défenseur des franchises nationales. Après la mort du favori, il se rapprocha de Charles I'' qui le nomma pair et vice-roi d'Irlande; l'opposition le regarda dès lors comme un apostat, ce qui explique jusqu'à un certain point l'acharnement de ses ennemis.
LES LORDS MÉCOHTENTS. 147
tienx. Ce qui leur donna, dès lors, plus d'importance aux yeux de la nation, c'est qu'en outre des obscurs comparses et des hommes qui avaient tout à gagner en troublant tout, on comptait aussi dans leurs rangs quelques-uns des plus grands noms d'Angleterre ; tels étaient les comtes de Northumberland, de Bedford, de Warwick, de Stamford, d'Essex et plusieurs autres lords, qui possédaient autant d*influence que de richesses V II y eut à Londres des manifestations hostiles et des émeutes réprimées, non sans peine : le sang coula dans les rues. Le roi pat alors se repentir amèrement de son imprudence : à peine eut-il licencié ses troupes, que l'armée écossaise , rendue plus insolente par son demi-succès, désavoua hautement le traité, dont elle répandit partout de fausses copies, aussi honteuses pour le roi qu'avantageuses pour les rebelles*, et conserva ses officiers en payant leur solde. Tout annonça une nouvelle insurrection, plus formidable que la première. En face de ce danger qu'il aurait dû prévoir , le roi se hâta de rappeler d'Irlande, où il était retourné, le comte de Strafford; et, d après ses conseils, il prit le parti de convoquer un Parlement, pour le 13 avril de Tannée suivante. On était alors au mois de décembre 1639, et il s'y prenait d'avance, afin de laisser à Strafford le temps de réunir de son côté un Parlement en Irlande, et d'obtenir de lui les fonds nécessaires pour lever une nouvelle armée. On voit
* Maeanlay, Hùtory of Engltmd, t. I, p. 102. « Perrinchief, p. 125.
que le défaut d'argent avait toujours été la pierre d'achoppement de tous les desseins du roi : aussi Henriette , qui le savait , en usant de son influence sur les catholiques d'Angleterre, parvint-elle à toucher de leur part un don de 40,000 livres sterling. Le vice-roi d'Irlande, avec son habileté et sa vigueur ordinaires, réussit également à rassembler une somme suffisante, pour lever, équiper et entretenir une armée de 8,000 hommes, et, fier de son succès, il revint à Londres, pour plaider chaudement la cause du roi devant le Parlement. Mais Pym, Hampden * et les autres chefs de l'opposition avaient eu le temps de préparer le terrain. Au lieu de voter les subsides que demandait Charles, pour combattre les rebelles d'Ecosse, le Parlement, en dépit des efforts du ministre, passa un acte qui désapprouvait cette guerre, et le roi n'hésita pas à le dissoudre dès le 5 mai 1640. Seule, l'assemblée du clergé lui accorda une bienveillance de 4 schellings par livre, sur toutes les promotions ecclésiastiques, pendant six années consécutives '. L'Église épiscopale devait bien ce témoignage de gratitude au monarque, dont le zèle pour ses privilèges était devenu sinon la cause absolue, au moins le prétexte plausible de
* John Hampden, né à Londres en 1595, toi nommé membre da parlement en 1626. Le premier de tons , il donna l'exemple du refus de paiement de la taxe du Skipmoney, et fat ensuite un des membres les plus influents du lonç parlement. Ayant pris les armes contre Charles I"*, sous les ordres du comte d*Essex, il fut tué dans une escarmouche, près d'Oxford, en 1643. Il était cousin de Cromwell et se disposait, en 1637, à partir pour T Amérique avec lui et Pym, lorsqu'un ord*« du conseil vint mettre obstacle à leur départ.
» Perrinchief.